Actualités

Une atmosphère plus chaude est une atmosphère contenant plus de vapeur d'eau.
Après les inondations de Mai et Juin 2016, quels liens avec le changement climatique ?

Fin mai 2016 : Le seuil des 400ppm est franchi d'une manière généralisée sur la planète.
La concentration en CO2 continue d'augmenter sur la planète, avec un franchissement généralisée du seuil symbolique des 400ppm. L'augmentation annuelle semble même s'accélérer.

Début mai 2016 : Des incendies ravagent la ville de Fort McMurray, dans l'Alberta canadien.
De très fortes chaleurs ont déclenché d'une manière explosive des incendies dans l'Ouest du Canada. Là encore, l'ombre de El Nino et du réchauffement climatique plane sur ce drame.

Avril 2016 : El Nino en déclin, La Nina pointe à l'horizon.
Depuis le début de l'année, les eaux du Pacifique Central et Oriental deviennent de moins en moins chaudes, remplacées par des masses plus froides. Le retour à des conditions neutres, voire l'arrivée d'une phase La Nina est de plus en plus probable.

Février et mars 2016 : Le Pérou affronte son enfant Jésus.
Au Pérou, les mois de février et mars sont les plus humides, particulièrement lorsque le phénomène El Nino, qui a été baptisé ainsi par les pêcheurs péruviens, est bien développé dans le Pacifique Equatorial. Retour sur plusieurs semaines de fortes pluies dans le pays andin.

10 mars 2016 : Quand une tempête de neige mexicaine provoque une vague de douceur états-unienne ...
Aux alentours du 10 mars, une plongée d'air polaire a atteint le Mexique jusqu'à des latitudes particulièrement méridionales, provoquant des chutes de neige dans les montagnes mexicaines, un déluge sur le Sud des Etats-Unis, et une grande douceur sur la côte Est.

samedi 24 juin 2017

Aux origines de la sécheresse (et d'un été chaud ?)

Après un mois de juin 2016 qui enregistra une pluviosité record dûe à des orages diluviens, tous les mois de la deuxième partie de l'année 2016 (hormis novembre) et les 5 premiers mois de l'année 2017 ont enregistré un déficit pluviométrique qui va en s'accentuant. Nous n'allons pas revenir sur les chiffres qui ont été détaillés dans un autre article. L'objet de ce document est tout autre : partir à la recherche des origines de cette sécheresse, en intégrant des notions de météorologie globale et tropicale relativement techniques, quoique encore accessibles, et tenter, à partir de ce constat, de conclure sur une tendance pour l'été 2017. 

dimanche 18 juin 2017

Aléas météorologiques et agriculture : l'éternelle adaptation


L'actuelle sécheresse que vit notre pays est suffisamment importante pour tenter d'analyser les conséquences de ce type d'aléas météorologiques, principalement sur le terrain et dans la vie des personnes qui les affrontent en première ligne. Dans cette optique, nous avons décidé de partir à la rencontre de professionnels bien souvent touchés par les variations de notre météo : les agriculteurs. En cette mi-juin, à un moment où le début de l'été semble confirmer la situation de tout ce début d'année, nous entrons dans une période charnière pour l'agriculture. Cette rencontre avec 5 professionnels du secteur dans la région de Genappe (Brabant Wallon) nous a permis d'avoir une vision globale, hors des idées reçues que les médias traditionnels véhiculent parfois à leur sujet.

En cette mi-juin, l'aléa météorologique « sécheresse » est au cœur des discussions sur le temps de nos régions. Avec plus de 40% de déficit enregistré à Uccle durant le printemps météorologique, le manque d'eau commence à se faire sentir dans la végétation. Les pelouses virent au jaune, la terre est sèche, les arrosages sont fréquents. Toutefois, le premier enseignement que nous tirons de notre circuit agricole est que la sécheresse n'affecte pas encore réellement à l'heure actuelle le monde du travail de la terre. A ce constat général, il faut bien entendu apporter quelques nuances. D'abord, certaines cultures ont besoin de moins d'eau que d'autres, comme les céréales qui se portent actuellement très bien. D'autres cultures, plus demandeuses en eau comme les betteraves, le maïs, ou la pomme de terre, risquent d'être pénalisées mais leurs récoltes se réalisant principalement en août ou septembre, le pronostic n'est pas encore engagé. Ensuite, selon les régions, le déficit et les difficultés sont plus profondes, comme du côté de Tournai où la terre est moins limoneuse, plus argileuse ou sablonneuse, et où le déficit local est plus important. Ajoutons à cela que la partie la plus chaude de l'année arrivant, si ce déficit hydrique venait à se prolonger et à se coupler à des températures trop élevées, la situation pourrait alors radicalement et rapidement changer. En effet, jusqu'à présent, cultures et agriculteurs vivent sur leurs réserves, mais celles-ci s'épuisent progressivement et les plantes sont « obligées » de chercher plus profondément l'eau pour s'alimenter. Les 15 prochains jours devraient s'avérer cruciaux, d'après un agriculteur rencontré.

A l'opposé de cet aléa « sécheresse », les pluies et plus particulièrement les orages, ainsi que les inondations qui en découlent apparaissent comme le cauchemar des agriculteurs. L'année passée, la région de Genappe avait été fortement touchée par les orages diluviens. Encore à l'heure actuelle, les fermes et d'une manière générale les habitations portent les stigmates de cet aléa « inondations ». Beaucoup de cultures ont été endommagées, soit par l'accumulation de pluies, la boue, la grêle, ou les rafales de vent. Les agriculteurs que nous avons rencontrés avaient alors comptabilisé 50% de pertes ! De plus, les machines sont moins consommatrices de carburant en période sèche qu'en période humide, ce qui est un paramètre non-négligeable. Le bétail fut aussi touché et obligé de rester dans les étables alors qu'à l'heure actuelle, ceux-ci peuvent nettement plus rester dehors et paître généralement en toute tranquillité. Au travers des diverses conversations, il apparaît donc clairement que la sécheresse actuelle est une situation plus acceptable que celle de l'année passée où la production agricole avait été durement touchée. Selon les professionnels de cette région du Brabant Wallon, les orages tendent à être plus forts et plus destructeurs, impression ou statistique difficile à confirmer. Il s'agit donc de leur plus grande préoccupation. Lorsque le temps est stable, les agriculteurs ne sont pas spécialement rivés sur les prévisions météorologiques. En cas de risque orageux, la situation est très différente et en juin 2016, beaucoup se sont demandés "quand allait cesser cette vague orageuse" qui se réalimentait sans cesse.

Un autre aléa craint par le secteur agricole est la chaleur. Autant une sécheresse fraîche ou douce peut encore être gérée, autant une chaleur, même ponctuelle est un réel problème. Le bétail peut souffrir des hautes températures, et celui-ci doit être protégé. Des investissements comme par exemple dans des hangars isolants sont alors parfois nécessaires, ce qui élève parfois drastiquement les coûts. De plus, l'augmentation des températures entraîne aussi une prolifération d'insectes, notamment volants, qui étaient alors inconnus jusqu'à il y a peu dans nos régions. Leur piqûre peut entraîner des problèmes sanitaires chez le bétail avec des risques d'avortements. La situation de sécheresse actuelle combinée à un épisode de forte chaleur pourrait alors être une réelle source d'inquiétude pour le secteur, surtout s'il venait à se prolonger durant le mois de juillet, alors que les premières périodes de récoltes s'annonceront. A ce sujet, et toujours concernant la chaleur et la sécheresse, le mois de septembre 2016 particulièrement chaud et sec perturba les moissons, et empêcha les agriculteurs d'effectuer normalement leur travail de récolte. Pris entre les dernières chaleurs, les pluies automnales et les premières gelées, ceux-ci purent néanmoins récupérer les fruits de leur dur labeur sans perte, presque par miracle.

Le dernier aléa est celui des gelées, ou plus généralement tout phénomène hivernal. Qu'elle soit précoce comme cela aurait pu être le cas après le magnifique mois de septembre 2016 ou tardive comme c'est souvent le cas en milieu de printemps, la gelée peut sérieusement perturber la récolte ou la semence. Cette année, durant le mois d'avril, des minimales jusqu'à -5° ont perturbé la mise en place des cultures et ce d'autant plus que ce niveau de gelées n'aurait pas été correctement anticipé par les bulletins météorologiques. Ce "détail" montre aussi que l'agrométéorologie reste une science toute particulière et que les champs ont pratiquement leur propre climat, comme chacun peut le constater à leurs bords. Une des personnes rencontrées nous a clairement signifié qu'une petite différence de températures à ce niveau peut entraîner de grosses conséquences. En ce qui concerne les précipitations hivernales et l'accumulation de neige au sol, celle-ci semble être un "ami" des agriculteurs car, en fondant, elle apporte une humidification notable des couches proches de la surface. Or, ces dernières années, les quantités de neige ont été largement insuffisantes.

Ce tour d'horizon de différents aléas nous permet de comprendre que l'agriculteur doit constamment jongler avec la météo, et cela s'avère être un exercice hautement compliqué à une époque où les changements climatiques bouleversent les cultures. Toutefois, en fonction des personnes rencontrées et de leurs cultures, nous avons pu remarquer que le facteur économique, à savoir la concurrence mondiale, reste un autre aléa qui oblige les agriculteurs à se battre chaque jour. Quoiqu'il en soit, les conversations que nous avons eues à ce sujet attestent d'une évolution du climat : "décalage des saisons", "changements brusques", "longues périodes de temps humide ou sec", les mêmes expressions revenaient assez souvent, pointant une nouvelle tendance. Le changement climatique oblige les agriculteurs à s'adapter, comme nous avons pu le constater chez l'un d'entre eux qui s'est diversifié vers des cultures de petite taille, plus gérables. Malgré tout, la sécheresse perturbe à l'heure actuelle la croissance de ses produits.


samedi 17 juin 2017

Orages de la fin mai 2017 : de la difficulté de la prévision locale

La fin du mois de mai 2017 a été marquée par une chaleur inhabituelle à cette période de l'année. Elle s'est accompagnée de manifestations que l'on pourrait qualifier de cas d'école d'orages locaux mais particulièrement actifs. Cet épisode nous permet de développer un peu de pédagogie mais aussi de montrer comment Info Meteo s'est "époumonné" à tenter d'anticiper et de suivre ces orages sur le terrain. Il s'agit ici de bien comprendre à quel point l'orage local peut-être particulièrement sournois, et surtout provoquer l'interrogation d'une partie de la population. Celle-ci, après avoir pris connaissance du risque orageux par la météo, reste interrogative lorsqu'elle ne connait finalement pas la moindre manifestation orageuse, à part les cumulonimbus lointains qui attirent l'attention de la personne avertie.
 
Outre l'évolution de la situation, nous synthétisons ici les échanges entre les membres d'Info Meteo et de Belgorage qui ont été particulièrement riches au cours de cet épisode orageux. Nous avons volontairement mis certains éléments clés en gras, ceux-ci expliquant le comportement des orages observés.

mardi 23 mai 2017

La terre a soif ! A propos du déficit pluviométrique qui s'accentue

Rappelez-vous, déjà fin décembre dernier, la Belgique ressentait les premiers effets d'une sécheresse hivernale, consécutive à un mois de décembre très sec. A ce moment-là pourtant, la situation passait relativement inaperçue au niveau de la végétation. 

Par la suite, l'hiver avait quelque peu corrigé le tir: le creusement du déficit pluviométrique, s'il n'était pas interrompu, avait été sérieusement ralenti. Mais dès février, la courbe reprenait son décrochage, avec une véritable chute entamée au tiers de l'actuel printemps.

Pour avoir une vue précise, passons en revue les relevés de Uccle des douze derniers mois avec le tableau ci-dessous (source des données: IRM). 


Il rappelle ainsi à notre bon souvenir (si on peut parler de bon) le mois diluvien de juin 2016 qui, à la suite d'une répétition peu commune de pluies orageuses, avait terminé sur un record à Uccle: celui du mois de juin le plus arrosé depuis que l'on fait des mesures. En toute logique, cet énorme excédent avait alors permis d'établir une réserve car, dès juillet 2016, commençait une suite de mois sous les normes pluviométriques qui sera uniquement interrompue par novembre.

L'été, malgré ces mois "normalement secs", n'a donc connu aucun problème. Toutefois, septembre 2016 porte un premier coup à la série statistique, en s'affichant comme un mois très anormalement sec. Les bonnes mémoires se souviendront que ce mois avait de fait été très beau et surtout chaud, avec une envolée remarquable des températures au milieu du mois. Seule la petite région du Westhoek a "limité" le déficit à 50% alors qu'ailleurs il se positionnait souvent autour de 75%.

Octobre est lui aussi "normalement sec", avant un novembre enfin "normalement pluvieux", mais avec des disparités plutôt importantes entre la région anversoise (proche de 200% d'excédent) et la "Botte du Hainaut" (déficit de 50%). Il est suivi par un mois de décembre extraordinairement calme et anticyclonique durant lequel il ne tombera pratiquement rien du ciel. 28 mm relevés contre 81 mm en temps normal, c'est exceptionnellement sec. Dans les régions de Bastogne et de Libramont, le déficit atteint même 90% ! Même les Hautes Fagnes ne sauvent pas la mise avec 60% de déficit. Et l'on comprend dès lors pourquoi les premiers problèmes de sécheresse sont apparus ça et là durant ce mois.

S'en suit alors un janvier moins sec, qui limite les dégâts, quoique une large partie Sud-Est du territoire n'enregistre que 80% du total normal, avec même 50% de déficit sur le Sud-Ardennes. Seul le Nord des Flandres a enregistré un léger excédent. Mais par la suite, chaque mois se fera un peu plus sec, avant de finir sur un avril très normalement déficitaire en pluie : aucune région n'excède les 65% du total normal et pratiquement toute la Wallonie a subi 70% de déficit. Le mois de mai qui se termine ne corrigera pas le tir.

Le graphique ci-dessous est également plein d'enseignements. Il montre les cumuls mois après mois des précipitations en bleu, comparé au cumul que nous devrions avoir en temps normal en orange.


Ainsi, juin 2016 a très clairement constitué une réserve en eau importante pour l'été: même si juillet, août, et surtout septembre ont été plus secs, l'avance procurée par les pluies de juin a permis d'éviter tout problème. Par la suite, octobre et novembre ont rétabli un cumul normal, mais décembre 2016 a par la suite entamé un déficit qui n'a depuis dès lors pas été corrigé, et qui mois après mois se creuse davantage.

Nous voici donc à l'aube d'une saison estivale où vont s'affronter deux antagonismes qui dirigent les conversations de météo depuis toujours: "espérons un bel été" ou "on a besoin d'eau". La situation pluviométrique de nos régions est médiatisée depuis plusieurs mois, et ceci tend à s'amplifier ces dernières semaines, du fait de ces 3 mois printaniers qui creusent d'autant plus le déficit que le soleil se montre régulièrement, asséchant encore plus les sols. Dans ce cadre où certaines professions météo-sensibles commencent à ressentir les effets de cette sécheresse, réclamer "un bel été" paraît à première vue compréhensible, ne fût-ce que pour la bonne humeur. Toutefois, si la belle saison devait poursuivre sur la lancée, les conséquences à long terme, pas toujours visibles alors que nous sommes dans l'instant présent les pieds dans l'eau une glace à la main, pourraient s'avérer néfastes pour n'importe quel quidam. En étant même un peu provocateur, un "été pourri" (c'est-à-dire normal) serait plutôt une bonne nouvelle. Un été à la 2003 ou à la juillet 2006 relèverait alors au final plus de la mauvaise nouvelle que de l'allégresse collective à la vue du Hélios flamboyant.

dimanche 7 mai 2017

Des orages estivaux "sans chaleur": comment est-ce possible?

17 juin 2012 en fin d'après-midi, quelque part dans un train entre Charleroi et Namur.

"Alors, prêt pour l'examen d'AGERU* de demain?
- Ouaip, ça devrait aller. Dans l'ensemble, je maîtrise. Mais je pense rebosser un peu ça ce soir. En plus, il y a un risque d'orages, donc ça me tiendra éveillé.
- ...un risque d'orages? Mouais c'est vrai que je l'ai entendu à la radio, mais ce serait quand même surprenant!
- Bah avec cette dépression qui remonte, on ne sait jamais..."

Coup d’œil à moitié convaincu par la fenêtre du train. Quelques altocumulus aplatis garnissent le bleu du ciel. Ambiance assez fraîche et légère pour une journée de juin, une vingtaine de degrés au meilleur de l'après-midi. Absolument pas pré-orageux. 

"Enfin on verra. Peut-être des orages faibles à modérés..."

Fin de soirée. Cours rangé, prêt pour demain. Bon, voyons ces orages... Il y a bien quelques foyers sur l'ouest de la France, bien loin. Bon, laissons la fenêtre ouverte, on verra bien...

6h55. Grondement sourd parmi les rêves. Le tonnerre sans doute... le tonnerre!? Réveil brutal. Il pleut dans le kot. Deuxième grondement. Ca gronde même en continu. La tête par la fenêtre, le ciel gris-beige scintille. Un grand éclair zigzague au-dessus des toits de Namur. Les nuées filent à une vitesse réellement dantesque. C'est déjà en train de se terminer. Coup d'oeil au radar: un grand système orageux, MCS dans le jargon météo, est en train de traverser le pays. Un peu plus tard, la radio énumère les dégâts et les inondations sur les chaussées. Le temps est redevenu léger, le même qu'hier...

*Analyse et gestion des espaces ruraux et urbains (cours de troisième bac de Géographie aux FUNDP)

Ces propos ont été tenus et vécus par l'auteur de cet article, qui à l'époque n'avait pas encore fait le tour de toute la mécanique atmosphérique et de ses multiples rouages. Comme d'autres encore aujourd'hui lorsque ce cas de figure se reproduit, il s'était alors interrogé sur le pourquoi de ces orages, et surtout, sur un élément qu'il croyait clé et qui manquait alors à l'appel: où est passé l'habituelle chaleur lourde annonciatrice?". Ceci montre à quel point, dans l'imaginaire commun, un orage se précède de chaleur. Or, et spécialement en Belgique, c'est loin d'être toujours le cas.

On vous a déjà parlé d'orages d'hiver ou d'orages de traîne en été, soit des orages où la chaleur n'est pas réellement présente. Et encore, la chaleur est une question relative: dans un cas classique de traîne ou d'hiver, on peut parler de "chaleur" près du sol avec 5, 10 ou 15°C lorsqu'on se retrouve avec des températures glaciales en altitude, du genre -30 ou -40°C. Bien que ça arrive, ces orages sont rarement violents.

Ensuite, il y a les orages d'été qu'on dira "typiques": ceux qui surviennent lorsqu'un front ou une ligne de convergence vient buter contre une masse d'air chaud et humide, génératrice d'une atmosphère moite qui nous fait dire que "ca va finir par craquer".

Et puis, il y a la situation exposée dans la petite narration introductive, à savoir de violents orages, souvent nocturnes ou très matinaux, qui ne s'annoncent pas par cette chaleur lourde. Dans les meilleurs cas, on a un air léger, assez frais et un assez beau temps le jour qui précède, et ce même type de temps le jour qui suit, comme ce fut le cas pour l'offensive du 18 juin 2012. Parfois, il arrive même qu'il fasse bien plus chaud après les orages, alors que le temps de la veille était tout à fait quelconque. Ces orages sont particulièrement sournois pour la personne non avertie (comprenez, celle qui ne passe pas son temps à regarder les radars) car ils se produisent alors que rien ne semblait indiquer leur survenue.

Dans un premier temps, nous allons passer en revue quelques situations orageuses qui ne se sont pas annoncées par de la chaleur, le tout accompagné d'une analyse la plus précise possible de la situation atmosphérique qui les a engendrés, puis nous en tirerons quelques points communs.

mardi 28 mars 2017

Glossaire des formations orageuses

Cet article a pour but de repréciser quelques termes relatifs aux formations orageuses et qui sont régulièrement évoquées dans les bulletins d'Info Meteo. Cet article se veut volontairement descriptif et fait l'impasse sur les conditions météorologiques permettant la formation de ces orages.

Orage monocellulaire

On ne le cite pas souvent, pourtant c'est l'orage dans sa forme la plus basique, formé par un courant ascendant qui l'alimente et un courant descendant siège des précipitations. Ces orages, généralement faibles à modérés, ne dure qu'une grosse demi-heure maximum. Les orages isolés qui se forment en deuxième partie d'après-midi d'été sans guère subsister sont souvent de ce type.

Orage à pulsation

Il s'agit aussi d'un orage monocellulaire, mais débridé. Il dure généralement plus longtemps (parfois une à deux heures) et peut être localement fort. Il est capable de chutes de grêle significatives.

Orage multicellulaire

C'est un type d'orage très fréquent chez nous. Comme son nom l'indique, il est formé de plusieurs cellules à différents stades de vie, rapprochées entre elles. Au radar, il est d'ailleurs parfois compliqué de les identifier clairement une à une. Ce type d'orages peut être assez bref (moins d'une heure) comme durer bien plus longtemps. Il peut être faible ou modéré comme il peut être réellement violent, accompagné de précipitations diluviennes, de grêle et d'une activité électrique parfois incessante.

Un orage multicellulaire particulièrement intense sur la région de Charleroi (centre-bas de l'image) l'après-midi du 5 juin 2011. On en remarque un autre sur le sud-est de la province de Liège (source: Buienradar).

Supercellule

D'emblée, précisions ici que le terme "super" peut prêter à confusion. Une supercellule n'est pas forcément un immense orage hyper-violent. On peut trouver des supercellules large de quelques kilomètres à peine et dont les éléments la font passer pour un banal orage auprès du quidam. Les orages multicellulaires peuvent être parfois bien plus violents qu'une supercellule.

Pourtant, la supercellule est effectivement, dans sa forme la plus aboutie, le plus violent des orages. Néanmoins, de telles supercellules restent peu fréquentes sous nos latitudes. On en compte que quelques unes par an.

Ce qui caractérise la supercellule, c'est la rotation qui l'anime, autour d'un axe plus ou moins vertical que l'on nomme mesocyclone. C'est au niveau de cet axe que peuvent survenir les tornades lorsque les conditions sont réellement propices. Cette rotation peut se remarquer au radar, la supercellule présentant ainsi un crochet sur le radar des précipitations, en lien avec les rideaux de pluie qui s'enroulent autour du mesocyclone.

La supercellule est capable de tous les éléments (pluies diluviennes, grêle géante, vents violents et activité électrique ininterrompue), mais dans nos régions, ces différents éléments s'expriment rarement de concert.

 Deux supercellules sur l'est de la Belgique l'après-midi du 5 juillet 2015. Celle en haut à gauche vient de déverser des grêlons de grande taille sur la région de Verviers (source: Université de Bonn).

Train d'orages

En anglais, se dit "training thunderstorms". Le train d'orages n'est pas exactement un type d'orages à proprement parler, mais plutôt une suite d'orages de différents types (mono, multis et parfois supercellulaires) assez proches mais non soudés entre eux, et qui défilent à la qeuleuleu sur les mêmes régions. Ils se déplacement le long d'un axe peu mobile, de telle sorte que l'observateur qui est en-dessous a l'impression de vivre le même orage pendant parfois plusieurs heures, avec des périodes très intenses et des périodes un peu plus calmes. Toutefois, il ne s'arrête jamais de pleuvoir, ce qui peut mener à des inondations à force de répétition des passages de cellules orageuses sur la même région. 

 Un train d'orages la nuit du 6 au 7 août 2015 en travers de la Belgique. La flèche jaune indique le sens de déplacement des cellules, le long de l'axe qu'elles forment (source: IRM).

Amas d'orages

A la base, le concept est assez similaire au train d'orages. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un type d'orages, mais plutôt d'une organisation imparfaite entre différents orages mono, multis et parfois supercellulaires, assez proches mais non soudés entre eux. Plutôt qu'une ligne, les orages sont répartis inégalement au sein d'une masse plus ou moins elliptique. Au radar, cela donne l'impression d'avoir une organisation anarchique, avec une série de noyaux intenses au sein d'une masse de pluies plus faibles (dites pluies stratiformes). Les noyaux peuvent être violents et défiler pendant plusieurs heures au-dessus d'une même région, donnant à nouveau l'impression à l'observateur qui les subit de connaître un seul et même orage pendant un laps de temps très long, avec des hauts et des bas d'intensité. L'ensemble en lui-même ne survit que quelques heures car il finit généralement par s'étouffer dans les pluies stratiformes qu'il génère, à moins qu'il ne finisse par s'organiser en un MCS bien structuré (voir plus loin).

 Amas orageux particulièrement violent sévissant la nuit du 19 au 20 juin 2002 sur le centre de la Belgique (source: IRM)


Ligne de grain

La ligne de grains est, comme son nom le laisse transparaître, une organisation multicellulaire de plusieurs grains qui se soudent entre eux pour former une ligne assez fine mais parfois longue de plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres. Elle se déplace généralement rapidement et plus ou moins perpendiculairement à son extension. On les observe en toute saison, notamment en hiver.

Les échos en bleu foncé composent une ligne de grains traversant l'est de la Belgique la nuit du 13 au 14 janvier 2015, donnant des orages particulièrement bruyants sur la région liégeoise (source: Buienradar).

Front NCFR

Pour Narrow cold front rainband (bande étroite de front froid). Il est semblable à la ligne de grains, mais est avant tout une organisation synoptique avant d'être liée à la convection. Le front NCFR doit son existence à la quasi seule dynamique atmosphérique. La ligne formée est beaucoup plus régulière et "lisse" qu'une ligne de grains, et n'est pas forcément orageuse sur toute sa longueur. Par contre, elle peut être le siège de phénomènes venteux brutaux. Elle est de plus liée à un front froid là où la ligne de grains a tendance à ne pas l'être, mais ce n'est pas systématique.

Un front NCFR traversant le nord de la Belgique l'après-midi du 28 janvier 2015. La ligne semble plus régulière, mais c'est ici l'appartenance à un front froid qui permet d'affirmer la nature de l'organisation orageuse (source: Buienradar).

Echo en arc

En anglais, on parle de "bow echo". Il s'agit d'une ligne de grains prenant une forme arquée sur une partie ou sur la totalité de sa longueur. De par sa nature, le bow echo est souvent le siège de violentes bourrasques.

Bow echo (flèche en noir) au sein d'une ligne de grains le 3 janvier 2014 (source: Buienradar).

Echo en virgule

Pour Comma echo en anglais. Plus rare, il évolue à partir d'un écho en arc et, comme son nom l'indique, prend la forme d'une grande virgule avec, dans la tête à son extrémité nord, un risque de tornade accru.

LEWP

Pour Line Echo Wave Pattern (échos en forme de vagues). Il s'agit d'une ligne de grains présentant des ondulations sur sa longueur, parfois découpée en échelons disposé en quinconce les uns par rapport aux autres. Ce sont des structures en général violentes et très venteuses.

LEWP sur le centre-sud de la Belgique en début de soirée du 1er octobre 2016. Les ondulations le long de la ligne permettent de l'identifier comme tel (source: Meteoservices).

Système convectif de mésoéchelle

On parle aussi de MCS (acronyme anglais). Comme son nom l'indique, il s'agit d'un grand système de minimum 80-100 kilomètres de large, de forme plus ou moins allongée, dans lequel s'individualise deux parties:
  • Une partie dite stratiforme, de loin la plus grande. Il s'agit d'une zone où tombe une pluie modérée, généralement peu active d'un point de vue électrique: on y observe de très rares mais puissants coups de foudre ou alors de grands éclairs internuageux horizontaux qui semblent se répandre dans le ciel.
  • Une zone intense, sorte de noyau dur, qui concentre le maximum d'activité, s'individualisant généralement en bordure de la zone stratiforme, plus rarement à l'intérieur. Cette zone intense peut avoir différentes formes: un grand orage multicellulaire, une ligne de grains, un echo en arc ou plus rarement un LEWP.
Un MCS traversant la Wallonie la nuit du 25 au 26 mai 2009, avec les deux parties identifiées (source: Meteo60).

MCS traversant très rapidement la Belgique au petit matin du 18 juin 2012. Il renferme un echo en arc (ligne orange-rouge courbée en haut à droite) (source: Infoclimat).

Une évolution du MCS est le QLCS, pour Quasi Linear Convective System (système convectif quasi linéaire). Il s'agit d'un cas particulier où la ligne de grains qui compose la partie active devient massive et très allongée. La partie stratiforme est également allongée, en général à l'arrière de la zone intense.

Train d'orages achevant sa transformation en un violent QLCS sur l'Entre-Sambre-et-Meuse et l'Aisne au soir du 22 août 2011 (source: Meteoservices).

Enfin, citons pour finir le MCC, pour mesoscale convective complex (complexe convectif de mésoéchelle). Il s'agit d'un MCS de grande dimension, capable de couvrir un territoire plus grand que la Belgique. Il doit répondre à des critères bien précis pour être qualifié comme tel. Nous ne les détaillerons pas ici.

Pour plus de précisions, voici les liens vers deux articles évoquant les supercellules et les MCS:





lundi 13 février 2017

Tropicalisation de la France : les alizées à Bordeaux et Stéphanie dans le Golfe de Gascogne

Introduction

Le Sud de la France et la péninsule ibérique ont vécu deux événements météorologiques d'une importance majeure en Septembre 2016, même si ces deux phénomènes ont été en partie ignorés dans les grands médias. Le plus spectaculaire fut le cyclone à caractère subtropical Stéphanie, qui s'est développé les 14 et 15 Septembre 2016 dans le golfe de Gascogne. Pour la côte Atlantique, c'est une première, probablement depuis des siècles si ce n'est des millénaires comme nous le verrons par après. L'autre événement notable, complétement passé sous les radars, fut la remontée des alizées jusqu'à ce même golfe de Gascogne entre fin Août et début Septembre. Ce n'est pas tout à fait une première, car cela s'était déjà vu en 2012 (avec l'inénarrable ouragan Nadine...) et 2013 par exemple. Cependant, la répétition récente d'une telle influence des tropiques dans le Sud de la France ne fait que renforcer l'impression que le climat change, et change vite. Cet article sera essentiellement centré sur le cyclone subtropical Stéphanie, et son interception par votre humble serviteur dans le pays basque, mais explorera également les questions liées à l'extension de la zone tropicale vers le Nord, pour l'Europe en particulier.