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De très fortes chaleurs ont déclenché d'une manière explosive des incendies dans l'Ouest du Canada. Là encore, l'ombre de El Nino et du réchauffement climatique plane sur ce drame.

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Depuis le début de l'année, les eaux du Pacifique Central et Oriental deviennent de moins en moins chaudes, remplacées par des masses plus froides. Le retour à des conditions neutres, voire l'arrivée d'une phase La Nina est de plus en plus probable.

Février et mars 2016 : Le Pérou affronte son enfant Jésus.
Au Pérou, les mois de février et mars sont les plus humides, particulièrement lorsque le phénomène El Nino, qui a été baptisé ainsi par les pêcheurs péruviens, est bien développé dans le Pacifique Equatorial. Retour sur plusieurs semaines de fortes pluies dans le pays andin.

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dimanche 25 août 2013

Orages des 26 et 27 juillet 2013

Cet article passe en revue l'épisode orageux qu'a connu une grande partie de la Belgique et du nord de la France à la fin juillet au travers de nombreuses cartes et photos de l'évènement.

Analyse de la situation atmosphérique

L'image ci-dessous, représentant la situation atmosphérique en surface le 27 juillet à 2h00, permet de faire une bonne synthèse des éléments qui ont mené à cette dégradation orageuse.
- Une série de dépressions se promène sur le proche Atlantique
- Un anticyclone s'étire sur l'Europe Centrale
- Entre les deux voyage un air chaud venant du sud, qui vient se heurter à de l'air froid présent sur la Grande Bretagne et le nord-ouest de la France. La limite entre les deux est bien marquée par un front chaud qui tangente la côte belge et les côtes du Nord-Pas-de-Calais
- La ligne noire en travers de la Belgique est une ligne de creux préfrontale. C'est une zone privilégiée de convergence et d'ascendance des masses d'air, et donc de formation des orages. De plus, elle évolue dans des pressions plutôt dépressionnaires, renforçant le caractère orageux et instable de la masse d'air.
- Enfin, nous ajouterons, bien que cela ne soit pas visible sur cette carte, la présence d'un courant Jet assez important au-dessus de l'Europe Occidentale.



Source: Wetterzentrale.de 


Déroulement de l'épisode

Revenons cependant vingt heures en arrière. C'est en effet le 26 juillet que commence l'offensive orageuse avec l'arrivée d'un orage multicellulaire sur la région de Charleroi tout au matin. Un de nos membres capture quelques coups de foudre en filmant cet orage assez faible à Montigny-le-Tilleul:

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Le radar de Météo Services voit très bien cet orage arriver sur le Hainaut Oriental à 6h45 du matin, mais aussi quelques coups de foudre se produisant le long de la frontière entre la province du Luxembourg et la France.

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En fin d'après-midi, l'activité reprend avec le développement d'un orage supercellulaire sur le nord du Hainaut, suivi d'ailleurs sur place par nos partenaires de Belgorage. La photo ci-dessous est prise par le collectif dans les environs de Saint-Maur:


Les radars de précipitations montrent clairement cette supercellule sur la région de Tournai. Notez la petite tache blanche qui témoigne de pluies diluviennes (ici en l’occurrence, plus de 350 mm/heure) :

images satellites en temps reel, observation

Plus tard, en fin de soirée, c'est une autre supercellule (flèche jaune) très bien organisée qui traverse l'Oise et concerne par après le département des Ardennes en fusionnant avec un complexe orageux multicellulaire (flèche verte). Info Météo avait d'ailleurs, ce soir là, fait part sur sa page facebook de cette impressionnante structure en crochet (appelée "hook echo" dans le jargon météo) typique des puissantes supercellules. Cette morphologie est due à la rotation de l'orage autour d'un axe sur lequel peut prendre naissance les tornades. Le rideau de pluie, entraîné par les vents, s'enroule autour de l'axe en donnant cette structure sur les radars. Cet orage massif fut accompagné de très grosses chutes de grêle et d'une activité électrique très violente. Vers 23h30, il était possible d'observer les flashes des éclairs plein sud depuis la région de Charleroi, alors que l'orage se trouvait à plus de 100 km de distance!


La résultante de la fusion de ces deux systèmes déclenche une avalanche de grêle sur la région de Bertrix vers 1h00 du matin le 27, où elle s'accumule parfois sur plus de 20 cm! De nombreux arbres sont arrachés par les vents violents accompagnant ces orages. Un autre puissant orage (peut-être une nouvelle supercellule) frappe la région de Virton à 2h45.

Alors qu'en fin de nuit, les orages quittent l'Ardenne par l'est, un autre puissant MCC (ou complexe convectif de méso-échelle) s'est constitué entre-temps sur le sud-ouest de la France. Accompagné d'un derecho, il entraîne des vents destructeurs de 170 km/h sur la région de Bordeaux! Puis, à toute vitesse et à pleine puissance, il remonte vers le nord-est en prenant la forme d'un bow echo, traverse l'Ile-de-France à l'aube en foudroyant au passage la Tour Eiffel et se retrouve aux portes de la Belgique en matinée du 27.


L'immense panache nuageux des cumulonimbus s'écrasant contre la basse stratosphère, à plus de 11 km d'altitude, se voit depuis l'espace. Les satellites météo capturent ainsi cet énorme système orageux de forme vaguement elliptique sur le nord de la France. Les "griffes" nuageuses courbées sur ses bords sont peut-être les signes d'une mise en rotation du système...

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En tout début de matinée, c'est une impressionnante ligne orageuse très structurée et à déplacement rapide qui constitue la partie active du MCC. Une telle structure est impressionnante, et est chargée de signes inquiétants: des intensités pluvieuses très élevées comme sud le sud-est du département du Pas-de-Calais, des formes courbées témoignant du choc entre des vents très violents en altitude, et qui peuvent, dans certains cas, se propager jusqu'au sol...

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En Belgique, l'orage s'annonce par un spectaculaire arcus, sorte de vague ou de rouleau nuageux tourmenté se formant au choc entre les masses d'air chaud à l'avant de l'orage et celles d'air froid sous les précipitations intenses. Il signe souvent la présence d'un downburst. Ce sera bien le cas ici, mais il sera beaucoup moins violent que celui qui accompagna les orages dévastateurs du 14 juillet 2010. Ci-dessous à Montigny-le-Tilleul, près de Charleroi, photographié par l'un des membres d'Info Météo.

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Lors de son entrée en Belgique peu avant 9h00, le système orageux diminue légèrement en puissance. Mais c'est toujours un orage très structuré qui entame sa course à travers le pays. Si les intensités pluvieuses se font un peu moins fortes, l'activité électrique n'en reste pas moins explosive, comme le montre l'image de gauche ci-dessous.


Sur le Hainaut et la province de Namur, la ligne s'est scindée en deux entités distinctes, peut-être suite aux courants d'air très rapides qui animent le système orageux tout entier. La courbure de la ligne à l'est balaye la région de Charleroi où le downburst emporte le toit d'une clinique à Montignies-sur-Sambre.

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Le passage de la partie active du système est impressionnante, avec des rafales de pluie soufflées à l'horizontale, le tout sous le clignotement frénétique des éclairs intranuageux. Ce n'est qu'à l'arrière de cette ligne active que certaines décharges se montreront, soit sous la forme d'éclairs spiders rampant sous les enclumes des cumulonimbus (comme ci-dessous, à Montigny-le-Tilleul), soit sous la forme de puissants coups de foudre explosifs.

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Le MCC et son arcus dantesque poursuivent leur ruée à travers la Belgique. Ils arrivent à Seraing...


En même temps qu'ils s’apprêtent à engloutir la région de Bruxelles (ci-dessous, vu à Uccle). Sa morphologie est particulièrement superbe et bien dessinée, mettant en exergue toute la puissance du système orageux.

A Tongres, ces cyclistes se promènent sous des cieux aux couleurs tout aussi variées qu'apocalyptiques. La superposition de teintes blanches (parfois même verdâtres) au-dessus de l'arcus plombé est également un indice de la dangerosité et de la violence du phénomène.


Depuis le ciel, le mouvement de rotation de l'orage tout entier se fait de plus en plus net. Il est particulièrement bien ventilé (de l'air s'en éloigne en altitude). La machine thermodynamique est bien rodée et ses rouages sont bien huilés pour plusieurs heures encore. Un orage qui survit ainsi au lever du soleil sans réellement s'affaiblir est somme toute assez rare. L'autosuffisance et le gigantisme de ce système sont responsables de ce maintien de puissance.


C'est une ligne toujours découpée en deux qui atteint la Campine et la Zélande à 8h15 TU (10h15 heure belge). 


Il aura fallu moins de deux heures au MCC pour traverser la Belgique de part en part. A l'arrière de celui-ci, on constate les dégâts. Ils sont assez limités, heureusement. Quelques inondations locales sont toutefois à déplorer.

Cette superbe animation satellite en fausses couleurs (source: Keraunos) résume toute la vie du système. On le voit brutalement exploser sur l'Aquitaine et le Bordelais, puis remonter à travers la Vendée, le Centre, l'Ile-de-France, le Nord-Pas-de-Calais puis la Belgique. Plus la couleur est orangé - brun, plus les sommets nuageux sont froids et donc hauts. On voit ainsi apparaître de petits points bruns qui sont des dômes nuageux dépassant les enclumes, engendrés par des ascendances d'une force inouïe. L'animation ne montre pas la mort du MCC, qui a poursuivi sa route à travers les Pays-Bas. Au début de la séquence, la supercellule et l'orage multicellulaire qui déposent 20 cm de grêle à Bertrix sont bien visibles sur le nord de la France puis le sud de la Belgique.

Mesoscale Convective Complex (MCC) sur la France, dans la nuit du 26 au 27 juillet 2013. Derecho de l'Aquitaine aux Pays de la Loire et au Centre.

Alors que l'immense enclume du MCC se retire de la Belgique, le temps devient plus ensoleillé, plus chaud mais surtout plus lourd. Certains paramètres favorables aux orages deviennent inquiétants: Jet Stream en altitude, forte instabilité au sol, direction et vitesse des vents très différentes selon l'altitude... Les modèles prévisionnistes voient (ou plutôt, calculent) l'arrivée d'un nouveau MCS pour la soirée. Celui-ci se forme sur les Pays de la Loire, puis se transforme en une ligne orageuse de type bow echo qui balaie la région de Rouen et du Havre puis le Nord-Pas-de-Calais en début de soirée. Cette ligne fusionne avec un complexe orageux multicellulaire venant de Troyes et de Reims, et entre en Belgique dans la soirée. La ligne est cependant discontinue: certaines zones présentent une faible activité, tandis que d'autres sont au contraire très virulentes. Cela s'observe notamment dans le Hainaut. Alors que la région de Charleroi n'essuie qu'une bonne pluie et quelques éclairs au zénith, la région de Binche et de Mons se retrouve pilonnée sous des vents très violents, de très fortes précipitations et une activité électrique quasi continue. Peu après, la région à l'ouest de Namur est balayée par une section tout aussi violente.

Il semblerait que cette faiblesse ayant concerné une zone allant de Chimay à l'est du Brabant Wallon en passant par Charleroi soit due à la fusion entre la ligne orageuse venant du Nord-Pas-de-Calais et le complexe orageux venant de Reims. En effet, les cartes radar montrent un affaiblissement des précipitations au point de contact entre les deux systèmes, cet affaiblissement subsistant pendant deux heures. Selon toute vraisemblance, cela serait dû à l'interaction entre les vents des deux systèmes. Ceux-ci auraient été orientés de manière à annihiler ou en tout cas sérieusement diminuer les turbulences au point de contact. L'activité orageuse en ce point en serait donc sortie diminuée.

Ci-dessous, peu avant l'impact entre les deux masses orageuses, à 22h15.

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Cet affaiblissement se marque très bien sur les radars détecteurs d'éclairs de l'IRM par une zone d'environ 20 à 30 km de large pratiquement dépourvue d'impacts. Les deux systèmes dans leur ensemble présentent une activité électrique un peu moindre que celle délivrée par le MCC du matin.


L'orage commencera à perdre de sa superbe sur l'est de la Belgique, et finira par évacuer le Royaume en début de nuit.

Les relevés des stations météos mentionnent des rafales de vent jusque 90 km/h. Localement, elles ont pu être plus fortes. La plus grande quantité de pluie a été relevée à Stabroek (près d'Anvers) avec 41 mm. Cela n'a rien d'exceptionnel.

En résumé, ce sont plusieurs vagues orageuses de belle intensité qui ont concerné nos régions. Toutefois, leur violence restent en-deçà de certains événements nettement plus puissants, comme les orages du 14 juillet 2010. Ces derniers peuvent entrer dans l'échelon "Violent" de la classification des orages utilisée par Kéraunos. A l'inverse, et après des analyses approfondies, il apparaît que les orages des 26 et 27 juillet 2013 n'ont pas atteint un niveau aussi élevé, et doivent être placé à l'échelon juste inférieur, celui qui définit un orage "Fort".


Sources: IRM, Kéraunos, Belgorage, Infoclimat, Wetterzentrale, Facebook.



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