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Une atmosphère plus chaude est une atmosphère contenant plus de vapeur d'eau.
Après les inondations de Mai et Juin 2016, quels liens avec le changement climatique ?

Fin mai 2016 : Le seuil des 400ppm est franchi d'une manière généralisée sur la planète.
La concentration en CO2 continue d'augmenter sur la planète, avec un franchissement généralisée du seuil symbolique des 400ppm. L'augmentation annuelle semble même s'accélérer.

Début mai 2016 : Des incendies ravagent la ville de Fort McMurray, dans l'Alberta canadien.
De très fortes chaleurs ont déclenché d'une manière explosive des incendies dans l'Ouest du Canada. Là encore, l'ombre de El Nino et du réchauffement climatique plane sur ce drame.

Avril 2016 : El Nino en déclin, La Nina pointe à l'horizon.
Depuis le début de l'année, les eaux du Pacifique Central et Oriental deviennent de moins en moins chaudes, remplacées par des masses plus froides. Le retour à des conditions neutres, voire l'arrivée d'une phase La Nina est de plus en plus probable.

Février et mars 2016 : Le Pérou affronte son enfant Jésus.
Au Pérou, les mois de février et mars sont les plus humides, particulièrement lorsque le phénomène El Nino, qui a été baptisé ainsi par les pêcheurs péruviens, est bien développé dans le Pacifique Equatorial. Retour sur plusieurs semaines de fortes pluies dans le pays andin.

10 mars 2016 : Quand une tempête de neige mexicaine provoque une vague de douceur états-unienne ...
Aux alentours du 10 mars, une plongée d'air polaire a atteint le Mexique jusqu'à des latitudes particulièrement méridionales, provoquant des chutes de neige dans les montagnes mexicaines, un déluge sur le Sud des Etats-Unis, et une grande douceur sur la côte Est.

samedi 22 mars 2014

2011: une année explosive

L'année 2011 a marqué les amateurs d'orages tant celle-ci a vu se produire régulièrement de grands épisodes parfois destructeurs, sinon spectaculaires dans l'enchaînement de violence qui les a caractérisés. De ces événements, le grand public n'en retient dans doute qu'un seul: le tristement célèbre "orage du Pukkelpop", un des rares orages mortels que nos régions aient connus depuis le début de ce siècle. Cependant, ce terrible orage n''est pas plus violent que les autres grandes offensives que cette année 2011 a vu survenir. Cette année ressort également des annales en raison de son encadrement par deux autres années "pourries": 2010 avec toutefois les terribles orages du 14 juillet, l'épisode le plus destructeur de la décennie qui s'achevait, et 2012, une année faible en terme d'orages. Cet article propose de repasser en revue les grands moments kérauniques de l'année 2011.

L'année avait pourtant commencé normalement, avec un printemps toutefois sec et chaud. Quelques orages avaient éclaté les 2 et 3 avril, puis les 22, 23 et 24 avril, sans grande gravité toutefois. Le 28 cependant, un creux en provenance d'Allemagne déclenchait une série de fortes averses orageuses un peu partout dans le pays dans une ambiance fraîche et brumeuse, donnant 29 mm de pluie à Rumillies, dans l'ouest du Hainaut. Des inondations étaient reportées dans le Tournaisis et dans la région de Couvin. Le lendemain, de nouveaux orages concernaient la Flandre essentiellement. Un avant-garde de l'été...

Le temps redevient chaud par la suite. Le 10 mai, la masse d'air se déstabilise à nouveau et fait naître une multitude d'orages sur la Wallonie. Cependant, ceux-ci restent assez modérés et sans gravité. 

Les foudres de l'aube

Après plusieurs belles journées, la masse d'air s'instabilise la nuit du 21 au 22 mai suite à l'approche d'un front froid venant de l'ouest. Un creux circule à l'avant de celui-ci et est responsable d'orages faibles à modérés en fin de nuit et en début de matinée du 22 mai. Un premier complexe multicellulaire apparu sur le Nord-Pas-de-Calais atteint le Hainaut occidental vers 2h30, et poursuit sa route à travers la Flandre orientale, puis s'évacue vers les Pays-Bas deux heures plus tard. Il s'accompagne de fortes pluies et d'une activité électrique parfois intense. Un deuxième système multicellulaire moins intense que le premier s'organise à la frontière française vers 3h40, passe sur Mons et se dirige vers Bruxelles (4h45) avant de s'affaiblir. Enfin, un troisième orage multicellulaire plus petit apparaît entre Laon et Amiens vers 4h15, suit toute la vallée de la Haute Sambre avant d'atteindre Charleroi vers 6h00, et se désagrège quelques kilomètres plus loin. Il s'accompagne d'une activité électrique faible à modérée. L'aube est donc orageuse à Montigny-le-Tilleul. L'intérêt de cet orage est que son activité est presque uniquement constituée de coups de foudre, à raison de deux éclairs par minute environ. 




Vers la fin, l'activité électrique change progressivement vers des éclairs internuageux, indiquant un affaiblissement de l'orage, ce qui fut effectivement le cas. Une courte et faible averse s'en suit, ne faisant que mouiller une terre plutôt sèche en raison du déficit pluviométrique de ce printemps.



Les cartes radar (ici, Météo60.fr) de l'époque montrent bien la multitude de petits foyers orageux se baladant sur la Belgique et la France:



Les premiers fracas estivaux

Juin inaugure le début de la furie estivale. Le 4 juin, après plusieurs jours de très beau temps (avec, pour ce 4 juin, 29°C enregistré l'après-midi à Montigny), une dépression thermique marquée circule juste au sud du pays. Le temps se déstabilise rapidement et des orages mono et multicellulaires éclatent essentiellement au sud du Sillon Sambre-et-Meuse, d'abord sur l'Ardenne, avant de se décaler vers l'ouest. En fin de soirée, un vaste orage multicellulaire faible à modéré aborde la région de Charleroi par l'est, et apporte 11 mm de pluie sur Montigny-le-Tilleul. Il se dilue sur place vers 1h00 du matin. A l'instar de l'orage de fin mai, celui-ci est contenu (deux éclairs par minute), mais plutôt sympathique.




Le lendemain, le 5 juin donc, la masse d'air reste très instable et incroyablement moite et lourde, le genre d'atmosphère qui fait dire que "ça va craquer". Effectivement, l'orage multicellulaire qui se présente aux portes sud de la région de Charleroi vers 16h30 n'est pas un banal phénomène. Il en va de même pour un orage du même type sur la province de Liège, là accompagné de grêle. Vers 17h30, le système est sur le Pays Noir, et apporte un activité électrique assez forte (un éclair toutes les 5 à 10 secondes), quelques coups de foudre rapprochés et surtout d'intenses précipitations qui vont provoquer des inondations. Sur les dernières 24 heures, il est tombé 30 mm de pluie à Montigny-le-Tilleul. Cet orage entre dans la catégorie "orage modéré" selon la classification de Kéraunos.

Notons que, plus tôt dans l'après-midi, quelques orages avaient déjà concerné l'est du Hainaut et le Brabant Wallon.


Faute d'alimentation thermique, ces orages disparaissent à la tombée du jour. Cependant, vers 22h30, un spectaculaire orage isolé dans le ciel peu nuageux s'organise sur le nord du département des Ardennes, offrant au sud de la Belgique la magnifique représentation d'éclairs fréquents scintillant à l'intérieur du cumulonimbus et révélant les bourgeonnements de celui-ci. De temps à autre, un éclair jaillit des nuées et se perd dans l'éther. Bien évidemment, à 100 km de là, il était difficile de faire une photo potable depuis Montigny. Dommage, ça aurait bien donné...

Les 6 et 7 juin, le temps reste orageux, avec de fréquents foyers se développant ça et là sur nos régions. Les trois semaines qui suivent, le temps n'a plus rien d'estival: très frais et fréquemment pluvieux. Ceci n'empêche cependant pas la foudre de s'exprimer avec violence: l'après-midi du 16 juin, un terrible orage se développe sur Leuven et fonce vers les Pays-Bas et l'Allemagne via Hasselt. Il provoque pas mal de dégâts sur son passage.

Brasier électrique

Fin juin, une bouffée d'air torride atteint la Belgique: le 27, on enregistre 34°C à Kleine-Brogel, et le lendemain 28, il fait encore plus chaud, avec 36°C. On mesure aussi 36,9°C à Vaux-Sous-Chèvremont. Mais comme souvent sous nos contrées, les brutales invasions d'air tropical sont aussi les plus brèves, et les orages frappent déjà à la porte du pays. L'atmosphère est incroyablement chargée en énergie potentielle, avec un CAPE qui dépasse les 4000 unités, et un indice de soulèvement Li oscillant entre - 8 et - 10, signe d'une situation potentiellement explosive. De fait, passé 16h00, l'enclume d'un énorme orage sévissant sur le Nord-Pas-de-Calais est visible depuis la région de Charleroi qui grille sous un soleil de plomb. Vers 18h00, cet orage, accompagné entre temps d'autres foyers, atteint le Hainaut, tandis que d'autres cellules explosent sur l'est des Brabants. 


C'est un ciel inquiétant et menaçant dans une atmosphère silencieuse de moiteur qui précède l'arrivée de cette énorme cellule sur la région de Charleroi. En effet, au moment de la prise des photos ci-dessous, cette potentielle supercellule donne des grêlons de 2 cm et de très violentes rafales de vent à la frontière.



Cependant, la cellule faiblit en arrivant sur la région de Charleroi, et ne donne qu'une longue pluie modérée entrecoupée de quelques roulements de tonnerre. Elle s'écarte ensuite vers Namur et Bruxelles où elle s'agglomère avec d'autres orages sur le centre de la Belgique et le département des Ardennes. Vu de l'espace à 20h00, les enclumes des cumulonimbus couvrent une large superficie:


Cependant, à l'arrière de la section bruxello-namuroise en déliquescence, la convection reprend, et de nouveaux orages se forment. Cependant, ils restent assez modestes et disparates. L'ensemble commence à former une longue ligne qui ondule pour revenir vers le Hainaut, à contre-sens du flux général en début de soirée, tout en se renforçant. L'image radar de 21h30 illustre très bien cette recrudescence d'activité, avec surtout une partie très intense remontant de France vers la Botte du Hainaut.


Vers 21h45, le ciel est extrêmement bizarre à Montigny-le-Tilleul. Le ciel est beige, et le temps reste lourd. A l'horizon, le ciel noirâtre souligne la ligne orageuse en train de retrouver de la vigueur sur le Namurois


Au nord-est, à l'est de Charleroi, une petite cellule faiblement orageuse vient de naître de ce pâté nuageux beige et gris.


La partie française, en entrant en Belgique après 22h00, avale les cellules s'étant développées sur la Botte du Hainaut, et s'accompagne d'une activité électrique ininterrompue, de spectaculaires éclairs et de longues et fortes pluies localement. Le déplacement en crabe de ce QLCS (quasi-linear convective system, une variante de MCS) l'amène à défiler le centre de la Belgique pendant plusieurs heures.

Il est passé 22h00, la nuit est à présent tombée, et la moitié sud du ciel scintille d'éclairs à raison d'un toutes les 2 à 5 secondes. Les cellules formées sur la Botte du Hainaut sont en train d'être rejointes par la puissante ligne orageuse arrivant de France, dans une dynamique très compliquée.


Vers 22h30, l'orage est très proche, la pluie forte mais pas diluvienne, et d'énormes éclairs frappent les campagnes thudiniennes.


Les cartes radars montrent clairement la partie française de la ligne entrée en Belgique, se nourrissant désormais de cellules qu'elle rencontre sur la région de Charleroi et de Mons.


La partie active de la ligne passe rapidement au-dessus de Montigny, et poursuit sa route vers le nord. Son activité n'a pas faibli d'un iota. Le festival kéraunique se poursuit donc à un rythme toujours aussi soutenu.


A l'arrière de la partie active, de grands éclairs internuageux apparaissent. L'intensité de la pluie se réduit quelque peu, permettant de capturer les éclairs avec un peu plus de facilité.




Il est 23h00, le QLCS pleinement formé frappe tout le centre de la Belgique ainsi qu'une partie du nord de la France. Un gros amas pluvio-orageux concerne également l'Ardenne.


De temps à autre, de puissants coups de foudre s'écrasent sur la région. L'un d'eux tombe dans le dos de l'appareil photo, à quelques centaines de mètres à peine, suivi par une assourdissante déflagration. Une des branches de cet éclair semble se perdre à quelques dizaines de mètres au-dessus du quartier:


Pendant ce temps, les éclairs internuageux se multiplient et deviennent époustouflants dans leurs sinuosité et leur mouvement rampant. On les voit littéralement se déplacer dans le ciel. Ces grandes décharges portent le nom de spiders.




Pendant ce temps, la carte des impacts qui se dessine est ahurissante, comme celle-ci enregistrée à 23h25. Les éclairs de la dernière demi-heure sont en mauve. On apprendra plus tard que le système SAFIR de l'IRM a comptabilisé 82 203 éclairs au-dessus de la Belgique cette nuit-là, apparemment un record.


Passé minuit, la ligne est suffisamment éloignée pour ne plus être photogénique. Pourtant, une multitude d'éclairs dansent encore au sud-ouest, en France et au nord-ouest. Il faut attendre 1h00 du matin pour que l'activité électrique générale commence à retomber. Cependant, les derniers foyers orageux ne s'éteindront qu'au petit matin.

Pour terminer, voici la vidéo de ces orages réalisée depuis Montigny:


La vidéo réalisée ci-dessous par le collectif Belgorage montre l'ampleur de l'activité électrique en Ardenne:


Ces orages ont été à l'origine de dégâts et inondations. Localement, les quantités de pluie tombées sont importantes, notamment sur une zone allant de l'Entre-Sambre-et-Meuse à la région d'Anvers, en passant par la Hesbaye. Il est ainsi tombé 69 mm de pluie à Cerfontaine, 31 mm à Fontaine-l'Evêque, 28 à Braine l'Alleud, 63 à Jodoigne et 51 mm à Malines (stations Météo Belgique). Sur le réseau de l'IRM, on a relevé 85 mm à Thisnes, 64 mm à Sivry et 54 mm à Solre-sur-Sambre pour ne citer que quelques exemples. Le vent a atteint 119 km/h à Beauvechain et 101 km/h à Gosselies et à Zaventem. De fortes chutes de grêle ont concerné les régions de Liège, St Hubert et Genk. Ces orages entrent dans la catégorie "orages forts" de la classification de Kéraunos.

Le drame du Pukkelpop

Le mois et demi qui suivra sera relativement pauvre en grands systèmes orageux, comme si l'atmosphère sortait épuisée du show pyrotechnique offert à la fin juin. Pourtant, en ce milieu du moins d'août, elle fomente une catastrophe... 

Après quelques jours de beau temps, la masse d'air s'instabilise. L'après-midi du 18 août, une dépression thermique chargée d'air chaud et humide remonte de France et atteint nos régions. Consécutivement à son passage, des foyers orageux s'organisent sur le Nord-Pas-de-Calais et le Hainaut vers 15h30. Ils se déplacent rapidement vers Bruxelles où ils connaissent une phase d'intensification importante vers 17h00 et se structurent en un système multicellulaire entraînant en son sein un bow echo. Ce complexe atteint le Limbourg en fin d'après-midi, à pleine puissance. Une partie du système frappe alors Hasselt et le Pukkelpop, accompagné d'un downburst d'une rare violence (les rafales ont sans doute dépassé les 130 km/h), dévastant le site du festival, et causant malheureusement la mort de 5 personnes. 40 autres festivaliers sont blessés. A Ransberg, un peu plus loin, un anémomètre relève une rafale de 111 km/h. Pourtant, c'est sur l'ouest de l'Allemagne où le système atteindra sa plus grande puissance, se muant en un MCS de 250 km de large qui concernera la province de Liège au passage.


Cet orage peut être qualifié de "violent" selon la classification de Kéraunos.

Violence nocturne

Le 22 août, le temps est tout sauf orageux, mais cependant pas pleinement estival: moyennement ensoleillé, températures maximales légèrement supérieures à 20°C, quelques légères pluies ça et là... Le soir, le ciel s'ennuage quelque peu, mais reste agréable, quoique légèrement humide. A 22h00, juste avant l'arrivée du premier orage, la température est de 19°C. L'air des basses couches est en effet plus frais que celui, tropical, situé juste au-dessus. Cet air est poussé par un petit anticyclone thermique entre l'Ecosse et le Danemark. Pas de quoi fouetter un chat. Au sol, absolument rien ne semble annoncer le déferlement de virulence qui va suivre. Mais en altitude, la situation est toute autre...


La carte ci-dessus fait l'analyse de la situation atmosphérique à 1h00 du matin le 23, soit au moment où le premier système orageux quitte la Belgique par l'est. Nos régions sont placées au sein d'un secteur chaud, dont la présence se note essentiellement en altitude. De l'air subtropical y est véhiculé, et entre en conflit avec avec de l'air glacial de la haute troposphère, arrivant par l'ouest, marqué par une goutte froide sur la Bretagne (dépression fermée remplie d'air froid en altitude). Ajoutons à cela que de forts cisaillements de vents et des courants d'altitude soutenus sont présents, et nous avons une situation potentiellement délicate. Il manque cependant un ingrédient de taille: une énergie potentielle élevée que génère un air chaud et humide. Cet air n'est pas présent sur nos régions durant la journée. Cependant, une poche de ce type se trouve du côté de la Bourgogne. Avec l'approche de la dépression par l'ouest, elle se met en marche vers le nord-ouest, et entre en collision avec une ligne de creux (en rouge sur l'image ci-dessus) se trouvant à ce moment sur le département de l'Aisne, et ce à partir de 21h30. L'extrême complexité des vitesses et des directions de chacun de ces courants vont faire bouillonner et mélanger l'atmosphère. Les conséquences vont en être explosives... Pour les personnes intéressées, nous vous recommandons le dossier de Belgorage qui détaille toute la mise en place de chacun des facteurs aggravants. 

Mais revenons un peu en arrière. En fait, le premier système orageux, de type MCS, atteint nos régions en fin d'après-midi, mais en se liquéfiant sur le Hainaut. Il ne donne que quelques orages modérés. Ceci montre bien que les conditions ne sont pas encore optimales pour déclencher des orages entraînés. Au même moment, sur la région parisienne, un complexe orageux somme toute assez modeste remonte vers le département de l'Aisne. C'est à cet endroit précis que la langue d'air chaud et humide à CAPE élevé rejoint la ligne de creux. Au-dessus, les courants et le cisaillement génèrent des forçages importants, obligeant l'air à s'élever. En moins d'une demi-heure, le système explose en un MCS à pleine maturité, et d'une grande violence. Rarement un système orageux de cette taille s'est constitué aussi rapidement. La séquence d'images radar ci-dessous est éloquente. La première montre la situation à 21h00, la seconde, à 22h00. Toute la différence entre des orages déstructurés et un puissant MCS. A noter qu'il peut également être qualifié de QLCS:


Ces deux autres images qui zooment sur l'orage sont impressionnantes:


19h50 temps universel = 21h50 heure d'été belge


A 23h00, l'orage concerne tout l'est du Hainaut, et commence à déborder sur les provinces de Namur et du Brabant Wallon. L'activité électrique, essentiellement intranuageuse, est incessante. Les rares coups de foudre sont explosifs. Ces deux caractéristiques sont la signature d'un orage très organisé. 

Le spectacle est impressionnant, que ce soit à Berzée...



Ou à Montigny:



Au plus fort de l'orage et sous une forte pluie, six coups de foudre s'écrasent en dix minutes à moins de 500 mètres autour du site d'observation de Montigny, lançant de puissantes déflagrations à travers le quartier:


Le défilement de la ligne au-dessus de la Botte du Hainaut est responsable de pluies abondantes et continues. Sur un axe Charleroi - Rance, les cumuls dépassent partout les 50 mm (ou l/m²). Son déplacement en crabe en est en effet la cause. Le système génère d'importantes inondations dans la vallée de l'Eau d'Heure et du côté de Nalinnes et de Marcinelle.



Vu du ciel, l'orage est particulièrement impressionnant: l'enclume s'étend sur plus de 250 km de diamètre. Et d'autres systèmes identiques semblent se dessiner derrière...

21h40 temps universel = 23h40 heure d'été belge

A minuit, l'orage commence à évacuer la Botte du Hainaut, après y avoir sévi près de deux heures. Une structure de type bow echo (ligne courbée, stade encore plus organisé) semble se mettre en place dans la partie sud, mais ne subsistera même pas une heure.

A Montigny, comme à pratiquement chaque grand épisode orageux, des éclairs de type spiders dansent à l'arrière de la partie active du système:


A 1h00 du matin, le MCS, ayant accéléré sa course vers l'est-nord-est, se désorganise, gardant cependant un foyer très actif sur l'Ardenne. L'activité électrique se fait un peu moins intense. Remarque: la baisse d'activité n'est pas aussi importante que présentée sur l'image radar ci-dessous; le foyer ardennais masque le reste de la ligne au radar de Wideumont, situé juste au sud de l'orage.
A deux heures, alors que le premier MCS évacue la Belgique par le pays de Herve, de nouvelles cellules apparaissent sur les images radar, au-dessus du nord de la France.
A quatre heure du matin, ce deuxième MCS, toutefois moins organisé que son prédécesseur et de taille plus modeste, concerne le Hainaut et se dirige vers Bruxelles.
A 5h00, alors que l'orage se propage à travers l'ouest du pays, un troisième système se structure et se présente sur le nord de la France! Il est nettement plus important que le deuxième MCS, mais moins violent que le premier.
Vu de l'espace, ce défilement de système orageux est assez impressionnant. Le premier orage semble s'être refait une santé sur le nord de l'Allemagne, où il sévit à présent. Le deuxième MCS, de taille restreinte, se situe au-dessus de l'ouest du pays, tandis que le troisième, en phase de croissance, s'étend de plus en plus.
A 7h00, le troisième complexe frappe l'ouest du pays, en présentant une activité électrique particulièrement violente et de grosses intensités de précipitations, notamment sur la région de Mouscron. Au sud, le quatrième et dernier MCS est en formation.
L'image satellite de 8h00 montre clairement les quatre complexes orageux, le deuxième étant en train de se dissiper.
Le dernier système entre en Belgique vers 9h00, très violent, et se dirige rapidement vers Bruxelles, alors que le troisième, à bout de souffle, est à peine en train de quitter la Flandre.
A 10h00, il frappe durement la capitale, précédé d'un ciel noir de nuit. Un véritable déluge d'environ une heure tombe sur Bruxelles, donnant par endroits plus de 40 mm de pluie. Le sud du système passe à proximité de Montigny, donnant quelques coups de tonnerre.
En fin de matinée, l'orage quitte le pays par la province d'Anvers. Quelques derniers orages éclatent à l'arrière, mais plus rien de comparable aux MCS.
Ces orages ont été impressionnants par le nombre d'inondations résultant des pluies diluviennes qui les accompagnaient. Les communes les plus touchées à l'échelle du pays sont sans doute Uccle, Jodoigne et Ham-sur-Heure - Nalinnes. A Ham-Sur-Heure justement, des inondations et des effondrements de talus viennent interrompre les festivités de la Saint-Roch (voir le reportage de Télé Sambre). Plus généralement, le Hainaut, les deux Brabants, Bruxelles, le Limbourg et la province d'Anvers ont été fortement touchés. Les autres provinces ont parfois subi des orages (Namur, Liège, Flandre orientale) tandis que la province du Luxembourg et la Flandre occidentale n'ont été que très peu concernées. En certains endroits, les lames d'eau relevées sont importantes:
Montignies-sur-Sambre: 70 mm, Cour-sur-Heure: 55 mm, Ellignies-Ste-Anne: 52 mm, Enghien: 48 mm, Koekelberg: 49 mm, Uccle (IRM): 44 mm.
Il est aussi tombé 40 mm à Montigny-le-Tilleul et 70 mm à Nalinnes. 
Environ 12 000 coups de foudre ont frappé le pays au cours de ces orages, pour environ 75 000 éclairs intranuageux. Ce chiffre est remarquable, mais si l'on prend en compte la durée et la répétition des vagues orageuses, il ne peut être considéré comme exceptionnel. Cela n'enlève cependant rien au spectaculaire brasier électrique engendré notamment par le premier MCS: le ciel était éclairé sans cesse par les décharges intranuageuses, et les rares coups de foudre pilonnaient parfois des surfaces réduites.
La foudre a engendré des incendies parfois spectaculaires à Antoing, mais aussi à Mons où le toit d'une aile de l'école des Ursulines a entièrement brûlé.

Ces orages peuvent être qualifiés de "forts" selon la classification de Kéraunos.

Voici la vidéo du premier orage vu depuis Montigny:


Le même orage filmé par le collectif Belgorage à Rouveroy, au sud-est de Mons:


Orages-express

Le moins d'août est inhabituel tant il voit se répéter de puissantes offensives orageuses à une époque où ces orages ont tendance à se faire plus discrets. A l'aube du 26 août, un peu à l'instar de la situation d'il y a quatre jours, un coin de secteur chaud d'une perturbation concerne la Belgique. En son sein, un nouveau MCS se développe et fonce à travers la Belgique, du sud-ouest au nord-est. Les orages qu'il transporte sont localement forts, notamment dans le Brabant Wallon, et ce malgré une activité électrique somme toute mesurée. Des inondations sont à déplorer localement. Cependant, du fait de son rapide déplacement et de l'humidité de la masse d'air, le système ne se fait que peu photogénique. Les provinces de Namur, de Liège et de Luxembourg sont épargnées pour une grande part.

Quand il y en n'a plus, et bien il y en a encore

Le 3 septembre en soirée, l'atmosphère acquiert une nouvelle fois les paramètres favorables à de violents orages. A l'avant d'un front froid sur l'ouest de la France et les Iles britanniques, un creux thermique traverse la Belgique dans la soirée du 3 au 4, générant des orages très électriques. Montigny est une nouvelle fois concerné. Les orages présentent une organisation multicellulaire, mais pas au point de générer des MCS comme ce fut régulièrement le cas au cours du mois d'août. L'épisode survient en deux vagues, les foyers s'étant positionnés sur une sorte de V ouvert vers l'est et se déplaçant du sud vers le nord (voir image ci-dessous montrant la situation vers 22h45). L'activité électrique en leur sein est impressionnante, avec un éclair toutes les 2 à 5 secondes. Un peu à l'instar du 22 août, leur passage sur Montigny s'accompagne de quelques chutes de foudre très proches. De très fortes précipitations se produisent, perturbant le déroulement du festival Scène-Sur-Sambre près de Thuin. Entre les deux passages des branches du V, une courte accalmie permet d'observer des éclaircies et la lune, avec l'impression d'être entouré d'orages. Ces systèmes se déplacent vers les Pays-Bas en faiblissant. Aux premières heures du 4, un nouveau système orageux concerne l'Ardenne.


Apothéose supercellulaire

Le 10 septembre, pour la dernière fois de l'année, de violents orages vont sévir, cette fois sur l'ouest de la Belgique et le Nord-Pas-de-Calais essentiellement. L'air humide et chaud présent depuis plusieurs jours sur nos régions est déstabilisé par l'arrivée d'un creux précédent un front froid. Pourtant, une inversion va bloquer tout développement convectif pendant la journée. Ce n'est qu'en fin d'après-midi que l'inversion est percée sur le département du Nord, entraînant la formation d'un énorme cumulonimbus bien vite organisé en supercellule. En traversant la Flandre Occidentale, il s'accompagne de très fortes pluies, de puissantes rafales de vent et surtout d'une activité électrique exubérante.

D'autres orages très puissants se développent derrière cette cellule et concernant la région de Gand et l'ouest de la province d'Anvers, avant de s'évacuer vers les Pays-Bas.

La vidéo ci-dessous a été réalisée par le collectif Belgorage:



Ce dossier reprend un certain nombre d'informations que l'auteur a écrit à l'époque sur le site Hydrométéo. Les autres sources sont Wetterzentrale, Skystef, Belgorage.

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