Actualités

Une atmosphère plus chaude est une atmosphère contenant plus de vapeur d'eau.
Après les inondations de Mai et Juin 2016, quels liens avec le changement climatique ?

Fin mai 2016 : Le seuil des 400ppm est franchi d'une manière généralisée sur la planète.
La concentration en CO2 continue d'augmenter sur la planète, avec un franchissement généralisée du seuil symbolique des 400ppm. L'augmentation annuelle semble même s'accélérer.

Début mai 2016 : Des incendies ravagent la ville de Fort McMurray, dans l'Alberta canadien.
De très fortes chaleurs ont déclenché d'une manière explosive des incendies dans l'Ouest du Canada. Là encore, l'ombre de El Nino et du réchauffement climatique plane sur ce drame.

Avril 2016 : El Nino en déclin, La Nina pointe à l'horizon.
Depuis le début de l'année, les eaux du Pacifique Central et Oriental deviennent de moins en moins chaudes, remplacées par des masses plus froides. Le retour à des conditions neutres, voire l'arrivée d'une phase La Nina est de plus en plus probable.

Février et mars 2016 : Le Pérou affronte son enfant Jésus.
Au Pérou, les mois de février et mars sont les plus humides, particulièrement lorsque le phénomène El Nino, qui a été baptisé ainsi par les pêcheurs péruviens, est bien développé dans le Pacifique Equatorial. Retour sur plusieurs semaines de fortes pluies dans le pays andin.

10 mars 2016 : Quand une tempête de neige mexicaine provoque une vague de douceur états-unienne ...
Aux alentours du 10 mars, une plongée d'air polaire a atteint le Mexique jusqu'à des latitudes particulièrement méridionales, provoquant des chutes de neige dans les montagnes mexicaines, un déluge sur le Sud des Etats-Unis, et une grande douceur sur la côte Est.

dimanche 7 février 2016

Il a encore dégelé au Pôle...

Introduction


Dans les médias, la règle est au sensationnel, et un événement en remplace en autre au seul motif qu'il fera péter encore plus l'audimat. L'objectif d'informer est bien secondaire par rapport à l'objectif de faire du chiffre. Ainsi la tempête Jonas a balayé dans l'actualité tous les autres événements météos. Malgré cette prédilection des médias pour les événements spectaculaires et du côté "froid" de la force, le mois de Janvier s'annonce encore plus doux que le mois de Décembre sur l'ensemble du globe. Dans ce contexte de chaleur planétaire persistante, il a donc encore dégelé au Pôle... L'événement en Décembre 2015 avait fait bien plus de bruit, à défaut d'autres fait météos plus croustillants et qui ne renvoient pas au changement climatique -donc moins "anxiogène"-. D'autres faits météos sont également notables ce mois de Janvier, et nous nous proposons ici de faire un rapide tour des éléments saillants de ce mois de Janvier et qui pourrait avoir des conséquences autrement plus importantes qu'une tempête de neige aux USA.

(correction du 07 Février à 21h30 : la coupe latitude - hauteur du vent zonal pour les précédents El Niño n'avait pas la bonne échelle de valeurs dans le paragraphe "Et ailleurs, aux USA")



El Niño


El Niño, la grande excuse des derniers mois, dont on entend  parler en permanence. Nous le verrons, certains phénomènes de ce mois de Janvier correspondent bien au schéma des anomalies attendues. La NOAA propose cette sympathique carte qui résume les effets à attendre lors d'un événement El Niño :

Planisphère global montrant des anomalies chaudes de la températures en Afrique Australe, Asie du SE, Australie, Japon, Alaska et Canada, Brésil, des anomalies froides dans le Sud des USA, des anomalies sèches en Afrique Autrale, Indonésié Polynésie et Amazonie, des anomalies humides dans le Sud des USA, dans l'intérieur de l'Afrique et au Brésil
Conséquence moyenne d'un événement El Niño en Hiver boréal (Décembre - Janvier - Février). Dry & warm : chaud et sec, Wet : humide, Warm : chaud, Dry : sec, Wet & Warm : chaud et humide, Wet & Cool : frais et humide. Source : www.noaa.gov

Pour l'instant, El Niño carbure bien et il est dans le top des événements les plus forts des 50 dernières années avec 1982 - 1983 et 1997 - 1998 (notons que la connaissance d'El Niño est plus parcellaire au 19eme et 20eme siècle, mais des gros événements ont déjà eu lieu plus loin dans le temps, comme en 1877-1878 ou 1940-1941-1942 mais les données manquent pour dire c'était le n-ième plus chaud d'après tel indice).

La température de l'Océan Pacifique Central est un indicateur classique d'un événement El Niño. D'après cet indice, 2015 vient de péter le plafond en Décembre (la valeur de Janvier devrait montrer un dépassement plus franc encore malgré une légère baisse par rapport aux valeurs de Décembre).


Graphique montrant l'évolution de la température de la surface de l'Océan Pacifique équatorial pour différentes années, montrant que les années 97-98 et 15-16 sont au coude-à-coude au sommet.
Graphique d'un indicateur de l'ENSO, l'anomalie de température de la surface de l'Océan Pacifique équatorial. Données de l'ERSSTv4. Source : blog de la NOAA sur l'ENSO.

Comme nous allons le voir, des événements climatiques collent bien en effet au schéma de l'El Niño, tandis que d'autres événements en sont bien éloignés. Ainsi, l'événement El Nino a aidé a battre les records, puisqu'il est en quelques sorte la cerise sur le gâteau, le petit plus sur une tendance de fond au réchauffement :

 
Évolution de l'anomalie de la température moyenne à la surface du globe en Janvier 2016 par rapport à la normale 81-10. Données de la Reanalysis du NCEP/NCAR. Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

Planisphère représentant les anomalies de températures en Janvier par rapport à la normale 1981-2010. On note en particulier une zone d'anomalies négatives au niveau de la Norvège et de la Russie Européenne, une dans le Pacifique Nord, et une dans l'Est Antarctique et en continuité l'Océan Antarctique. Ailleurs, la douceur domine.
Anomalie de la température moyenne à la surface du globe en Janvier 2016 par rapport à la normale 81-10. Données de la Reanalysis du NCEP/NCAR. Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml


Et pour commencer avec un truc qui ne colle pas du tout avec El Niño, parlons donc du Pôle Nord qui vient de dégeler une nouvelle fois.

Le Pôle hors gel en Janvier


Ce sera donc un nouveau pic de température pour l'Arctique qui a été atteint ce 24 et 25 Janvier. L'observation la plus notable est celle d'une bouée à 500 kilomètres du pôle. La température est monté à 1.7°C à minuit UTC le 25 de ce mois d'après cet instrument de mesure. Le 29 Décembre 2015, elle avait atteint 2.2°C, en étant à peu de chose près au même endroit (un poil plus au Nord pour être tout à fait exact) :

Carte représentant les données SYNOP de l'Arctique. On note en particulier des valeurs positives du côté Atlantique de l'Arctique, en particulier au Svalbard et vers le Pôle Nord. Ailleurs, les températures sont plus conformes aux normales, et se situent vers -20°C à - 30°C
Températures issues des observations synoptiques (SYNOP) le 25 Janvier 2016 à 00 UTC pour l'Arctique. Données mise en forme par www.ogimet.com


Le graphique des données de la bouée ne montre aucune incohérence, et les deux pics de douceurs de la température de surface se distinguent nettement, en cohérence avec les autres sources de données.

et
Graphique représentant l'évolution de la température de l'air, la température de surface, et la pression, d'une bouée dérivant à proximité du Pôle. On note en particulier deux pics de douceurs, un fin Décembre-début Janvier et un fin Janvier qui amène à chaque la température au délà de 0°C (respectivement 2.2°C et 1.7°C)
Données de la bouée 300234062785480 (ouf...). Source : http://iabp.apl.washington.edu/


En effet, au Svalbard, la température a de nouveau approché les records. À l'aéroport, la station de référence de l'archipel, la température a atteint 4.5°C le 24 à midi UTC, atteignant un niveau remarquable pour un mois de Janvier. À cet endroit, la température avait atteint 7.7°C le 17 Janvier 2006 -première valeur- et 6.7°C en 1996 -deuxième valeur-. En début de mois l'aéroport avait déjà atteint 6.6°C, sur la fin de la vague de douceur, ce qui représentait déjà la troisième plus forte valeur pour la station. La valeur de ce 24 Janvier à 4.5°C est donc un peu en retrait mais reste remarquable. Plus au Nord, Phippsøya (à 1000 km du pôle seulement) a atteint 2.6°C. La station est passée très proche de sa valeur du 3 Janvier au lendemain de la vague de douceur de 2.9°C. La climatologie de cette station est plus pauvre mais il est vraisemblable que la valeur du 3 Janvier soit un record. Plus exceptionnel encore, il était tombé au Svalbard, entre le 1er et le 04 Janvier, 33.8 mm de pluie par des températures de 2°C à 4°C. Normalement, il ne tombe que 15 mm de précipitations, et uniquement sous forme de neige, en Janvier sur l'archipel... C'est significatif à deux titres.
D'une part, cela implique qu'une quantité d'énergie très importante est requise pour faire fondre la glace et provoquer donc la pluie (originellement, au sein du nuage, les précipitations commencent sous forme de glace), et qu'une quantité très importante de vapeur est requise pour provoquer des pluies aussi fortes. Une telle vague de chaleur humide rappelle que le réchauffement climatique ne se manifeste pas seulement par une hausse de la température, mais aussi par une atmosphère plus humide.
D'autre part la pluie, qui atteint la surface en étant justement riche en énergie, participe au réchauffement de la surface de l'Océan Arctique et maintient donc la région libre de banquise. Il se met alors en place sans doute une rétroaction positive. L'Océan libre fournit la chaleur humide qui se condense en nuages de pluies au dessus de l'Arctique, ces nuages de pluies en retour favorisent le réchauffement de surface de l'Arctique. Cette boucle de rétroaction n'est pas très puissante et il faut mener une analyse assez fine pour la détecter, mais malgré tout c'est un autre engrenage dans lequel on a mis le doigt...

Le modèle états-unien GFS, en cohérence avec ces observations, montre que l'advection douce vient tangenter le pôle Nord :

Carte représentant la température à 2 mètres calculée par le modèle GFS d'après les observations. On note une langue d'air doux en direction du Pôle, arrivant par l'Atlantique
Température à 2m par GFS -modèle des USA- montrant en vert les températures positives. Carte produite par le site ClimateReanalyzer.org. Source : cci-reanalyzer.org
C'est donc une nouvelle journée hors gel pour le Pôle Nord.

Cette vague de douceur phénoménale avec des anomalies dépassant les 20°C a des conséquences très concrètes car elle perturbe fortement la circulation atmosphérique de l'Hémisphère Nord. En effet, ce sont les données d'un jour, mais en moyenne depuis Novembre l'Arctique atteint des valeurs de températures proche de la démence complète, avec une banquise très lourdement déficitaire. Cette source de chaleur est alors responsable d'une hausse de l'activité ondulatoire planétaire. Comme nous l'avions dit à plusieurs reprises sur ce blog, les anomalies douces sur l'Arctique favorisent des aberrations complétement débiles de la circulation atmosphérique (dont le plus fameux exemple est sans doute Décembre 2010, quand l'Arctique Canadien battait des records de plein Été alors que l'Europe grelottait dans l'une des plus grosses vagues de froids de Décembre). Ce sera encore le cas cette année, comme nous allons le voir.

Au bilan, Janvier aura fait tomber nombres de records dans l'Arctique. Pour le Svalbard, le mois de Janvier aura été le cinquième plus chaud depuis 1899 avec -3.8°C de température moyenne (2006 : -2.7°C ; 1937 : -2.8°C ; 1947 : -3.2°C ; 2012 : -3.4°C).
Plus à l'Ouest, à l'île d'Heiss, le record a eu chaud, avec une température mensuelle de -10.4°C. Le record est de -9.7°C en 2006, suivi par 2012 avec -9.8°C.
À Ostrov Vize, une île de l'Arctique russe 400 kilomètres plus à l'Ouest, le mois de Janvier aura clairement battu le record de ... 2012. Janvier aura enregistré une température moyenne de -10.1°C, envoyant valser les -11.2°C de Janvier 2012.
Plus à l'Ouest encore, Ostrov Golomyannyy a aussi poutré son record, avec une température moyenne de -16.8°C. Le précédent était de -17.5°C en 1937 (-19.6°C en Janvier 2006).
C'est donc une vaste région qui a approché ou battu ses records. Et ce n'est pas tout, car l'Alaska aussi a approché des records. Le déficit d'enneigement a parfois été sévère dans cet état, et des records de moyenne mensuelle ont été battu dans certaines stations de l'Ouest :

https://weather.com/storms/winter/news/record-least-snowiest-alaska-december-january

Froid en Asie du Sud-Est


Le fait a été peu médiatisé, mais ce qui a été vraiment exceptionnel en Asie du Sud-Est n'est pas tant le froid, mais le basculement d'un extrême à l'autre. Au début du mois, la région approchait les records de chaleurs -événement nettement moins médiatisé....- avec par exemple à Hong Kong une maximale de 25.4°C et une minimale de 21.2°C le 04 Janvier. La ville était alors un bon 6°C à 7°C au delà des normales, et à 1°C ou 2°C de ses records seulement. Et le 24, la ville partait dans l'autre extrême, avec une minimale de 3.1°C soit 11°C sous la normale et alors que le record est à 0°C pour la ville. Pour l'ensemble de la région, le passage du front froid dans la journée du 22 et 23 Janvier a été un événement en soi. À Hong Kong, entre 22 à 03 UTC et le 23 à 03 UTC, la température est passé de 15.5°C à 7.8°C, soit une baisse de 7.7°C en 24 heures. En dehors de la froidure, une telle chute de température est remarquable pour cette ville au climat pratiquement tropical.

Cette sauvagerie de la météo en quelque sorte, sans vouloir jouer sur le spectaculaire et l'émotion, montre bien que quelque chose ne tourne vraiment pas rond, dans tous les sens du terme. Une nouvelle étude de Yang et Francis confirme et démontre explicitement que l'anticyclone de Sibérie peut être affecté par la fonte estivale de la banquise :

Wu, B., Yang, K. and Francis, J. A. (2016), Summer Arctic dipole wind pattern affects the winter Siberian High. Int. J. Climatol.. doi:10.1002/joc.4623

Cela rejoint  d'autres études similaires, mais aux objectifs différents de Cohen, Barlow, Kushner et Kazuyuki :

Judah Cohen, Mathew Barlow, Paul J. Kushner, and Kazuyuki Saito, 2007: Stratosphere–Troposphere Coupling and Links with Eurasian Land Surface Variability. J. Climate, 20, 5335–5343. doi: http://dx.doi.org/10.1175/2007JCLI1725.1

et de Cohen, Furtado, Jones, Barlow, Whittleston et Entekhabi :

Judah Cohen, Jason C. Furtado, Justin Jones, Mathew Barlow, David Whittleston, and Dara Entekhabi, 2014: Linking Siberian Snow Cover to Precursors of Stratospheric Variability. J. Climate, 27, 5422–5432. doi: http://dx.doi.org/10.1175/JCLI-D-13-00779.1

Et effectivement ce mois-ci l'anticyclone de Sibérie aura été exceptionnellement puissant. Pour l'illustration (même si cela ne prouve pas grand'chose en soi), l'anticyclone de Sibérie aura atteint 1 066 hPa juste avant la vague de froid en Asie du Sud-Est. Cela commence à faire un gros balourd...

De plus dans le même temps, il y a une autre anomalie qui a été peu notée. La région a connu de très fortes précipitations. A Hong Kong toujours (les données sont extrêmement bien fournies pour cette ville), le mois de Janvier approche les 270 mm de pluie cumulée (à la rédaction de l'article nous n'avons pas encore la valeur exacte). Le record de 214.3 mm en 1887 a été largement pulvérisé. À  nouveau c'est significatif car cela indique une perturbation du cycle hydrologique, ce qui mobilise une énorme énergie. Il est notable que 2016, à l'échelle globale, sera sans doute une année extrêmement humide. Cependant, il n'est pas inutile de rappeler qu'une moyenne globale exceptionnellement humide peut cacher de très fortes disparités régionales. La chaleur permet en effet d'accélérer l'évapotranspiration, ce qui assèche d'autant plus vite les régions déficitaires en précipitations. Ainsi, les extrêmes sont exacerbés.

Et malgré tout, la sécheresse

Les conséquences d'El Niño sont très variées. L'Organisation Mondiale de la santé a pondu tout un rapport à ce sujet. L'El Niño est la plus importante source de variabilité pour le climat mondial, et il apporte pas mal de difficultés. Si l'Est asiatique a plutôt vu des pluies excédentaires, le Sud Asiatique et l'Est de l'Afrique sont plutôt au régime sec. Une sécheresse très marquée sévit ainsi en Éthiopie :

http://america.aljazeera.com/articles/2016/1/4/ethiopias-drought-ignored-as-aid-funneled-to-more-desperate-crises.html
http://news.trust.org/item/20160131090231-0tqgp/?source=fiHeadlineStory

De même, l'Asie insulaire souffre du manque d'eau :

http://news.trust.org/item/20160126122119-q16l8/?source=fiOtherNews3

http://www.who.int/hac/crises/el-nino/22january2015/en/

Il est notable que l'activité exacerbe sans doute le stress hydrique. En effet, nombre de pays souffrent d'une déforestation rapide. Or la forêt joue un rôle majeur dans le cycle de l'eau, en recyclant la vapeur d'eau.

Cette sécheresse a une autre conséquence, qui est l'explosion de la concentration en dioxyde de carbone dans l'atmosphère. En effet, le CO2 tend à augmenter plus rapidement dans l’atmosphère lors des épisodes El Niño. Cependant, cette tendance est renforcée par les gigantesques incendies dans les forêts tropicales, souvent plus dûes à la déforestation qu'à la sécheresse. C'est le cas en Indonésie en particulier. Le maximum de la crise a été atteint en Décembre, mais nous pouvons brièvement aborder ce sujet dans ce récapitulatif de Janvier 2016 :

http://www.bbc.com/news/business-35109393

En conséquence donc, la concentration en CO2 au niveau global a connu provisoirement la deuxième plus forte hausse (la valeur n'est pas encore définitive et sera vraisemblablement révisée à la hausse). En un an, le CO2 aura pris 3.01 parties par millions en volume, contre 2.82 parties par millions en volume en 1998. Sans s'avancer exagérément, il est vraisemblable que la hausse en 2016 approche même les 3.5 parties par millions en volume -et c'est en tout cas le rythme qu'on suit en ce début d'année-. Pour la référence, si les plus de 3.5 ppm de hausse en un an ce confirme, cela représenterait une hausse de 0.05 W/m² du forçage radiatif, soit la plus forte augmentation du chauffage de la Terre depuis un sacré foutu bout de temps (au début de la révolution industrielle cela augmentait plutôt de 0.01 à 0.02 W/m² et ces dernières années c'était plutôt autour de 0.03 W/m²). Cela peut sembler peu, mais cela équivaut en gros à mettre un radiateur standard de 1000 watts tout les 150 mètres allumé en permanence partout à la surface de la Terre...

Graphique représentant la hausse du CO2 atmosphérique. Cette hausse augmente avec le temps, avec trois maximums en 1983, 1998, et 2015 correspondant à trois événements El Niiño.
Hausse globale de la concentration en CO2. Source des données, Carbon Cycle Greenhouse Gas (CCGG) du Global Monitoring Division (GMD) de l'ESRL, NOAA : http://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/index.html

Au moment où nous nous publions cet article, le CO2 vient de franchir le seuil des 405 parties par million en volume deux jours consécutifs à Mauna Loa (pour la première fois depuis le début des mesures, et pour la première fois depuis plusieurs millions d'années au moins, sans doute 15 millions d'années en fait), avec 405.66 le 04 Février et 405.60 le 05 Février : http://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/monthly.html. Même si ce n'est pas directement comparable, la valeur moyenne de Février 2015 était à 400.26 ppm. Cela représente plus de 5 ppm de différence en un an donc...

Et encore plus en Afrique


Tout un croisant Sud et Est de l'Afrique est frappé par la sécheresse, avec des conséquences qui menacent d'être sérieuses étant donné la fragilité de certains États. Comme dit, l'Ethiopie morfle :

http://www.aljazeera.com/news/2016/01/ethiopia-drought-prompts-global-appeals-aid-160117143110259.html

La Namibie subit sévèrement les conséquences de la faiblesse des précipitations durant sa saison des pluies, avec une production de maïs en lourde baisse par rapport à l'année précédente :

http://allafrica.com/stories/201602020926.html

En Zambie, la situation n'est guère plus réjouissantes :

http://allafrica.com/stories/201601140899.html

De manière générale, tout le Sud de l'Afrique est touchée :

http://www.aljazeera.com/news/2016/02/lesotho-farmlands-dry-drought-worsens-160202210750524.html
http://www.aljazeera.com/news/2016/01/southern-africa-severe-drought-leaves-millions-hungry-160118140707396.html
http://www.aljazeera.com/news/2015/11/el-nino-threatens-millions-children-africa-151111041334785.html

Et de manière générale tout le Sud et l'Est de l'Afrique :

http://www.irinnews.org/report/102317/an-unwanted-guest-el-ni%C3%B1o-and-africa-in-2016

http://www.rfi.fr/afrique/20160201-madagascar-nino-pluies-inondations-secheresse-alimentation-eau-faim-nourriture


Et les difficultés de gestions rendent en effet les choses bien pires, des villes n'étant pas loin d'être à court d'eau :

http://allafrica.com/stories/201601130754.html
http://af.reuters.com/article/topNews/idAFKCN0VB0D1

Ces anomalies correspondent bien au schéma attendu en El Niño, le réchauffement climatique exacerbant sans doute les anomalies. Les très fortes températures accélèrent l'évapotranspiration, et donc la sécheresse se met plus rapidement en place. L'El Niño a sans doute un rôle majeur, mais le fait que les trois quarts du globe de manière générale, et l'Afrique en particulier, soit en train de faire exploser le thermomètre, n'arrange rien. Il n'est pas inutile de rappeler, même si tous les commentateurs insistent lourdement sur l'El Niño, que l'Afrique du Sud se réchauffe indépendamment de l'ENSO, que cela ne c'est pas arrangé ces dernières années, et qu'un climat plus chaud accélère l'évapotranspiration et donc accélère in fine la mise en place de la sécheresse. :

Kruger AC, Shongwe S. Temperature trends in South Africa: 1960–2003. Intl J Climatol. 2004;24:1929–1945. doi.org/10.1002/joc.1096

Nous avions déjà commenté sur notre blog les records de chaleurs en Afrique du Sud. Or ces records ne sont pas dûs seulement à l'ENSO, mais aussi à la tendance de fond au réchauffement. Exemple à Calvinia (les données sont souvent perclus de trous en Afrique malheuresement...) :


Graphique avec des données quelque peu parcellaires montrant que la température moyenne de Janvier se réchauffe à Calvinia, d'un peu moins d'1°C par siècle, et que 2016 a atteint un maximum qui dépasse le niveau atteint en 2012.
Température moyenne de Janvier à Calvinia en dixième de degrés Celsius. Notez le record de Janvier 2016.
De manière générale, le mois de Janvier en Afrique du Sud pointe à la première place ou à la deuxième place derrière 2012, voire ponctuellement un peu plus. Toujours est-il que la tendance au réchauffement est bien grasse, et que c'est elle et non l'El Niño qui a poussé le record, après un mois de Décembre déjà exceptionnel.
Le réchauffement climatique empire donc clairement les choses quand en plus les pluies viennent à manquer :

Carte des précipitations en Afrique du Sud, montrant des faibles cumuls généralisé à l'exception de la bande littorale Sud
Cumul total de précipitations en Afrique du Sud, du 01er Juillet 2015 au 31 Décembre 2015. Source : http://www.weathersa.co.za/climate/historical-rain-maps

Carte permettant de mettre en perspective les cumuls de précipitations, en donnant les rapports à la normale. On note un déficit souvent supérieur à 50%. Seul la bande littorale Sud de l'Afrique du Sud a des cumuls proche de la normale.
Écart à la normale du cumul des précipitations entre le 01er Septembre 2015 et le 30 Novembre 2015. Données du Climate Prediction Center. Source : http://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/monitoring_and_data/

La sécheresse s'invite rapidement, et en Afrique du Sud va sans doute peser négativement sur la croissance :

http://af.reuters.com/article/investingNews/idAFKCN0VB198

Cette sécheresse pourrait avoir des répercussions globales, l'Afrique du Sud étant (à mettre au passé sans doute maintenant...) le dixième producteur mondiale de maïs :

http://www.franceinfo.fr/emission/en-direct-du-monde/2015-2016/la-secheresse-s-aggrave-en-afrique-du-sud-inquietude-pour-les-recoltes-26-01-2016-04-12

http://af.reuters.com/article/investingNews/idAFKCN0VB198

Malgré le crash des matières premières depuis deux ans, la baisse des prix des matières premières agricoles, après avoir plutôt fortement réagi en 2014-2015, semble de plus en plus se tasser.

La banquise, du pôle Nord...

En lien avec la très forte chaleur au Pôle Nord, c’est sans surprise que l'on note un très lourd déficit de la banquise Arctique. La superficie de l'Océan couverte par les glaces n'a jamais été aussi faible, battant le précédent record de 2006. Il est à noter que l'extension de la banquise a pu être reconstruite avec suffisamment de précision sur les 2000 dernières années pour conclure que c'est un point bas sans précédent depuis au moins tout ce temps. Ci-dessous, la série des mesures par satellites depuis 1979. Le point bas atteint en Janvier 2006 et Janvier 2011 avec 13.63 et 13.62 millions de kilomètres carrées a été largement enfoncé ce mois avec 13.53 millions de kilomètres carrées de banquise seulement.

Graphique décrivant la baisse de l'extension de la banquise Arctique, de l'ordre de 3% par décennie. On note que 2016 a atteint un point bas qui enfonce le précédent plancher de 2006 et 2011
Écart à la moyenne de référence de l'extension de la banquise arctique, en pourcentage, pour le mois de Janvier. Données du NSIDC : www.nsidc.org

La carte des anomalies montrent que l'extension a été lourdement déficitaire de manière pratiquement généralisée. Les anomalies négatives sont en bleues (là où il y a moins de banquise que la normale) et les anomalies positives sont en rouges (là où il y a plus de banquise que la normale). On note le très lourd déficit en mer de Barents, de Kara, et qui s'étend pratiquement jusque dans l'Arctique Central... La seule région qui s'en sort pas trop mal est la baie de Baffin, qui a connu une embâcle pratiquement "normale" pour la saison (la normale en soit n'ayant déjà plus vraiment de sens, mais admettons).

Carte présentant les anomalies d'extension de la banquise dans les régions polaires. L'extension est déficitaire un peu près partout, sauf localement en baie de Baffin et dans l'Ouest de la mer de Béring
Carte de l'écart à la moyenne de référence de l'extension de la banquise arctique, en pourcentage, pour le mois de Janvier. Données du NSIDC : www.nsidc.org


Ces anomalies sont si extrêmes qu'elles le disputent à l'El Niño au jeu de qui influera le plus la météo globale. Cette carte présente un champ au nom un peu barbare, la fonction de courant. Simplement, il présente la composante purement rotationelle du vent, de telle sorte que le vent laisse les basses valeurs à main gauche et les hautes valeurs à main droite, peu importe l'Hémisphère. Les données calculées pour 2015 sont en haut, le champ attendu suite à l'El Niño est en bas.Il n'y a évidement pas que le phénomène El Niño qui entre en jeu, mais étant son importance cette année il est le principal facteur de variabilité. On voit que Janvier 2015 suit plutôt bien la réponse à El Niño, avec évidement des anomalies un peu plus marquées qu'attendues et un peu plus de variabilité. Cependant, globalement on est "dedans". Les deux grosses anomalies qui ressortent sont au niveau la ceinture des perturbations de l'Océan Antarctique. Et surtout, l'énorme anomalie positive au dessus de l'Arctique russe, et plus marginalement au dessus du Groenland.

Anomalies de la fonction de courant en Janvier 2015. Données issues du projet de réanalyse NCEP/NCAR : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

Anomalies de la fonction de courant attendu en Janvier si El Niño était le seul forçage. Données issues du projet de réanalyse NCEP/NCAR : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

Cette région de l'Hémisphère Nord n'a eu de cesse de perturber l'écoulement. Et même si nous sommes conscients des limites de cette approche, et que ceci ne consiste pas une preuve satisfaisante, elle suggère très fortement que l'anomalie tient tête à El Niño (ce qui est en vérité le cas). Évidement, nous ne risquons pas d'entendre parler de cette anomalie chaude liée au réchauffement climatique. C'est moins anxiogène et plus facile de tout rejeter sur El Niño et de dire que cela ira mieux en 2017. Une autre manière de voir les choses et de regarder les anomalies normalisés du géopotentiel ("épaisseur" de la colonne atmosphérique) au dessus de l'Arctique où l'on retrouve à nouveau une grosse anomalie positive.


Pour les anglophones, Bob Henson sur le blog Jeff Masters, reprend les mêmes éléments et qualifie la situation d’absurde : http://www.wunderground.com/blog/JeffMasters/absurd-january-warmth-in-arctic-brings-recordlow-sea-ice-extent

...au Pôle Sud

La banquise au Pôle Sud tend à augmenter légèrement malgré le réchauffement climatique. Il y a sans doute plusieurs raisons à cela. Une hypothèse majeure est le fait que la baisse de la concentration en ozone dans la stratosphère favorise une circulation plus zonale autour de l'Antarctique. par le truchements des vents de surface, cela favoriserait un changement de l'extension de la banquise avec une petite tendance à la hausse. Il faut aussi savoir que l'Océan Antarctique est une des régions qui se réchauffent le moins vite, à cause de l'inertie de ce très gros Océan. Enfin, la hausse des précipitations neigeuses serait plus efficace que dans l'Arctique à sauvegarder la banquise. Toujours est-il que la banquise Antarctique tend à augmenter quelque peu. Cependant, cette année, Janvier 2016 aura été très déficitaire :

Graphique décrivant la hausse de l'extension de la banquise Antarctique, de l'ordre de 4% par décennie. On note la très forte variabilité, après un record en 2015 la banquise est nettement déficitaire en 2016. title=
Écart à la moyenne de référence de l'extension de la banquise antarctique, en pourcentage, pour le mois de Janvier. Données du NSIDC : www.nsidc.org

Au bilan, même si la quantité n'a pas beaucoup de sens physique, la somme de la banquise Arctique et Antarctique, en quelque sorte une banquise "globale" suit donc une tendance baissière très nette, et il se trouve ainsi que la banquise "globale" a approché un point bas. Il n'y a jamais eu aussi peu de banquise sur la planète Terre, si ce n'est fin Janvier 2006.

À propos d'ozone, il faut savoir que la situation ne s'améliore qu'à peine du côté du fameux trou au dessus de l'Antarctique. En 2015, le trou a atteint sa quatrième plus forte extension, derrière 2006 (le record), 1998 et 2003.

Graphique montrant l'évolution de deux paramètres différents de la couche d'ozone. Les deux montrent une dégradation rapide dans les années 80, 90 et début 2000. Depuis, la tendance est à une très faible amélioration. L'année du record est 2006.
Superficie du trou dans la couche d'ozone (en haut) et moyenne de la concentration minimale en ozone en Antarctique (en bas), depuis 1979. Source : Ozone Hole Watch, du Goddard Space Flight Center, NASA : http://ozonewatch.gsfc.nasa.gov/monthly/SH.html

Et Jonas ?

Nous avions déjà parlé de Jonas, surtout sous le point de vue de l'événement météo. Cependant, il ne fait pas de mal d'insister sur le fait que la neige en soi ne prouve pas grand'chose sur un hypothétique refroidissement climatique dont certains se font des gorges chaudes. En effet, insistons sur le fait qu'une atmosphère plus chaude peut contenir plus de vapeur d'eau. Il peut donc se produire ce curieux paradoxe, à savoir qu'un climat plus chaud peut aussi être dans certains cas un climat plus neigeux. Une étude de O'Gormann :

O'Gorman, P. A. (2014), Contrasting responses of mean and extreme snowfall to climate change, Nature, 512, 416 - 418, doi:10.1038/nature13625. ( http://wind.mit.edu/~emanuel/Lorenz/Lorenz_Workshop_Talks/POG%20talk.pdf )

montre que tout n'est pas toujours simple en effet...

http://www.ncdc.noaa.gov/news/climate-change-and-extreme-snow-us

C'est exactement ce qui est observé depuis le début des années 2000 à travers l'Hémisphère Nord. La bonne (ou mauvaise) nouvelle c'est que cela ne va pas durer. Rien qu'en 2016, quand on regarde dans le détail et au delà de Jonas, on se rend compte que la neige est mise en difficulté. L'effet "réchauffement" n'est pas loin de prendre plus de poids que l'effet "plus de vapeur d'eau" cet Hiver. Pour l'instant on reste donc dans une dynamique "climat plus chaud, climat plus neigeux", mais l'inversion de cette tendance est sans doute assez proche. Si votre humble serviteur pouvait se risquer à un pari, il dirait qu'à partir des années 2030 le réchauffement devrait finalement pouvoir l'emporter sur la hausse de la vapeur d'eau atmosphérique. La couverture neigeuse en Hiver, au niveau de l'Hémisphère Nord, se mettrait alors à subir à son tour une baisse drastique. En attendant, toujours est-il que la tempête Jonas est remarquable a plus d'un titre. Il y a certes les très fortes quantités de neige, dont nous avions parlé sur notre blog.
Cependant, il y a aussi la remontée d'air très doux et humide pour la saison. Et cet air, en survolant un Atlantique anormalement chaud, s'est encore plus gavé d'humidité. Ainsi les contenus en eaux précipitables ont approché les 17 - 18 millimètres. Pour la saison ce n'est pas un record, mais pour un épisode neigeux il est difficile de faire mieux et cela reste largement supérieurs aux normales locales (autour de 10 millimètres normalement).

image montrant les chutes de neige sur l'Est des USA, avec une limite Nord très tranchée passant par l’État de New-York et du Massachusetts.
Image MODIS de l'Est des États-Unis sous la neige. Source : http://modis.gsfc.nasa.gov/


La chaleur de l'Océan Atlantique peut se voir sur cette carte des anomalies de la température de surface des Océans du 21 Janvier. Nous pouvons noter qu'au large des États-Unis, une vaste région d'anomalies positives est présente. Jonas a tapé dans cette réserve de chaleur humide pour aller ensevelir le pays sous la neige.

Carte des anomalies globales de la température de surface de l'Océan. Les anomalies positives dominent nettement, et en particulier le long de la côte Est des USA.
Anomalie de la température de surface des océans. Source : www.ospo.noaa.gov

Nous pouvons noter que Joaquin et Kate, les deux derniers ouragans de la saison cyclonique 2015 dans l'Atlantique, avait aussi puisé dans cette réserve de chaleur humide. Même si Jonas n'est pas un ouragan mais un cyclone extratropical, on peut considérer qu'il est en quelque sorte le troisième de la bande. De toute façon, tant que les Océans resteront plus chauds que la normale, on n'en a pas fini avec les aberrations de tout genre. Il est à noter que ces anomalies sont aussi liées au ralentissement de la circulation thermohaline dans l'Atlantique Nord. Il se crée alors une zone d'anomalies positives le long de la côte Est, et une zone d'anomalies négatives stockée au Sud du Groenland. Le ralentissement du Gulf Stream a ainsi sans doute pu jouer un rôle :

http://www.scientificamerican.com/article/did-a-slow-gulf-stream-make-the-east-coast-blizzard-worse/?WT.mc_id=SA_DD_20160129

http://www.realclimate.org/index.php/archives/2016/01/blizzard-jonas-and-the-slowdown-of-the-gulf-stream-system/

Tant qu'on est sur cette carte, on peut aussi noter la barre d'anomalies positives sur le Pacifique équatorial, qui est la signature d'El Niño. Nous pouvons aussi noter que l'Océan Indien reste largement au dessus de la normale de manière généralisée. Et enfin, l'Arctique atlantique carbure lui aussi au gros rouge, avec des anomalies positives généralisés en mer de Kara et Barents. Il n'y a que l'Océan Antarctique qui est notablement sous les normales, et plus marginalement le Nord de l'Atlantique Nord sous les coups du ralentissement du Gulf Stream dont il était question.

Et à propos de ralentissement du Gulf Stream... comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seul, cela implique également des anomalies du niveau de la mer qui suivent à peu près les anomalies de températures, avec un océan affaissé au sud du Groenland et l'excès de masse d'eau qui vient alors se caler contre la côte Est. Cela implique que le niveau de l'Océan le long de la côte Atlantique monte plus rapidement que la moyenne globale. De plus les États-Unis sont extrêmement vulnérables à la hausse du niveau de la mer. Avec Jonas, l'océan est à nouveau venu squatter dans les terres, et à n'en pas douter la situation est bien partie pour se détériorer à une vitesse monstre.

http://www.pressofatlanticcity.com/news/jonas-toll-million-and-counting-in-cape-may-county/article_e46d41bc-c6b1-11e5-be5b-1f9b948ca220.html

Pour terminer, noter que ce qui est encore plus exceptionnel avec Jonas, quelque part, c'est la vitesse de fonte de la neige dans les jours qui ont suivi... À NYC par exemple, il aura fallu à peine plus d'une semaine (8 jours pratiquement heure pour heure) pour ventiler les 70 centimètres de neige du blizzard. À nouveau, sans vouloir faire dans le pathos rhétorique et pitoyable, mais il n'est pas exagéré de dire que la météo a complétement pété un fusible, avec ces retournements brusques d'un extrême à l'autre. Au bilan, Janvier aura été dans le top 3 des mois de Janvier les plus chauds pour le tiers Est des États-Unis, avec un enneigement très déficitaire, malgré le passage de Jonas.

Et ailleurs, aux USA

Pendant ce temps, El Niño ne produit même pas les effets qu'on attend de lui. Dans les régions tropicales, l'atmosphère tente vaille que vaille de s'aligner sur les effets attendus de ce phénomène. La congruence est particulièrement bonne en Afrique. Certes, un événement particulier n'est jamais tout à fait canonique. Cependant l'El Niño de 2016 n'est vraiment, mais alors vraiment pas canonique. Effet du réchauffement climatique, manque de connaissance de l'ENSO, intervention de dragons célestes ? Personne n'en sait trop rien. Il y a des arguments assez fort pour indique que le très fort réchauffement des régions polaires, en plus de faire disjoncter la circulation des moyennes latitudes, vient le disputer à l'El Niño même dans les régions subtropicales. Toujours est-il que les courants jets, ces tubes de vents forts en haute altitude, doivent normalement se rapprocher de l'équateur en période El Niño. C'est une des raisons qui fait que la Californie se retrouve alors noyé sous des cataractes d'eaux. Cependant, cet Hiver, les jets ont dû mal à migrer vers le Sud. Nous comparons ici la coupe moyenné sur le globe du vent zonal en Décembre et Janvier, pour les années de fort El Nino (1997-1998, 1982-1983 et 1972-1973). Le vent zonal, c'est le vent qui souffle dans l'axe des latitudes. D'Ouest en Est, il est positif ; d'Est en Ouest il est négatif. Il s'agit d'une coupe latitude-hauteur. En quelque sorte, on prend l'atmosphère avec son champ de vent zonal comme une boule en papier qu'on replie et dont on regarde la tranche. Démonstration. On a une boule en papier :

On replie :

Et on regarde la tranche :


Coupe latitude-hauteur du vent zonal moyenné sur le globe. On note deux maximum vers 30°Nord et Sud correspondant au jet d'Ouest subtropical et polaire.
Coupe Latitude-Hauteur du vent zonal moyenné sur le global, pour les mois de Décembre à Janvier des années 1997-1998, 1982-1983 et 1973-1972. Données du projet Reanalysis du NCEP/NCAR. Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

Coupe latitude-hauteur du vent zonal moyenné sur le globe. On note deux maximum vers 30°Nord et Sud correspondant au jet d'Ouest subtropical et polaire. Ils sont anormalement excentrés vers les Pôles par rapport à la référence précédente.
Coupe Latitude-Hauteur du vent zonal moyenné sur le global, pour les mois de Décembre à Janvier de l'an 2016. Données du projet Reanalysis du NCEP/NCAR. Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

On voit que le maximum de vent zonal est anormalement décalé vers les pôles. C'est particulièrement sensible aux États-Unis. La Californie n'a pas eu la pluie attendue, et si l’État est un peu moins au sec que les deux dernières années ; ce n'est pas encore les grands jours et la sécheresse menace toujours. Le rail des perturbations est passé anormalement au Nord, et c'est plutôt les Etats de l'Oregon et de Washington qui boivent la tasse (États qui normalement son un peu plus sec que la normale en El Nino, le jet étant plus au Sud...).
Rapport à la normale des précipitations, du 05 Novembre 2015 au 02 Février 2016, pour l'Ouest des États-Unis. Données du Western Regional Climate Center. Source : http://www.wrcc.dri.edu/

Ecart à la normale des températures en degrés Fahrenheit (multiplié par 5/9 pour obtenir des degrés Celsius) du 05 Novembre 2015 au 02 Février 2016, pour l'Ouest des États-Unis. Données du Western Regional Climate Center. Source : http://www.wrcc.dri.edu/



Et donc, Alex ?

Vu que nous avons parlé de Joaquin, Kate, et Jonas, on peut bien parler d'Alex. Ce brave gaillard a la particularité d'être le premier ouragan depuis 1938 à s'être formé en plein Atlantique un mois de Janvier. Cependant l'exploit ne s'arrête pas là. En effet, l'ouragan de 1938 s'était formé dans l'Ouest du bassin, et avait longé la côte états-unienne. En effet, dans les régions tropicales, l'Atlantique Ouest est plus doux en moyenne à la même latitude que l'Atlantique Est, notamment suite au Gulf Stream. Ainsi l'ouragan de 1938, si il avait réussi un exploit certes, avait eu au moins l'aide du Gulf Stream. Ici, Alex s'était développé dans l'Atlantique Est... Donc pas de Gulf Stream. La seule aide qu'il a eu, c'était à nouveau la chaleur de l'Océan Atlantique. Sans vouloir tout ramener tout le temps à la chaleur de l'Océan (d'autres facteurs sont intervenus pour la formation d'Alex), il est clair qu'une anomalie positive sur une "normale" déjà bien réchauffée a déjà pu aidé. Cependant, Alex a au moins pu épuisé l'anomalie positive de l'Atlantique -comme quoi, il ne faut pas désespérer...-. Ainsi nous pouvons regarder la carte des anomalies du 11 Janvier 2016.


Carte des anomalies globales de la température de surface de l'Océan. Les anomalies positives dominent partout dans l'Atlantique tropical et subtropical.
Anomalie de la température de surface des océans. Source : www.ospo.noaa.gov

On peut comparer avec la date du 21 Janvier, où l'on voit qu'Alex a au moins permis de refroidir l'Atlantique subtropical Est. La curiosité à noter est qu'Alex au final à favoriser la période de temps froid sur l'Europe mi-Janvier... La crête qui pointait vers le Groenland le 14 Janvier était pré existante, mais on voit qu'Alex, repris par ce flux de Sud, renforce en retour la crête. Au final, de l'autre côté, cela déferle de Nord sur l'Europe...

Impossible à décrire si l'image ne s'affiche pas...
Situation en pression mer (traits blancs) en hPa, en géopotentiel 500 hPa (traits noirs) en décamètres géopotentiels, et en épaisseur 500 - 1000 hPa (plages de couleurs) en décamètres géopotentiels le 14 Janvier 2016 à 12 UTC (13h locales heures de Bruxelles). Données du modèle états-unien GFS. Source : www1.wetter3.de

Impossible à décrire si l'image ne s'affiche pas...
Situation en pression mer (traits blancs) en hPa, en géopotentiel 500 hPa (traits noirs) en décamètres géopotentiels, et en épaisseur 500 - 1000 hPa (plages de couleurs) en décamètres géopotentiels le 15 Janvier 2016 à 12 UTC (13h locales heures de Bruxelles). Données du modèle états-unien GFS. Source : www1.wetter3.de

Au bilan, Alex n'aura donc pas été tout à fait sans intérêt.

L'Europe en Janvier 2016

Au final, après le gros craquage de Décembre 2015 et au milieu de toutes ces anomalies, l'Europe n'a rien connu de bien spécial. Le temps fut en moyenne plus doux que la normale ; même si un ouragan a pu ramené un peu de neige mi-Janvier... Pour le reste, on pourra noter le froid assez marqué en Scandinavie et dans le sud de la Russie, en quelque sorte le dernier des mohicans dans toute cette chaleur.
Cependant, il ne faut pas perdre de vue que la douceur anormale a des conséquences malgré tout. Les gens ont parfois pu bien accueillir la douceur record de cet Hiver, bien content de ne pas se peler les miches et de ne pas devoir déneiger. Le malheur est que la douceur de l'Hiver a cependant des conséquences au moins aussi négatives qu'une bonne canicule en plein Été. La végétation est désynchronisé et ne peut pas entrer correctement en dormance. Un climat subtropical ne se résume pas à la chaleur chaleur de ces Étés, une absence de gel hivernal est aussi un facteur -qui est parfois plus important pour la faune et la flore que la chaleur estivale justement-. En 2014, à la sortie de l'Hiver le moins froid qu'ai connu l'Europe de l'Ouest depuis des siècles, la production dans les vergers avait été parfois négativement affectée, les arbres n'ayant pas pu satisfaire leurs besoins en froid lors de la dormance de la saison froide. De plus, les moustiques avaient pu prospérer, permettant l'émergence d'un foyer autochtone de chikungunya dans le Sud-Est français... Le moustique tigre a ainsi pu se répandre tout à la fois grâce à la mondialisation et au réchauffement climatique :

http://www.elmundo.es/salud/2016/02/03/56b10b5522601d5e6c8b45e9.html
https://www.washingtonpost.com/news/energy-environment/wp/2016/02/03/the-hidden-environmental-factors-behind-the-spread-of-zika-and-other-deadly-diseases/

amenant avec lui des maladies tropicales comme le chikungunya donc, ou la dengue, ou peut-être bientôt Zika ? La bestiole a actuellement réussi à remonter la vallée du Rhône jusqu'à Lyon en France, et avec le réchauffement sa progression vers le Nord ne risque pas de s'arrêter. En Europe, la tendance au recul du nombre de jours de gel, qui a culminé ces trois derniers Hivers est un facteur aggravant (rappelons que Beauvechain n'avait pas connu de gel en 2013-2014 et cet Hiver la station cumule à 7 jours seulement, Perpignan est bien parti pour avoir son premier Hiver sans gel cette saison, Rennes cette saison n'est qu'à quatre jours de gel, etc...). Pour la station de Uccle en particulier, l'Hiver 2015 - 2016 cumule actuellement 8 jours de gel seulement, et vu les prévisions pour Février et Mars cela ne devrait pas vraiment augmenté d'ici la fin de la saison froide :

Graphique présentant le nombre de jours de gel à Uccle. La tendance est à la baisse, avec un jour de gel en moins tout les 3 ans en gros. le point bas a été atteint en 2014 avec 4 jours de gel. 2015 en avait connu une grosse trentaine.
Nombre de jours de gel à Uccle par saison froide (de Juillet de l'année n-1 à Juin de l'année n). Données de l'Institut Royal de Météorologie : http://www.meteo.be/

Ainsi même en France les maladies et insectes d'origine tropicale commencent à s'implanter. Les experts évidement se veulent rassurant :

http://www.midilibre.fr/2016/01/26/le-zika-ici-c-est-probable-mais-pas-de-panique,1276643.php

Mais le fait est que le climat se réchauffant, la situation ne peut aller qu'en empirant.

L'Australie tout feu, tout flamme


En Australie, l'enfant terrible du Pacifique provoque généralement un asséchement et une hausse des températures en continuité avec l'Asie du Sud-Est. Dans un contexte de réchauffement climatique, cela peut vite donner quelque chose d'explosif :

http://www.bom.gov.au/climate/current/statements/scs53.pdf

http://www.bom.gov.au/climate/drought/

Et donc là bas aussi, on parle de sécheresse et d'incendies de bush.

En rose et rouge, les régions où le déficit de précipitation est très anormal en Australie pour les 6 derniers mois. Source : www.bom.gov.au

En rose et rouge, les régions où le déficit de précipitation est très anormal en Australie pour les 36 derniers mois. Source : www.bom.gov.au

ENSO fait de la résistance

On pourra aussi noter brièvement que le Pacifique ne tourne pas très rond non plus. Habituellement, l'oscillation de Maden-Julian est inactive en El Niño. Cependant, cette année, elle a décidé de continuer à cycler...

Phase de la MJO durant les 90 derniers jours. L'onde continue de cycle fort.
Diagramme des phase de la MJO. Source : www.bom.gov.au
Cette puissante phase de la MJO a initié un nouveau réchauffement des couches supérieures de l'Océan Pacifique équatoriale. Cela ne se traduira pas nécessairement par un nouveau réchauffement de la température de surface de l'Océan, mais en tout cas cela risque de bien ralentir le déclin de l'événement en cours.
Graphique présentant le contenu en chaleur de l'Océan Pacifique équatorial. On note une net hausse au début de l'année 2015, suivi d'un plateau ondulant, qui se poursuivit début 2016 avec une nouvelle petite poussée.
Contenu en chaleur de la partie supérieure de l'Océan Pacifique équatoriale. Source : http://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/precip/CWlink/MJO/enso.shtml
Il sera intéressant de suivre l'évolution de l'événement actuel dans les mois à venir car il est atypique a plus d'un titre. Ce ne serait pas le sujet de ce billet de disserter sur les cachoteries de l'El niño actuel, mais nous continuerons à vous tenir informer de son évolution dans les mois à venir.

L'Amérique latine, sèche ou humide, au choix

L'Amérique centrale subit une importante sécheresse, là aussi en cohérence avec le phénomène El Niño :

http://www.unocha.org/rolac/sequ%C3%ADa-en-am%C3%A9rica-central-y-el-caribe
https://www.newscientist.com/article/2075093-el-nino-means-glaciers-in-the-andes-are-melting-at-record-rates/

En Bolivie, la mauvaise gestion des ressources en eau et la fonte des glaciers andins vient de mener à la disparition du deuxième lac du pays :

http://www.nytimes.com/2016/01/24/world/americas/a-lake-in-bolivia-evaporates-and-with-it-a-way-of-life.html

Il est certain que le lac aurait sauté même sans la fonte des glaciers, tout comme ce fut le cas pour la mer d'Aral par exemple. Cependant, le réchauffement a dû aidé à accélérer le phénomène.

Au Pérou, c'est la chaleur humide qui domine avec des records de températures qui sont approchés ou dépassés. Ainsi, il aura fait plus de 40°C dans le Nord du pays.

http://larepublica.pe/impresa/sociedad/736466-san-martin-registra-record-con-mas-de-cuarenta-grados-de-temperatura

Dans la continuité du mois de Décembre :

http://www.senamhi.gob.pe/load/file/02215SENA-31.pdf

En Argentine, la vague de chaleur a mise à mal le réseau électrique déjà bien fragile :

http://www.lanacion.com.ar/1864453-ola-de-calor-hay-340000-usuarios-sin-luz-en-el-area-metropolitana

Avec un nombre de jours chauds déjà très important alors qu'ils n'en sont qu'à la moitié de la saison chaude australe :

http://www.smn.gov.ar/serviciosclimaticos/?mod=energia&id=3

Conclusion, en avant les histoires...


Sans faire de la prévision saisonnière, mais on peut être franchement inquiet pour cet Été. Les anomalies en Hiver passent généralement inaperçu pour les gens même si elles ont des conséquences très concrètes. Cependant, cet Été, la persistance d'une forte chaleur au niveau globale, l'ENSO et les déficits en neige et en banquise vont sans doute se combiner pour donner un combo explosif. En 2010, la dernière année où on des températures records, un événement El Niño et un très lourd déficit de neige et de banquise s'étaient combinés, le climat avait plus au moins explosé. Le plus mémorable fut atteint par chez nous (pour une fois). L'Europe et la Russie avait connu une sécheresse et une canicule sans précédent (qui in fine avait débouché sur la suspension des exportations des céréales russe, ce qui avait été un facteur dans le déclenchement de la guerre, de la Libye à la Syrie). Cependant, la liste est bien plus longue :

https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Sahel_famine
https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Nigerien_floods
https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Northern_Hemisphere_summer_heat_waves
https://en.wikipedia.org/wiki/2010_Khyber_Pakhtunkhwa_floods
http://sciences.blogs.liberation.fr/files/secheresse-amazonie-2010.pdf
http://www.cgd.ucar.edu/staff/trenbert/trenberth.papers/TF_RHW_JGR_2012JD018020.pdf

Il ne s'agit donc pas de dire que la question du réchauffement climatique est plus importante que la question sécuritaire qui occupe de plus en plus nos esprits ; mais que les deux sont liées. Si on laisse des régions entières du monde plongées dans le chaos pour des causes, certes économiques et politiques comme toujours, mais aussi et de plus en plus maintenant, climatique, il s'en suit logiquement des conséquences sur la sécurité et la paix. Rendez-vous cet Été pour de nouvelles aventures...

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