Actualités

Une atmosphère plus chaude est une atmosphère contenant plus de vapeur d'eau.
Après les inondations de Mai et Juin 2016, quels liens avec le changement climatique ?

Fin mai 2016 : Le seuil des 400ppm est franchi d'une manière généralisée sur la planète.
La concentration en CO2 continue d'augmenter sur la planète, avec un franchissement généralisée du seuil symbolique des 400ppm. L'augmentation annuelle semble même s'accélérer.

Début mai 2016 : Des incendies ravagent la ville de Fort McMurray, dans l'Alberta canadien.
De très fortes chaleurs ont déclenché d'une manière explosive des incendies dans l'Ouest du Canada. Là encore, l'ombre de El Nino et du réchauffement climatique plane sur ce drame.

Avril 2016 : El Nino en déclin, La Nina pointe à l'horizon.
Depuis le début de l'année, les eaux du Pacifique Central et Oriental deviennent de moins en moins chaudes, remplacées par des masses plus froides. Le retour à des conditions neutres, voire l'arrivée d'une phase La Nina est de plus en plus probable.

Février et mars 2016 : Le Pérou affronte son enfant Jésus.
Au Pérou, les mois de février et mars sont les plus humides, particulièrement lorsque le phénomène El Nino, qui a été baptisé ainsi par les pêcheurs péruviens, est bien développé dans le Pacifique Equatorial. Retour sur plusieurs semaines de fortes pluies dans le pays andin.

10 mars 2016 : Quand une tempête de neige mexicaine provoque une vague de douceur états-unienne ...
Aux alentours du 10 mars, une plongée d'air polaire a atteint le Mexique jusqu'à des latitudes particulièrement méridionales, provoquant des chutes de neige dans les montagnes mexicaines, un déluge sur le Sud des Etats-Unis, et une grande douceur sur la côte Est.

mercredi 7 septembre 2016

Les orages d'automne: quand Thor joue les prolongations

Traditionnellement, l'automne est une saison colorée durant laquelle les températures se rafraîchissent et les coups de vent sont fréquents. On ne s'attend pas spécialement à y connaître de forts orages, car dans l'imaginaire du quidam, les orages ne se produisent que quand il fait chaud, et donc en été principalement. Pourtant, ce n'est pas toujours le cas. Nous avions déjà montré que des orages étaient possibles en hiver pourvu que de l'air très froid soit présent en altitude et que la dynamique y soit turbulente. Il n'est donc pas illogique d'en avoir aussi en automne. Et lorsque l'on s'intéresse à la récente histoire météorologique de la Belgique, nous constatons que chaque automne nous sert un voire deux épisodes orageux d'envergure, et que parfois, la violence de ces orages les fait rivaliser avec leurs plus puissants collègues estivaux.

Dans cet article, nous allons ainsi passer en revue quelques épisodes automnaux mémorables et en tirer quelques causes récurrentes. Nous considérons ici l'automne climatologique qui s'étale du 1er septembre au 30 novembre.

Arrivée d'un système orageux (MCS) particulièrement actif sur Liège le 22 octobre 2013 (auteur: Info Meteo).


Septembre

En tant que premier mois suivant l'été (et encore en bonne partie estival si on considère les saisons civiles), le mois de septembre est le plus orageux de l'automne. On recense en moyenne huit jours d'orages en Belgique pendant ce mois, avec un record de 17 jours en 1990. Presque chaque année nous offre au moins un épisode orageux significatif en septembre, mais nous n'en mentionnerons que quelques-uns particulièrement marquants.

2000

Le 15 septembre en soirée, de violents orages donnent des tornades près d'Anvers et de Gand.

Situation atmosphérique: faible flux de sud-ouest, front ondulant s'approchant de la Belgique. Température maximale à Uccle: 23°C. 

2005

En 2005, on note un important épisode orageux survenu au soir du 10 septembre. Ce sont surtout les pluies accompagnant les orages qui font parler d'elles, avec des inondations à La Roche-en-Ardenne, sur le sud de Bruxelles, de Beaumont au nord-ouest de Charleroi et de Binche à La Louvière. Plus localement, le vent provoque des dégâts près de Beaumont. A 8h00 le lendemain, on relève 51 mm de précipitations à Bierset tombées durant les dernières 24 heures, et 35 mm à Uccle. 

Situation atmosphérique: dépression sur la Bretagne, flux mou et chaud sur la Belgique, présence de lignes de convergence des vents et d'une petite dépression thermique. Température maximale à Uccle: 25,1°C.

2006

Le 29 septembre en début de soirée, après un mois exceptionnellement chaud, un front orageux venant de France aborde la Belgique en s'affaiblissant. De l'orage est signalé à Gosselies, à Florennes, à Koksijde et Oostende. L'auteur de cet article note dans ses archives de l'époque qu'un orage passe au nord-ouest de Charleroi entre 21h30 et 22h15 accompagné d'une activité électrique assez faible en fréquence (un éclair par minute) mais caractérisée par des décharges puissantes qui éclairent violemment la région et se font suivre par des coups de tonnerre imposants malgré la distance. Il faisait encore anormalement doux à cette heure.

Situation atmosphérique: ex-cyclone tropical Hélène à l'ouest de l'Irlande, flux de sud-ouest chaud et humide sur la Belgique à l'avant d'un front froid. Température maximale à Uccle: 22,4°C.

Image satellite du 29 septembre 2006 à 20h00. Les amas blancs sur l'ouest de la Belgique sont des cumulonimbus. La spirale de l'ex-cyclone Hélène est bien visible sur l'Atlantique (source: IRM).

Le lendemain en soirée, de nombreux foyers orageux éclatent ça et là (Liège, Namur, mais surtout région de Mons où un fort orage est actif du côté de Roisin).

Situation atmosphérique: ex-cyclone tropical Hélène stationnaire au sud-ouest de l'Irlande, flux de sud-ouest maritime doux et instable sur la Belgique dans un contexte de traîne. Température maximale à Uccle: 20,7°C (très doux pour un air maritime à cette époque de l'année).

2008

Au soir du 11 septembre, des orages diluviens éclatent sur l'ouest de la Belgique et le nord de la France, une personne décède par noyade. Il tombe 54 mm de pluie à Armentières. 

Situation atmosphérique: flux de sud-est chaud au sol sur la Belgique. Passage d'une ligne de convergence précédant immédiatement un front froid associé à une dépression près de l'Islande. Température maximale à Uccle: 27,2°C.

2011

Le mois de septembre 2011 est particulièrement riche en événements orageux violents, continuant sur la lancée d'une saison remarquable par le nombre d'orages intenses. Il s'agit probablement du mois de septembre le plus impressionnant de ces dernières années, offrant deux épisodes particulièrement sévères.

Le premier d'entre eux a lieu durant la soirée du 3 septembre et la nuit suivante. L'auteur de cet article note le passage de deux orages particulièrement violents sur Montigny-le-Tilleul (sud-ouest de Charleroi), avec surtout une activité électrique intense (jusqu'à un éclair toutes les 2 secondes) et quelques chutes de foudre très proches. Il est également noté le passage extrêmement rapide des nuages à basse altitude, à une allure réellement impressionnante estimée à plus de 100 km/h. Il s'agit encore à l'heure actuelle de l'orage de septembre le plus violent pour l'auteur. Ces orages perturbent le déroulement du festival Scène-sur-Sambre qui a lieu à deux kilomètres de là.

Autre moment particulier pour l'auteur, le fait de se retrouver en fin de soirée entre les deux vagues orageuses avec la lune presque au zénith et les horizons nord et sud-ouest clignotant frénétiquement. 

Image radar du 3 septembre 2011 à 22h45: les premiers orages sont sur le Hainaut tandis que la deuxième salve est encore en France (source: Belgocontrol).

Les précipitations et le vent se notent également de manière significative. Il tombe 38 mm de pluie à Uccle et 22 mm à Gosselies (entre 8h le 3 et 8h le 4). Des inondations sont signalées à Charleroi, Chimay, Mons et Bruxelles.

Situation atmosphérique: flux de sud-ouest très chaud. Front froid sur le proche Atlantique, passage d'une ligne de convergence sur la Belgique en soirée. Température maximale à Uccle: 29,7°C.

Le 10 septembre, peu de régions sont concernées, mais celles qui le sont connaissent un orage particulièrement violent. Une supercellule se forme près de la frontière franco-belge et traverse la Flandre occidentale puis la Flandre orientale en fin de journée. Elle est notamment observée par le collectif Belgorage.

Situation atmosphérique: profonde dépression sur l'Atlantique, front froid se heurtant à une masse d'air chaud présente sur la Belgique. Température maximale à Uccle: 28,0°C.

La supercellule sur la Flandre Occidentale le 10 septembre 2011 (Auteur: Belgorage).

2012

Dans la nuit du 23 au 24 septembre, un système orageux (MCS) formé sur la Normandie entre sur la Belgique par le Hainaut et la Flandre occidentale avant de concerner l'ensemble des régions à l'ouest d'une ligne Charleroi - Lommel. Il engendre ponctuellement de fortes rafales et une activité électrique particulièrement intense pour la saison. D'autres orages plus isolés éclatent dans le Namurois et sur les Hautes-Fagnes par la suite.

Situation atmosphérique: forte dynamique en altitude, dépression de tempête sur l'ouest de la Manche, flux rapide de sud-ouest à l'avant d'un front ondulant. Température maximale à Uccle le 23: 15,1°C.

Le système orageux constitué en ligne de grains à 1h00 du matin le 24 septembre 2012 (source: KNMI).

2014

Les 18 et 19 septembre, quelques orages isolés éclatent ça et là. Mais c'est surtout le 20 septembre au soir que prend place une offensive orageuse particulièrement marquée sur la Wallonie. Les orages se constituent dès 17h00 sur une ligne Chimay - Marche - Saint-Vith. Outre le fait d'être exceptionnellement électriques pour la saison (par moment une activité quasi ininterrompue), ils sont pratiquement stationnaires et déversent d'énormes quantités de pluie là où ils se trouvent. Le village de Celles, au sud de Dinant, se retrouve ainsi inondé. De la grêle est également signalée ça et là. En début de soirée, cette ligne est agglomérée à un deuxième système orageux arrivant de l'ouest et concernant le Hainaut (orage violent à Charleroi et Fontaine-l'Evêque avec inondations) puis les provinces de Namur, de Liège et du Luxembourg. L'activité orageuse décline rapidement après 23h00.

Radar de précipitations et activité électrique à 20h00 le 20 septembre. La ligne orageuse Chimay - Saint-Vith se fait rattraper par le deuxième système orageux sur le Hainaut (source: Meteoservices).

Les précipitations sont localement très importantes. Entre 8h00 le 20 et 8h00 le 21, on relève ainsi 47 mm à Courrières, 46 mm à Elsenborn, 39 mm à Havelange et 36 mm à Montignies-sur-Sambre. Il s'agit probablement de l'épisode orageux de septembre le plus violent de ces quinze dernières années. Pour plus d'informations, voir l'article spécial sur ces orages réalisé à l'époque par Info Meteo: Les orages du 20 septembre 2014

Situation atmosphérique: flux pratiquement inexistant se renforçant de l'ouest en soirée. Pseudofront descendant du nord-ouest et formant une ligne de convergence sur le Condroz: air maritime doux et humide au nord, air continental chaud et sec au sud. Température maximale à Uccle: 24,9°C.

Chute de la foudre dans la région de Ciney au soir du 20 septembre 2014 (auteur: Belgorage).

2015 

Le 16 septembre, les orages se manifestent en force dans l'après-midi sur les provinces de Luxembourg et de Liège. Un front orageux particulièrement venteux traverse rapidement ces régions du sud-ouest au nord-est. A son avant, une supercellule isolée donne même une tornade qui provoque de nombreux dégâts sur la commune de Melreux-Hotton. Buzenol, en Gaume, enregistre une pointe à 115 km/h. Pour plus d'informations, voir l'article spécial rédigé par Info Meteo à l'occasion: Des Bermudes à l'Europe: Henri et les orages

Situation atmosphérique: vigoureux flux de sud-ouest doux, arrivée de l'ex-tempête tropicale Henri sur la France. Formation des orages juste devant le front froid. Pression très basse pour la saison. Température maximale à Uccle: 19,6°C.

L'ex-tempête tropicale Henri - dont le centre est marqué par une spirale de nuages au large de la France - est responsable de développements orageux visibles sous la forme d'amas blanc sur l'Hexagone. Ces orages atteindront peu après la Belgique (source: Sat24).

2016

Au soir du 15 septembre, de forts orages organisés en ligne se déclenchent sur la Campine, mais ne provoquent qu'assez peu de dégâts. L'activité électrique est cependant importante pour un orage de septembre, avec par moments un éclair toutes les 2 à 3 secondes.

Situation atmosphérique: fin d'un coup de chaleur exceptionnel. Front froid remontant de France, flux de sud-est s'accélérant. Température maximale à Uccle: 25,4°C, mais jusqu'à 30°C en Campine.

Et avant 2000

Si les archives sont beaucoup moins fournies avant 2000, on note toutefois une période particulièrement orageuse entre les 18 et 20 septembre 1982. Le 18, de forts orages donnent des pluies diluviennes notamment sur le centre du pays. Le lendemain, une nouvelle ligne d'orages passe, mais sans grand grabuge. Au contraire, l'offensive orageuse du 20 septembre en tout début de soirée est extrêmement violente. Un orage très puissant donne naissance à une tornade qui dévaste le village de Léglise en province du Luxembourg.

Situation atmosphérique: flux de sud-ouest d'abord très chaud, puis doux. Dépressions près des Iles britanniques et la Scandinavie. Arrivée d'un air très froid en altitude le 20.

En résumé

Comme le montre l'échantillon repris ci-dessus, de gros orages se produisent régulièrement en septembre, même si leur fréquence est moins importante qu'à la fin du printemps ou durant l'été. On peut estimer qu'une offensive orageuse d'envergure en septembre survient tous les un à deux ans. Ces orages ont encore très souvent les caractéristiques de leurs cousins estivaux, bien électriques et survenant dans une masse d'air chaude pour la saison, à l'approche d'un front froid. Si régulièrement, l'instabilité est bien présente, on note cependant un rôle accru de la dynamique (forçages, Jet-stream...). Cette instabilité se mesure entre autres par l'indice d'énergie potentielle disponible pour les orages (CAPE). Lors des orages du 3 septembre 2011, la CAPE s'élevait à 1500 J/kg d'air, ce qui représente une valeur plutôt élevée, même en plein été. Elle tournait autour des 900-1000 J/kg le 20 septembre 2014.

A retenir aussi un certain rôle des anciens cyclones tropicaux dont nous aurons l'occasion de discuter plus loin.

Octobre

Classiquement, le deuxième mois de l'automne est déjà moins orageux que septembre. On note une moyenne de six jours d'orages, avec un record à dix en 2013. Les épisodes orageux intenses sont donc moins fréquents, mais pas si rares que cela lorsque l'on considère les quinze dernières années.

2001

Au soir du 6 octobre, des orages très actifs concernent une bonne partie du pays. Ils donnent même deux tornades, la première à Halle-Booienhoven et la seconde entre Aalst et Brustem. Outre cela, des dégâts dus aux eaux sont signalés du Hainaut à la Campine. Sur ces régions, il tombe parfois plus de 30 mm de précipitations.

Situation atmosphérique: afflux d'air maritime très doux de sud-ouest juste devant un front froid très actif. Profonde dépression à l'ouest de l'Ecosse. Puissant Jet-stream à l'aplomb de la Belgique. Fort cisaillement des vents avec l'altitude. Température maximale à Uccle: 19,6°C.


 La perturbation orageuse qui travers nos régions au soir du 6 octobre 2001 (source: IRM).

2002

Au soir du vendredi 25 octobre, l'auteur de cet article note le passage d'un coup de vent assez court, mais soutenu, accompagné de fortes averses et d'éclairs au nord. En effet, une ligne d'orages se déplace du Hainaut au Limbourg et à la province de Liège. A Gosselies, l'orage est renseigné comme violent. De l'orage est également signalé à Uccle, Bierset, Kleine-Brogel et Elsenborn. Localement, cet épisode est très venteux, avec une pointe de 122 km/h à Elsenborn.

Situation atmosphérique: profonde dépression à l'ouest de la Norvège. Flux très rapide d'ouest au niveau de la Belgique. Jet de basse couche (110 km/h à 3 km d'altitude). Passage d'un front froid en après-midi, suivi d'une ligne de creux en soirée. Température maximale à Uccle: 13,4°C.

2003

L'auteur de cet article note le passage d'un orage grêligène particulièrement impressionnant en fin d'après-midi du 7 octobre. Il dépose une couche de 5 cm de petits grêlons sur Montigny-le-Tilleul. D'autres orages ont lieu sur le centre et l'est de la Belgique.


Situation atmosphérique: dépression sur le Danemark et flux rapide de nord-ouest. Contexte de traîne. Passage d'un creux et air très froid en altitude. Rafales de 83 km/h à Spa et 97 km/h à Ostende. Température maximale à Uccle: 11,2°C (particulièrement frais pour la saison).

2004

En soirée du 20 octobre, plusieurs foyers orageux très actifs remontent de France et concernent une bonne partie de nos régions. L'activité électrique est particulièrement violente pour cette époque de l'année. Malgré les pluies par endroits importantes et les rafales de vent, aucun dégât n'est signalé.


En tout, ce sont trois systèmes orageux qui traversent nos régions. Le premier d'entre eux est un MCS assez étendu qui concerne la Belgique en début de soirée. Le second nous concerne en toute fin de soirée et en début de nuit et est bien moins étendu et plus faible. Le troisième système, suivant très rapidement, est le plus abouti d'un point de vue organisation, prenant la forme d'un MCS linéaire (QLCS ou système convectif quasi linéaire en français), à nouveau très électrique.

Situation atmosphérique: dépression sur la Bretagne puis les Iles britanniques remontant des Acores. Front sur la Belgique marquant un coin d'air chaud dans lequel les orages se développent. Tempête sur le littoral (108 km/h à Ostende). Température maximale à Uccle: 20,5°C.


Les deux images ci-dessus montre d'abord le premier MCS (20h15) puis les deuxième (Campine) et troisième (sud-ouest) systèmes à 0h45 le 21 (source: Belgocontrol via Skystef).


Coup de foudre dans la région de Ath la nuit du 20 au 21 octobre 2004 (auteur: J. Bavais).

2006

L'automne 2006, et notamment le mois d'octobre, est marqué par une régularité des courants de sud-ouest, amenant de la chaleur et de l'humidité.


L'épisode du 1er octobre 2006 reste dans les annales de l'Histoire pour avoir engendré la tornade de Braine-le-Comte, supportée par une supercellule particulièrement puissante. Son passage sur Bruxelles s'accompagne d'une violente activité électrique et de grêlons de plusieurs centimètres de diamètre. Une autre tornade frappe Duffel, en province d'Anvers.

Les orages de cet épisode ont été assez locaux, mais d'une grande violence, nombre d'entre eux étant des supercellules caractérisées par une puissante activité électrique et de la grêle de belle taille. Ce qui marque lors de cette journée, outre la grande douceur, c'est de pouvoir observer les orages depuis très loin, avec un clignotement frénétique des cumulonimbus.

Situation atmosphérique: Ex-cyclone tropical Hélène sur le sud de l'Irlande. Flux de sud-ouest très rapide sur la Belgique, avec une composante très douce en basse couche malgré le contexte de traîne. Température maximale à Uccle: 20,7°C.

Le 23 octobre au soir, un autre épisode orageux prend place, mais il est beaucoup moins étendu. S'il est assez peu électrique, il s'accompagne par contre de très fortes rafales de vent. De l'orage est ainsi noté à Koksijde (avec une rafale de 105 km/h), à Ostende (avec une pointe à 94 km/h) et à Gosselies.

Situation atmosphérique: passage d'un front froid actif, à l'avant de la tempête Xenia arrivant sur la Bretagne. Température maximale à Zaventem: 18,6°C (données de Uccle non disponibles).

2009

Le 7 octobre en fin d'après-midi et en soirée, une offensive orageuse particulièrement puissante concerne une large part de la Belgique. L'auteur de l'article, en visite chez des amis à Louvain-la-Neuve, est d'abord surpris par la moiteur qui règne à la gare d'Ottignies alors qu'il attend la correspondance. Le ciel est plombé et bas, l'air n'est pas spécialement chaud mais il est extrêmement moite. Quelques coups de tonnerre se font entendre en provenance du nord.


Une première ligne d'orages se forme à partir de 19h00 sur un axe sud-ouest - nord-est en passant par Bruxelles. La particularité de cette ligne est qu'elle se déplace en crabe, et les orages défilent ainsi sur les mêmes régions, conduisant à de fortes précipitations sur de longues périodes. La ligne finit par concerner Louvain-la-Neuve où l'activité électrique est par moments intense, mais surtout les averses sont diluviennes et génèrent de véritables torrents dans les rues de la ville.


La première ligne orageuse vers 20h30 le 7 octobre (source: KNMI).

Alors que celle-ci s'éloigne vers les Pays-Bas, un autre système orageux (MCS en arc) déboule de France et traverse rapidement la Wallonie et l'est de la Flandre. L'élément principal de ce système, c'est cette fois le vent. Alors qu'il est de nouveau à la gare d'Ottignies en attendant le train pour Namur, l'auteur de cet article aperçoit de nouveaux éclairs vers le sud, en provenance de ce système. La rencontre se fait entre Ottignies et Gembloux où les coups de butoir du vent sont perceptibles dans le train. Ce deuxième système évacue le pays en début de nuit.


Vers 22h45, alors que la première ligne est encore sur le Limbourg, le deuxième système orageux en arc concerne le sud-ouest de la Wallonie (source: KNMI).


Les quantités de pluie récoltées entre le 9 8h00 et le 10 8h00 sont particulièrement impressionnantes: 41 mm à Chièvres, 62 mm à Uccle et 45 mm à Beauvechain. Des orages aussi violents rivalisent largement avec leurs collègues de pleine saison estivale.

Situation atmosphérique: situation particulière. Front chaud sur la Flandre contenant les restes de la tempête tropicale Grâce, dépression sur la Manche. Air très humide et doux en basse couche, flux rapide de sud-ouest en altitude. La première ligne orageuse se forme parallèlement au front chaud, le deuxième système orageux juste à l'avant d'un front froid devant la dépression de Manche. Température maximale à Uccle: 19,9°C. 21,6°C à Bierset.

2013

En premier lieu, il convient de préciser que le mois d'octobre 2013 est très anormalement orageux en Belgique. En effet, on compte 10 jours d'orages dans le pays au lieu de 6 en moyenne. Ceci est en partie lié à une grande prédominance de flux de sud-ouest chauds et humides, à l'instar de 2006. Plusieurs épisodes orageux vont donc concerner nos régions pendant ce mois, mais deux d'entre eux ressortent particulièrement pour leur violence.


Le premier prend place en fin d'après-midi et en début de soirée du 20 octobre. Plusieurs orages éclatent sur le nord de la France, l'ouest de la Belgique et le sud-ouest des Pays-Bas. Ils s'accompagnent de plusieurs tornades en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Angleterre.

Situation atmosphérique: contexte de traîne. Flux maritime d'ouest-sud-ouest très rapide. Douceur en basses couches. Passage d'un creux d'altitude rempli d'air froid au niveau duquel se développent les orages. Température maximale à Uccle: 18,3°C.


Infographie réalisée à l'époque par Info Meteo.

48 heures plus tard, c'est au tour du sud et de l'est de la Belgique d'être touchés par un système orageux (MCS) particulièrement entraîné. Celui-ci, né dans le nord de la France, se présente sous la forme d'un système linéaire avec quelques cellules particulièrement intenses. L'une de ces cellules concerne Liège en milieu de soirée et est filmée par l'auteur de cet article à son passage sur la Cité Ardente (voir vidéo ci-dessous). L'activité électrique reste généralement modérée à assez forte, mais les précipitations sont localement très intenses. Quelques dégâts dus au vent sont signalés en Ardenne.


Infographie réalisée à l'époque par Info Meteo.

Situation atmosphérique: flux de sud-sud-ouest très doux pour la saison. Arrivée d'un front froid précédé d'une ligne de convergence sur laquelle se créée les orages. Situation typiquement estivale. Température maximale à Uccle: 22,9°C (chaud pour la saison).


video
Vidéo de l'orage réalisée à l'époque par Info Meteo.

2014

Le 21 octobre, des orages à déplacement très rapide sont observés ça et là. Ils s'accompagnent parfois de très fortes rafales de vent et d'un peu de grêle. On note ainsi 94 km/h à Ernage.


Situation atmosphérique: arrivée de l'ex-cyclone tropical Gonzalo en Mer du Nord. Flux rapide d'ouest puis de nord-ouest, avec air très froid en altitude. Température maximale à Uccle: 14,0°C.

En résumé

En octobre, on constate déjà un rôle accru des orages à caractère "hivernal", à savoir des foyers s'organisant dans de l'air maritime, voire maritime polaire, dans des traînes actives (pour rappel, la traîne est la situation à l'arrière d'un front froid). Certains de ces orages peuvent être significatifs, mais les plus intenses restent à charge des situations à caractère "estival", avec des orages se formant au devant ou sur les fronts froids. A l'instar de septembre, on note le rôle des ex-cyclones tropicaux (voir plus loin). En général, la dynamique prend le pas sur l'instabilité pour assurer le développement et le maintien des orages, bien que cette instabilité soit parfois modérée. Ainsi, lors des forts orages d'octobre 2004, l'instabilité maximale atteignait 400-500 J/kg d'air, ce qui passerait pour faible à modéré en pleine saison estivale. Elle tournait autour de 300 J/kg le soir du 7 octobre 2009, et entre 200 et 300 lors du passage des orages du 22 octobre 2013. A chaque fois, la dynamique bien présente a suppléé ce manque d'instabilité.

On peut ainsi estimer qu'un épisode orageux significatif en octobre a lieu tous les trois ans en moyenne.

Novembre

A l'approche de l'hiver, l'activité orageuse diminue drastiquement. On ne compte que 3,8 jours d'orages en moyenne, avec un record à dix en 2005. La violence des orages décroit également, de telle sorte que des phénomènes intenses deviennent très rares en ce mois. Toutefois, au cours des quinze dernières années, on peut noter quelques épisodes remarquables.

2001

L'épisode prenant place la nuit du 8 au 9 novembre concerne surtout le Nord-Pas-de-Calais dans sa forme violente, mais d'autres orages sont observés en Belgique (orages signalés à Koksijde, Gand, Zaventem). Il illustre toute la force que peuvent revêtir les orages à caractère hivernal survenant dans un flux de nord.

Ces orages se sont formés en cours de nuit sur le sud de la Mer du Nord encore douce et ont dérivé en direction de l'ouest de la Belgique et du nord de la France. C'est sur la région de Dunkerque où ils sont les plus violents, avec d'imposantes chutes de grêle et une tornade qui provoque de graves dégâts. Plus loin dans les terres ces orages déposent une importante couche de grésil et de grêle, notamment dans la région de Saint-Omer. Il neige également à Charleroi, mais sans orage. Il en va de même à Florennes où on observe une petite accumulation.

Situation atmosphérique: flux très rapide de nord, passage d'un creux d'altitude rempli d'air froid (-37°C à 5000 mètres). Température maximale à Uccle: 6,6°C le 9. Le 8 et la nuit du 8 au 9, tempête sur le littoral belge et nord-français (122 km/h à Ostende, 115 km/h à Dunkerque, 90 km/h à Koksijde. A Dunkerque, la station météo est mise hors service à l'heure de l'orage).


Le système orageux sur le département du Nord le 9 novembre 2001 vers 2h00 (source: Keraunos).

2003

Les orages du 3 novembre 2003 sont également des spécimens proches des situations "hivernales", dans un contexte de traîne active. Toutefois, la particularité provient de la présence d'une couche d'air bien doux en basse couche, comme ce fut le cas le 1er octobre 2006 par exemple.


Les orages ont dans l'ensemble été peu nombreux, mais l'un d'entre eux fut particulièrement costaud. Déboulant en milieu d'après-midi à travers le Hainaut, il donne une tornade au Roeulx, près de La Louvière, avant de passer au nord de Charleroi où il est observé par l'auteur de cet article.

Situation atmosphérique: défilement de dépressions sur l'Atlantique nord et la mer du Nord. Flux d'ouest très rapide sur la Belgique. Contexte de traîne. Passage d'un creux d'altitude rempli d'air froid alors que l'air est doux en basse couche. Température maximale à Uccle: 13,2°C (chaud pour un air maritime à cette saison).

2014

Malgré un caractère peu violent, l'épisode qui prend place en tout début de soirée du 2 novembre 2014 est exceptionnel, tout simplement parce qu'il s'agit d'un orage à caractère "estival". Il survient en effet sur une ligne de convergence préfrontale, dans un air incroyablement chaud pour ce week-end de Toussaint 2014 au cours duquel des records ont été battus. Il s'agit de l'épisode "estival" le plus tardif qu'ait connu la Belgique durant ces quinze dernières années, et potentiellement le plus tardif de l'histoire météorologique belge.


Situation atmosphérique: air exceptionnellement chaud. Flux de sud-ouest rapide. Approche d'un front froid par l'ouest. Température maximale à Uccle: 17,4°C (20,3°C le 1, record).


Dans l'infographie de l'époque à propos de la chaleur de la Toussaint, nous présentions l'épisode orageux du soir du 2 novembre.

En résumé

En novembre, il est extrêmement rare d'avoir des orages à caractère "estival". La plupart des manifestations sont le fait de traînes actives dans des flux maritimes ou maritimes polaires, voire même polaires. Il est donc cohérent que les plus "violents" orages de novembre soient engendrés par ces situations. La dynamique est pour une écrasante part responsable de ces orages, l'instabilité ne jouant plus qu'un rôle très secondaire. Elle a cependant atteint localement 400 J/kg d'air le 2 novembre 2014, ce qui représente sans doute une valeur proche du maximum qu'il soit possible d'obtenir en novembre. Les orages à caractère "hivernal", donc en situation de traîne, peuvent se développer dans une instabilité allant également jusqu'à 300-400 J/kg d'air, voire un peu plus. La mer du Nord, si ses eaux sont encore anormalement douces pour la saison, peut ainsi être en bonne partie responsable de cette instabilité. On comprendra alors pourquoi les orages de traîne, lorsque le flux est au nord-ouest ou au nord, peuvent être particulièrement costauds sur les régions côtières.

Les causes des orages automnaux

La décroissance de l'instabilité et de son rôle 

On l'a vu, l'énergie potentielle disponible pour les orages tend à décroître au fur et à mesure de l'avancée de l'automne. Ceci est assez logique puisque la chaleur est de moins en moins disponible. En septembre, elle peut encore être suffisamment importante pour être en grande partie responsable des orages survenant pendant ce mois. Il est donc encore possible d'avoir des orages de masse d'air en septembre, à savoir des foyers qui se forment avec une assistance minime de la dynamique atmosphérique. Ce cas de figure devient pratiquement impossible les deux mois suivants. 

L'importance croissante de la dynamique 

Avec l'avancée de l'automne, l'activité dépressionnaire sur l'Atlantique nord se renforce progressivement, amenant les perturbations classiques à devenir de plus en plus actives. Le Jet-stream est également plus fort et plus proche de nos régions en moyenne. Les forçages (mécanismes forçant l'air à s'élever) sont ainsi d'autant plus fréquents et profonds. En été, il est assez rare qu'ils atteignent la puissance de leurs collègues automnaux et hivernaux. Ainsi, le renforcement de la dynamique parvient à plus ou moins compenser pendant plusieurs semaines la baisse de l'instabilité. Cela a notamment deux conséquences principales.

Premièrement, il est encore possible de rencontrer de violents orages en octobre en situation "estivale". L'instabilité et l'énergie disponibles sont certes moins importantes, mais la dynamique plus forte fait à elle seule une plus grande partie du travail pour initier et maintenir des orages intenses. Une dynamique très forte peut ainsi être responsable d'orages très électriques. 

Deuxièmement, la plupart des orages s'organisent en systèmes, voire en MCS assez étendus. En effet, une dynamique importante tend à développer des orages sur des distances plus importantes. 

Notons enfin que ce même jeu de compensation de la baisse de l'instabilité par la dynamique existe aussi en été pour les orages nocturnes. Si ceux-ci sont parfois très violents, c'est parce qu'une forte dynamique peut compenser la diminution de la quantité d'énergie disponible, celle-ci se réduisant avec la baisse des températures la nuit, sauf si compensée par l'arrivée d'air froid en altitude en cours de nuit. 

Le double rôle des creux d'altitude 

En situation de traîne, donc plus "hivernale", les creux d'altitude jouent un double rôle. Il s'agit d'axes de pressions plus basses que leur environnement en moyenne et haute troposphère, et en général rempli d'air froid à ces altitudes. Ainsi, outre la dynamique et les forçages associés à ces creux, ils augmentent l'instabilité à leur niveau en raison de l'air froid qu'ils véhiculent. Les plus violents orages de novembre et de l'hiver se forment ainsi sous ces creux ou plus exactement à leur avant immédiat, prenant parfois la forme de véritables systèmes très organisés présentant une bande étroite de précipitations très intenses, de fortes rafales de vent et une activité électrique très soutenue. Ils peuvent aussi se former sur les fronts froids principaux pour les mêmes raisons. 

La tropopause plus basse 

La tropopause est le nom donné à la limite entre la troposphère et la stratosphère. Haute en été (à plus de dix kilomètres), elle tend à être bien plus basse en hiver. Les cumulonimbus ont ainsi besoin de moins de hauteur pour développer une activité électrique, débutant en général par l'écrasement du sommet du cumulonimbus contre la tropopause, d'où l'enclume. Il y a donc besoin de moins d'instabilité pour y parvenir.

L'influence de la mer du Nord (et de la Manche) 

En raison de la géographie de nos régions, ce rôle est prédominant par vent de nord (ou d'ouest), donc en situation de traîne plus "hivernale". Il joue surtout à partir de la fin octobre et en novembre, ainsi qu'au début de l'hiver. Les eaux de la mer du Nord (ou de la Manche), notamment si elles sont encore anormalement douces, peuvent communiquer leur chaleur à un air froid passant au-dessus. L'air de basse altitude se réchauffe donc, tandis que la masse reste très froide en altitude. Ceci génère une instabilité accrue qui peut accentuer les phénomènes orageux par flux maritime (ouest) et surtout par flux polaire (nord). La mer du Nord a ainsi contribué grandement à la violence des orages du 9 novembre 2001. 

Le rôle des ex-cyclones tropicaux 

Enfin, dernier rôle, et non des moindres, est celui des ex-cyclones tropicaux qui dérivent jusqu'à l'Europe. Il est bien connu que ces systèmes, même devenus non-tropicaux, continuent à véhiculer un air chaud et surtout très humide. Il n'est donc pas étonnant qu'on les retrouve impliqués dans un certain nombre d'épisodes orageux d'automne exposés dans cet article. Ainsi, Hélène a été à la base des orages générateurs de la tornade de Braine-le-Comte. Grâce a permis d'apporter un surplus d'énergie aux orages d'octobre 2009. Gonzalo n'est pas étranger aux orages d'octobre 2014 et Henri a nourri en chaleur et en humidité la ligne orageuse qui a traversé le sud-est de la Belgique le 16 septembre 2015. 

Conclusion 

Pour terminer, cet article aura donc montré que les orages violents ne sont pas le seul fait de la fin du printemps et de l'été. L'automne est également capable de produire des épisodes d'envergure, même si cela est moins fréquent. Il en va de même pour l'hiver et le début du printemps. Ainsi, contrairement à une croyance bien établie, les orages sont capables de se produire à n'importe quel moment de l'année.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire