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Après les inondations de Mai et Juin 2016, quels liens avec le changement climatique ?

Fin mai 2016 : Le seuil des 400ppm est franchi d'une manière généralisée sur la planète.
La concentration en CO2 continue d'augmenter sur la planète, avec un franchissement généralisée du seuil symbolique des 400ppm. L'augmentation annuelle semble même s'accélérer.

Début mai 2016 : Des incendies ravagent la ville de Fort McMurray, dans l'Alberta canadien.
De très fortes chaleurs ont déclenché d'une manière explosive des incendies dans l'Ouest du Canada. Là encore, l'ombre de El Nino et du réchauffement climatique plane sur ce drame.

Avril 2016 : El Nino en déclin, La Nina pointe à l'horizon.
Depuis le début de l'année, les eaux du Pacifique Central et Oriental deviennent de moins en moins chaudes, remplacées par des masses plus froides. Le retour à des conditions neutres, voire l'arrivée d'une phase La Nina est de plus en plus probable.

Février et mars 2016 : Le Pérou affronte son enfant Jésus.
Au Pérou, les mois de février et mars sont les plus humides, particulièrement lorsque le phénomène El Nino, qui a été baptisé ainsi par les pêcheurs péruviens, est bien développé dans le Pacifique Equatorial. Retour sur plusieurs semaines de fortes pluies dans le pays andin.

10 mars 2016 : Quand une tempête de neige mexicaine provoque une vague de douceur états-unienne ...
Aux alentours du 10 mars, une plongée d'air polaire a atteint le Mexique jusqu'à des latitudes particulièrement méridionales, provoquant des chutes de neige dans les montagnes mexicaines, un déluge sur le Sud des Etats-Unis, et une grande douceur sur la côte Est.

samedi 29 juillet 2017

"D'un ex-trop, tu te méfieras" - Lorsque les cyclones interagissent avec la météo européenne

En été, le météorologue est souvent occupé par les orages, lorsqu'il n'apprécie pas les belles journées ensoleillées (même si c'est une passion prenante, il faut arrêter de penser à la météo à certains moments). Néanmoins, conforté par une série d'événements survenus depuis une dizaine d'années, il sait que la période qui va de août à octobre voit généralement survenir une autre "saison", celle de l'influence directe des cyclones tropicaux sur la météorologie européenne, voire belge.

Nous allons le voir, les conséquences du transit de ces vieux systèmes à proximité de nos régions sont diverses, et souvent générateurs de surprises. D'où cette méfiance à chaque fois que le cas de figure se présente.

Révisons les bases... comment ça marche, un cyclone tropical?

Il convient de rappeler brièvement ce qu'un est cyclone tropical. Il s'agit d'une dépression très creuse tirant son carburant de la chaleur latente liée à la condensation d'une quantité gigantesque de vapeur d'eau au sein des nuages convectifs (ou orageux) s'élevant autour du centre dépressionnaire. Sans rentrer dans les détails de la physique de l'atmosphère, le passage de l'état gazeux (vapeur) à l'état liquide (eau liquide) de la matière dégage de l'énergie calorique qui, à travers les lois de la thermodynamique, entretient l'ascension des masses d'air, donc des cumulonimbus qui à leur tour dégage de la chaleur et ainsi de suite. Dit platement, un cyclone tropical est une réaction en chaîne qui peut complètement dégénérer en tempête dévastratrice lorsque les conditions sont propices:
  • De l'air à basse et moyenne altitude chaud et chargé en humidité, que l'on rencontre exclusivement au-dessus des océans tropicaux. On admet ainsi qu'il faut que la température de la mer soit d'au-moins 26°C pour fournir suffisamment de chaleur et de vapeur aux cyclones.
  • De l'instabilité, parfois uniquement à l'initiation du cyclone. Une fois la machine lancée, le système, par son mécanisme interne, peut évoluer dans un environnement stable sans faiblir, pourvu qu'il trouve de la chaleur et de l'humidité.
  • Une convergence des vents, qui va forcer l'air à s'élever, et donc former les premiers nuages orageux.
  • Peu de cisaillement, donc des vents de direction et de force semblable à toutes les altitudes.
Si ces critères expliquent le renforcement, leur absence signe la mort à court terme du système tropical. Cela arrive lorsque l'ouragan arrive à terre ou lorsqu'il s'aventure vers le nord, où les eaux marines se rafraîchissent et où le cisaillement augmente.
 
L'ensemble des éléments permettent ici de bien faire la distinction entre cyclone tropical et cyclone extra-tropical. Ce dernier terme est une manière un peu sexy d'appeler nos dépressions classiques qui évoluent en-dehors des tropiques. Mais ce critère géographique n'est pas le seul à les différencier. En effet, et contrairement à nos dépressions extra-tropicales, le cyclone tropical n'est associé à aucun front, ou dit autrement, aucun conflit de températures. A l'inverse, nos dépressions évoluent et se renforcent en raison de l'instabilité barocline, un autre terme bien scientifique pour désigner la déstabilisation d'un front séparant de l'air froid et de l'air chaud. Il existe d'autres différences, comme le coeur chaud des cyclones tropicaux versus le coeur froid de nos dépressions, mais nous n'entrerons pas dans les détails ici.

En octobre 2014, une dépression classique et un cyclone tropical sur l'Atlantique, séparés de plusieurs milliers de kilomètres.

On dit parfois qu'un cyclone tropical est un grand système orageux. C'est vrai et faux à la fois. Chez nous, les orages ont besoin d'instabilité mais aussi de cisaillement des vents pour devenir violents. Le cyclone tropical, non, sauf éventuellement à sa formation. C'est aussi à ce moment-là que l'on observe de l'activité orageuse. En effet, une fois que le cyclone est bien formé, l'activité électrique, la grêle et les éventuelles tornades sont absentes, sauf éventuellement en bordure. Pourtant, il est aussi constitué de cumulonimbus, donc de nuages orageux. De manière un peu simplifiée, un cyclone tropical pleinement formé est un grand système orageux... sans activité orageuse.

Une lente procession à travers l'océan, avant une métamorphose spectaculaire


Les cyclones tropicaux de l'Atlantique peuvent naître n'importe où, pourvu qu'ils trouvent les conditions nécessaires. Toutefois, ces conditions sont généralement rencontrées entre 10 et 35° de latitude nord. Quoiqu'il en soit, la trajectoire habituelle des systèmes qui finissent sur l'Europe part généralement de cette zone et ne croise pratiquement aucune terre, en-dehors éventuellement d'îles comme les Bermudes ou les Açores, voire l'est du Canada dans certains cas.

En s'éloignant des Tropiques, le cyclone s'éloigne aussi des zones propices à son maintien. En montant au nord, il rencontre des eaux de plus en plus froides et un cisaillement des vents de plus en plus fort. S'il n'est pas rapidement phagocyté par une dépression classique, il entame ce qu'on appelle une transition extra-tropicale. Il s'agit de la phase hybride durant laquelle le cyclone tropical perd progressivement ses caractéristiques en évoluant vers une dépression classique.

En premier lieu, on note une diminution de la convection, une augmentation de la taille du champ des vents associé au système et surtout une perte de la symétrie de ce champ, la partie à la droite du système devenant plus étendue que la partie à la gauche. Ensuite, on note l'apparition d'un front chaud à son nord, délimitant l'air d'origine tropicale qu'il promène de l'air maritime, voire polaire, plus au nord. Par après, un front froid devient également identifiable à l'ouest du système, et celui-ci peut entamer une nouvelle intensification suite à l'instabilité barocline, pour rappel le schéma classique de formation de nos dépressions.

L'animation ci-dessous montre la transition de l'ouragan Noel de 2007, passant d'un système tropical au début à un système pleinement extra-tropical à la fin. Entre les deux, on note l'agrandissement du système ainsi que la perte de symétrie, le tout précédé d'un front chaud à son nord qui prend de l'ampleur au fil du temps.


Cette transition fait en sorte qu'un nombre infime de système aient gardé leurs caractéristiques tropicales jusqu'à leur arrivée en Europe. Depuis l'avènement des satellites, le seul système tropical avéré ayant touché l'Europe est Vince, en 2005, en atteignant le sud de l'Espagne à l'état de faible dépression tropicale. En 1961, l'ouragan Debbie a frappé l'Irlande, mais il est impossible d'affirmer que le système était encore pleinement tropical à son arrivée. En 1967, le cyclone Chloé a terminé sa transition extra-tropicale juste devant les côtes françaises, avant de balayer ces dernières. En 2009, la tempête Grace a perdu ses caractéristiques tropicales à quelques centaines de kilomètres à peine de l'Irlande et de la Grande-Bretagne. Ses restes ont par ailleurs transité sur le nord de la Belgique vingt quatre heures plus tard, mais nous y reviendrons.

Avec le réchauffement climatique, la donne pourrait changer. En effet, les températures nécessaires au maintien des cyclones se trouvent progressivement rapprochées des côtes européennes, ce qui pourrait permettre à terme à des cyclones tropicaux d'atteindre l'Europe sans s'être trop affaiblis et en ayant conservé certaines caractéristiques tropicales. Toutefois, nous parlons ici de systèmes modérés, donc des tempêtes tropicales, voire éventuellement un ouragan de catégorie 1. Néanmoins, un tel événement représenterait en soi une grande date dans l'histoire de la météorologie européenne. Certaines études prédisent un tel cas de figure avant la fin de ce siècle, d'autant plus que la Méditerranée, et en 2016 le Golfe de Gascogne, parviennent déjà à former des systèmes subtropicaux hybrides, ayant à la fois des caractéristiques de nos dépressions et des cyclones tropicaux.

Une formidable machine à purger les tropiques

Un cyclone tropical ne fait pas que vivre de la chaleur, il en produit aussi, par la condensation comme on l'a vu. De plus, par son caractère de dépression, il attire à lui des masses d'air chargées de chaleur humide. Cela se note particulièrement bien lorsque le cyclone sort de la zone tropicale et qu'il promène avec lui une vague de chaleur humide, en la prélevant de son aire de stagnation habituelle: l'Atlantique tropical.

Pour visualiser la quantité de chaleur humide, nous utiliserons ici un paramètre un peu bizarre, à savoir la température potentielle équivalente. Plus cette valeur est élevée, et plus la masse d'air est chargée en chaleur et en humidité. Les quelques exemples ci-dessous permettent de bien visualiser comment les cyclones s'affaiblissant dans l'Atlantique nord promènent avec eux une masse d'air chaud et humide, même lorsque le système en lui-même n'est plus tropical. Sur les cartes ci-dessous, de telles masses apparaissent en orange-rouge. Le système tropical est à chaque fois entouré en noir. Dans l'ordre, Karl, Helene, Danielle et Cristobal.








...et à provoquer du grabuge à nos latitudes


Le fait qu'une telle quantité de chaleur et d'humidité soit injectée à l'ouest de l'Europe n'est pas sans conséquences, encore faut-il qu'elles aient lieu sur le Vieux Continent. Parfois, le déséquilibre est corrigé en plein océan, bien loin de nos côtes. Toutefois, même à distance, l'ancien cyclone tropical peut avoir des effets directs et indirects sur notre météo européenne. Nous allons passer en revue les différents systèmes ayant eu une influence sur notre météo depuis le début de ce siècle. Après une description de leur parcours, nous analyserons les conditions météorologiques qui ont été observées en Belgique lors de leur plus grande approche. Dans un deuxième temps, nous remonterons le temps, en présentant quelques grands systèmes ex-tropicaux ayant violemment impacté notre météo européenne (ou même belge dans certains cas).

Nous différencierons les systèmes ayant conservé leur indépendance jusqu'à nos régions de ceux qui ont été absorbés en chemin par une dépression extra-tropicale classique de nos latitudes.

Humberto (2001), fusionné avec une dépression classique

Le cyclone Humberto est né en septembre 2001 à la limite nord de l'Atlantique tropical. C'est en plein océan, à l'est des Etats-Unis, qu'il atteint son apogée en tant qu'ouragan de catégorie 2. Néanmoins, repris dans la circulation d'ouest classique de nos latitudes, il dérive vers l'est et le cisaillement l'affaiblit progressivement en tempête tropicale. Le 28 septembre, il sera absorbé par une petite dépression classique arrivant de Terre Neuve, en plein milieu de l'Atlantique nord. Sur la carte ci-dessous, chaque rond représente la localisation du centre du cyclone tropical au fil du temps. Les couleurs jaune indiquent le statut d'ouragan (de plus en plus orangé avec le nombre de catégories), le bleu clair indique le stade en-dessous, celui de la tempête tropicale, et le bleu foncé, encore plus faible, celui de la dépression tropicale. Le dernier point bleu le plus à l'est est le dernier pointage de Humberto en tant que tempête tropicale, avant son absorption par l'autre dépression.


Par instabilité barocline accentuée par la chaleur apportée par Humberto, la dépression s'intensifiera en tempête et fusionnera avec un autre champ dépressionnaire à l'ouest des Iles britanniques. L'impact sur notre météo sera ici indirect. Le champ dépressionnaire sur l'Atlantique, renforcé par l'apport de chaleur d'Humberto, soumettra nos régions à un temps venteux et automnal. Le 6 octobre, de forts orages éclateront sur nos régions, mais ceux-ci n'ont pas été engendrés par la chaleur de Humberto, à ce moment-là déjà bien plus à l'est.

Gordon (2006), arrivé en tant que système indépendant

Gordon est un système survenu en septembre 2006, en ayant notamment concerné l'archipel des Açores. Il a atteint la catégorie 3 six jours auparavant. Le National Hurricane Center américain prévoyait sa transition extratropicale au niveau des Açores, pourtant Gordon a défié les prévisions en conservant ses caractéristiques tropicales jusqu'au 21 septembre, alors qu'il se trouvait juste à l'ouest du Portugal. Il a alors viré au nord en passant très rapidement juste à l'ouest de la Bretagne qui a ainsi essuyé un épisode tempétueux assez inhabituel: des rafales jusqu'à 130 km/h avec des températures bien chaudes pour la saison. Quelques heures plus tard, Gordon touchait terre en Irlande, soumettant ce pays et la Grande Bretagne à de fortes précipitations orageuses et des rafales tempétueuses sur les côtes. Avec l'afflux de chaleur d'origine tropicale, des records de température pour la saison y ont été battus.

Sur la carte ci-dessous, les petits triangles sur la trajectoire montrent les moments où Gordon n'était pas considéré comme tropical.


En Belgique, Gordon a eu des effets bienfaiteurs, ce qui peut paraître paradoxal. En effet, le passage de l'ancien cyclone tropical bien à l'ouest de nos régions a amplifié le flux de sud très doux que nous connaissions déjà depuis un bon moment. Ainsi, le 21 septembre a été une magnifique journée d'été tardif, avec des maximales de 25 à 28°C sous un soleil brillant de mille feux. Comme quoi, l'influence des ex-cyclones tropicaux sur notre météo n'est pas toujours néfaste...

Helene (2006), fusionné avec une dépression classique

Dans le sillage de Gordon se forme le cyclone Helene et celui-ci va, au contraire de son prédécesseur, avoir des effets désagréables sur la météo belge. Il est ce qu'on appelle un ouragan capverdien, qui naît à proximité de l'archipel éponyme comme dépression tropicale, puis se renforce en tempête tropicale puis en ouragan, en dérivant à travers l'Atlantique. Helene, en tant que système tropical, ne s'approchera d'aucune terre. C'est donc en tant que tempête extra-tropicale qu'Helene s'approche de l'Irlande. Elle fusionne alors avec une autre dépression classique le 27 septembre, la résultante donnant une très large tempête sur l'Atlantique y stagnant pendant plusieurs jours. Elle envoie alors un flux de sud-ouest très doux sur l'Europe occidentale.


En Belgique, on observe des orages en soirée du 29 et du 30 septembre, en lien avec cet air doux dans les basses couches et de l'air bien plus froid en altitude. Mais c'est surtout le 1er octobre que les orages seront violents. Ils s'accompagnent par endroits d'une forte activité électrique visible de très loin et de grêlons atteignant parfois 2 cm de diamètre. Mais le plus spectaculaire provient de la formation de deux tornades, une sur la région de Braine-le-Comte et l'autre dans la région d'Anvers. La tornade de Braine-le-Comte, en atteignant le niveau F2 sur l'échelle de Fujita, provoqué de gros dégâts sur différentes habitations et exploitations agricoles. Voir l'article rédigé par nos soins à propos de cette tornade: La tornade de Braine-le-Comte le 1er octobre 2006

Grace (2009), absorbée par un front

Dans l'historique des ex-cyclones tropicaux ayant influencé notre météo, Grace occupe une place à part. Outre le fait qu'il s'agisse d'une tempête tropicale exceptionnelle, elle sera responsable d'un des plus grand épisode orageux de l'année 2009, survenu qui plus est tardivement. Nous aurons l'occasion de revenir prochainement sur ces jours fous de la climatologie dans un article à part, c'est pourquoi nous n'entrerons pas dans tous les détails de l'histoire de Grace et de ses conséquences.


Grace, en tant que système tropical, a existé à peine trois jours, du 4 au 6 octobre, et n'a pas atteint le stade d'ouragan, en restant une tempête tropicale. Toutefois, le cyclone fut vécu comme un événement pratiquement inouï dans le monde de la météo, car voir se former un système tropical aux Açores, si haut en latitude, était pratiquement quelque chose de totalement nouveau. Que ce même système garde ses caractéristiques jusqu'à quelques centaines de kilomètres à peine de l'Irlande le fut encore plus. La tempête termina sa vie sensationnelle en étant absorbée par un front lié à une dépression classique au nord de l'Ecosse. Néanmoins, ses effets se firent encore sentir deux jours de plus.

En effet, Grace a amené le 7 octobre une masse d'air chaud pour la saison, et surtout très humide, sur le nord de la France et la Belgique, entre autres. Les restes de la tempête en elle-même, ingérée au front, passèrent juste au nord de notre pays. A l'ouest, une autre dépression classique arrivant du Golfe de Gascogne se heurta à cette masse d'air très doux et humide, déclenchant un épisode orageux remarquablement intense pour la saison. Des précipitations diluviennes provoquèrent des inondations à Bruxelles et en Brabant wallon, tandis que le vent portait des dégâts à la nature et au bâti en province de Luxembourg.

Katia (2011), arrivé en tant que système indépendant

Le cyclone Katia a existé en septembre 2011 dans l'Atlantique, atteignant même la catégorie 4. A partir du 10, il fut repris dans la circulation d'ouest de nos latitudes, se changea en système extratropical et transita rapidement au nord de nos régions les 12 et 13 septembre.


Les effets de Katia sur la météo belge furent mesurés. Un coup de vent avec des rafales de 80 km/h concerna le littoral, tandis qu'on notait une douceur assez nette pour la saison.

Nadine (2012), influences en tant que système indépendant puis fusionnée à une autre dépression classique

Nadine est aussi un cyclone spécial. Sa durée de vie est exceptionnellement longue, du 11 septembre au 4 octobre, soit plus de trois semaines. De plus, le système n'a cessé d'errer dans une partie bien précise de l'Atlantique nord, passant deux fois aux Açores, et a eu une influence, certes indirecte, à plusieurs reprises sur la météo européenne. L'influence directe, lorsque les restes du système se sont retrouvés sur l'Europe occidentale, a été bien plus ténue.


En tournicottant près des Açores, Nadine a à plusieurs reprises envoyé des pulsions d'air chaud en direction de l'Europe occidentale, alimentant plusieurs dépressions classiques qui furent à leur tour responsables de fortes précipitations, de coups de vent et d'orages, notamment sur les Iles britanniques, l'ouest de la France et la péninsule Ibérique. Pour la Belgique, on notera les orages assez intenses de la nuit du 23 au 24 septembre, en lien avec l'arrivée d'air très doux en basse couche lié à une dépression de tempête sur le nord-ouest de la France, celle-ci ayant été initiée en partie par le flux de chaleur de Nadine. Quelques heures plus tard, le passage de la dépression au nord-ouest de la Belgique donnera un coup de vent assez marqué pour la saison, avec des rafales de 97 kmh à Zeebrugge, 90 km/h à Ostende et 87 km/h à Florennes.

Plus tard, le passage des restes de Nadine ingérés dans un front ne donnera que de bonnes pluies.

Bertha (2014), arrivée en temps que système indépendant
 
Le cyclone Bertha fut un ouragan de catégorie 1 tout ce qui a de plus banal, formé le 1er août dans l'Atlantique tropical. Après avoir traversé les Antilles, le système a faibi et a effectué sa transition extratropicale au large de la côte est des Etats-Unis. Le 10 août à 2h00, la dépression Bertha se trouvait alors au large de la Bretagne, en approche d'un complexe dépressionnaire au nord des Iles britanniques. Bertha s'est alors brutalement intensifiée en une tempête classique de nos latitudes, en traversant l'Angleterre puis la mer du Nord.


Cette intensification s'est faite au départ de l'air chaud et humide de Bertha, qui entrant en contact avec de l'air bien frais plus au nord, a entraîné une croissance de l'instabilité barocline, aidée par le Jet stream bien présent. Ce comportement a entraîné en Belgique des dommages collatéraux puisque de puissants orages supercellulaires ont traversé le pays dans l'après-midi, donnant une série de tornades dont une particulièrement spectaculaire sur les communes de Fleurus et de Sambreville, provoquant de gros dégâts à Ligny et à Tongrinne notamment. L'air était particulièrement moite, puisqu'on a relevé une maximale de 23,3°C à Gosselies par temps couvert et humide. Quelques bruines étaient même observées avant l'arrivée des orages.

Gonzalo (2014), fusionné à une autre dépression classique

Dans l'Atlantique, Gonzalo est surtout connu pour avoir frappé durement les Bermudes le 18 octobre. Trois jours plus tard, il provoquait des dégâts en Europe sous la forme d'une dépression classique issue de la fusion entre les restes du cyclone et d'autres dépressions classiques. Elle a déclenché un épisode de tempête sur les Iles britanniques ainsi qu'en Allemagne (122 km/h à Stuttgart). En Belgique, de fortes rafales ont également été mesurées au passage du front froid de l'ex-cyclone, mais aussi à l'arrière, sous des orages particulièrement turbulents. Les rafales ont atteint 105 km/h à Ostende et 94 km/h à Ernage.


Henri (2015), fusionné à une autre dépression classique

La tempête tropicale Henri a végété au milieu de l'Atlantique début septembre, et est loin d'avoir été un foudre de guerre. Elle a ensuite fusionné avec une dépression classique près des côtes canadiennes, et la résultante a pris la direction de l'Europe, avant d'arriver en France le 16 septembre. Donnant des rafales jusqu'à 120 km/h sur les côtes ouest-françaises et dans la vallée du Rhône, elle a aussi initié une série d'orages bien alimentés par la chaleur humide issue des restes du cyclone tropical. Ces orages ont été violents par endroits en Belgique, donnant des rafales à 115 km/h à Buzenol (en Gaume), mais surtout en déclenchant une tornade sur le village de Melreux, dans la commune de Hotton.


Plus loin dans le temps


Le cyclone Chloé (1967) a perdu ses caractéristiques tropicales dans le Golfe de Gascogne en y causant de nombreux naufrages, avant de frapper durement les côtes de l'ouest de la France, qui connaîtra des pluies diluviennes débouchant sur des inondations. Sur la carte ci-dessous, on voit que Chloé s'est approché très près de l'Espagne en tant que tempête tropicale.


Quelques années plus tard, en 1973, c'est Fran qui approche de la Bretagne en tant qu'ouragan tropical de catégorie 1. Heureusement, un front froid déstructurera rapidement le système avant qu'il n'atteigne la France, dont les côtes ne connaîtront que quelques bonnes bourrasques.

Charley, en 1986, a traversé les Iles britanniques à la fin août, amenant un véritable déluge sur l'Irlande dont certaines stations voient tomber plus de 200 mm de pluie en vingt-quatre heures, ce qui est énorme sous nos latitudes. La capitale, Dublin, connut des inondations catastrophiques. Le Royaume-Uni, le nord de la France et la Belgique furent également concerné par des précipitations importantes.

Le 12 septembre 1993, l'ex-cyclone tropical Floyd atteint le nord de la France. Même si le système a perdu ses caractéristiques tropicales à ce moment, il se comporte en véritable ouragan. Les rafales atteignent 160 km/h sur les côtes, provoquant de nombreux dégâts.
 
Le 7 septembre 1995, l'arrivée de l'ex-cyclone Iris donne une houle énorme sur le littoral de la Bretagne, tandis que les rafales dépassent 100 km/h dans les terres, ce qui est peu commun à cette période (en-dehors des orages).

En résumé... 
 
Les cyclones, même en ayant perdu leurs caractéristiques tropicales, peuvent profondément pertuber la météo européenne (ou même belge). Comme montré à travers les exemples ci-dessous, les conséquences sont multiples:
  • L'apport de chaleur peut être à la base d'orages particulièrement intenses si d'autres paramètres (Jet-stream, convergence des vents...) sont présents.
  • Si l'instabilité barocline est importante (dit autrement, s'il y a un puissant conflit entre l'air chaud et l'air froid), la dépression classique (ou extratropicale) marquant le vieux cyclone tropical peut à nouveau s'intensifier et donner des épisodes de coup de vent, voire de tempête dans nos régions.
  • L'humidité apportée par les systèmes tropicaux et charriée par notre flux d'ouest maritime peut donner des épisodes pluvieux de longue durée, débouchant sur plusieurs dizaines de millimètres de pluie.
  • Mais l'influence des cyclones tropicaux peut aussi être bénéfique. Leur chaleur, si le temps est sec, peut amener de superbes journées d'automne sous des températures particulièrement douces ou, indirectement, déplacer et nourrir un anticyclone bienfaiteur qui vient ainsi nous garantir plusieurs jours de beau temps.
Le lecteur comprendra dès lors pourquoi les météorologues sont particulièrement attentifs à ces bestioles lorsqu'elles viennent s'aventurer dans nos parages!

Pour aller plus loin...

Notre article sur les orages d'automne en Belgique, où nous avions déjà évoqué le rôle des ex-cyclones tropicaux dans leur formation: Les orages d'automne, quand Thor joue les prolongations

Le compte rendu de l'épisode tornadique du 10 août 2014 lié à l'ex-cyclone Bertha: Bertha et les tornades - analyse approfondie des cas de Gozée et de Ligny-Tongrinne

L'article consacré aux orages et à la tornade du 16 septembre 2015, en lien avec l'ex-cyclone Henri: Des Bermudes à l'Europe: Henri et les orages du 16 septembre 2015

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