lundi 30 décembre 2013

Vortex polaire et réchauffement stratosphérique


La stratosphère

Pour comprendre la suite de l'article, il est impératif de faire un arrêt sur cette tranche de l'atmosphère. La stratosphère commence à environ 10-15 km d'altitude (la hauteur variant selon la latitude) et se termine à environ 50 km d'altitude. Cette tranche d'air est stable dans le sens où la convection n'y existe pas, contrairement à la tranche inférieure, la troposphère, qui est le siège de la plupart des événements météorologiques. Ceci fait même dire à certains que la météo s'arrête à la tropopause, soit la limite entre la troposphère et la stratosphère. S'il est vrai que les effets des phénomènes météorologiques existent essentiellement dans la troposphère, il ne faut nier la dynamique de la stratosphère dont les modifications peuvent avoir un impact considérable sur la météo "d'en dessous".

Dans la stratosphère, la température de l'air est pratiquement stable entre 10 et 25 km d'altitude, autour de -55°C en moyenne. Plus bas, elle décroit avec l'altitude. Plus haut, elle augmente à nouveau avec cette même altitude, finissant par atteindre environ 0°C au niveau de la mésopause, la limite entre la stratosphère et la mésosphère, à environ 50 km d'altitude. Au-dessus, dans la mésosphère, elle diminue à nouveau.


Le comportement du gradient thermique stratosphérique est dû à la présence de l'ozone. Ce gaz joue un rôle prépondérant dans la dynamique de cette partie de l'atmosphère. En absorbant les rayons UV, il connait un gain d'énergie qu'il redistribue à l'air sous forme de chaleur. Ceci explique l'augmentation progressive de la température entre 25 et 50 km d'altitude. En-dessous, la couche isothermique (où la température n'évolue pas avec l'altitude) est due à l'apport thermique de la couche d'ozone située plus haut, et ce par conduction.


Vortex polaire?


Le vortex polaire est une grosse dépression d'altitude située sur les régions arctiques et remplie d'air froid. Dans la stratosphère, il y règne des températures inférieures à -80° lorsque le vortex est très bien constitué et concentré. Cela a deux conséquences intimement liées : 


1) Le contraste entre ces températures très froides et les températures nettement plus chaudes des Tropiques va provoquer l'établissement d'un puissant courant d'Ouest. En effet, en bordure du vortex se forme un courant dit Jet de la nuit polaire, qui est un vent thermique. Sans entrer dans les détails, la théorie du vent thermique se résume comme suit: un courant s'établira dans un sens bien précis si, à la gauche de ce sens se trouve un air froid et à la droite un air chaud. Le vent est d'autant plus rapide que le contraste est important ; 


2) Les hautes pressions subtropicales ne peuvent percer cette masse froide et ne peuvent donc s'établir vers les latitudes septentrionales où elles généreraient alors un courant de Nord à Est déferlant sur nos régions. 




Cette image de décembre 2013 montre un vortex très solide, très concentré et rempli d'air froid jusqu'à moins de -80° à certains niveaux, environ 15° de moins que la normale. Dans ces conditions, on comprend la violence du courant Jet qui a enfanté la tempête Dirk les 22 et 23 décembre (440 km/h!) et l'impossibilité pour les hautes pressions d'établir des crêtes vers le Groenland ou la Scandinavie. Au-dessus du Jet-Stream, le Jet polaire stratosphérique était surpuissant compte tenu de l'important gradient de températures, et maintenait dès lors un vortex bien fermé.

En soi, un vortex polaire bien concentré est un élément tout à fait normal du paysage dynamique de la stratosphère. De plus, il en existe sur d'autres planètes. Ce sont plutôt les modifications morphologiques affectant le vortex qui sont plus inhabituelles et qui peuvent modifier durablement le temps en Europe, mais aussi ailleurs dans l'hémisphère nord.

Comment se forme le vortex polaire?

Il convient de faire ici la différence entre le vortex polaire stratosphérique dont nous venons de parler, et le vortex troposphérique, en-dessous de ce dernier.

La composante stratosphérique atteint le maximum de sa force en hiver tandis qu'elle disparaît complètement en été. Son homologue troposphérique est également très puissant en hiver, mais ne disparaît pas complètement en été, même si sa taille est relativement réduite. Les mécanismes qui régissent la formation de ces composantes sont différents. Si la composante troposphérique obéit essentiellement à des mécanismes physiques, celle de la stratosphère répond davantage à des phénomènes physico-chimiques. L'ozone stratosphérique joue alors un rôle fondamental.

Au début de l'automne boréal, les nuits commencent à réapparaître aux pôles, incluant donc un ensoleillement moins important. Ceci est réduit de faco la quantité de rayons UV absorbés par l'ozone. Consécutivement, la quantité de chaleur produite diminue. La stratosphère commence à se refroidir au-dessus du pôle: c'est le début de la formation du vortex polaire. L'air continue de se refroidir au fur et à mesure de l'allongement des nuits, jusqu'à la nuit polaire où le vortex atteint le maximum de sa puissance. Plus l'air au sein du vortex se refroidit et plus le Jet polaire, en tant que vent thermique, prend de la puissance.

A l'inverse lors du printemps boréal, le retour du soleil permet de relancer le processus d'absorption des UV par l'ozone, ce qui enclenche le réchauffement de la stratosphère polaire et qui détruit petit à petit le vortex stratosphérique... jusqu'à l'automne suivant où le cycle recommence.

Réchauffement stratosphérique soudain

Il arrive que l'air du vortex se réchauffe en d'autres circonstances que celles qui régissent l'habituel cycle construction - destruction du vortex. Ces phénomènes, abrégés en SSW (Sudden Stratospheric Warming) voient l'air du vortex se réchauffer de plusieurs dizaines de degrés en l'espace de quelques jours, entraînant une déstabilisation massive du vortex et le chamboulement des vents stratosphériques qui en dépendent. Il faut néanmoins distinguer deux types de SSW selon leur importance:

- Les SSW mineurs qui ont un impact limité sur la dynamique du vortex.
- Les SSW majeurs qui parviennent à modifier durablement tout le fonctionnement du vortex, jusqu'à le déplacer ou le faire exploser en plusieurs lobes.

Ces SSW, pour rester simples, sont dus à des forçages provenant de la troposphère ou de la mésosphère. En considérant la troposphère, nous devons intégrer la notion d'onde de Rossby. Ces ondes sont formées par les ondulations du Jet-stream qui délimite le vortex polaire troposphérique de son environnement. Lorsqu'une onde de grande importance advecte une puissante bouffée d'air chaud en direction du pôle, l'énergie ainsi transportée vers les régions polaires peut se répercuter dans la stratosphère pour autant que cette énergie soit suffisamment importante. L'air du vortex stratosphérique commence alors à se réchauffer de manière brutale à partir de sa périphérie, de plusieurs dizaines de degrés en l'espace de quelques jours. Or, nous avons vu que les vents thermiques dépendaient du gradient de température entre l'air intra-vortex et l'air extra-vortex. Etant donné que le gradient se trouve diminué suite au réchauffement de l'air intra-vortex, les vents thermiques diminuent en force, et le vortex stratosphérique entre dans une phase instable. Deux événements peuvent alors survenir: un événement de déplacement ou un événement de division.


Evénement de déplacement, ou displacement event


Au cours du displacement event, le réchauffement de la stratosphère polaire n'est pas suffisant pour faire éclater le vortex. Celui-ci est simplement chassé par un anticyclone stratosphérique qui tend à prendre sa place au pôle. Les conséquences d'un displacement event sont moins importantes que celle d'un splitting event dont nous parlerons au point suivant.


L'animation ci-dessous est une prévision effectuée par le modèle GFS le 27 décembre 2012 pour une période allant du 3 au 7 janvier 2013. Elle montre l'onde "chaude" attaquant le vortex (bleu - mauve) depuis la Sibérie. Ce dernier est éjecté de ses quartiers habituels et poussé vers l'Europe tout en faiblissant. Une semaine après cette modélisation, plusieurs offensives hivernales et un basculement des flux d'air troposphériques s'opéraient sur le Vieux Continent. Nous reviendrons plus loin sur les impacts d'un dérangement du vortex polaire.






Evénement de division, ou splitting event

Le splitting event est le phénomène le plus extrême: la pulsion chaude finit par faire exploser le vortex en deux lobes. Dès lors, la circulation des vents stratosphériques est complètement perturbée, ceux-ci finissant par s'arrêter et même par changer de direction. 

L'image ci-dessous montre un splitting event en janvier 2013. La pulsion chaude, anticyclonique, a envahi le pôle et a fait éclater le vortex en deux lobes, l'un d'entre eux s'établissant sur le proche Atlantique, entraînant une modification profonde des circulations stratosphériques et troposphériques dans l'hémisphère nord. Au même moment, il neigeait abondamment sur l'Europe de l'Ouest. 



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Les displacement et splitting events de janvier 2013 en vidéo

La vidéo ci-dessous, réalisée par la NASA, montre le comportement du vortex polaire. Les zones blanches représentent l'air froid, et les zones sombres, l'air plus doux. En décembre, le vortex polaire est très concentré sur le pôle nord. Au Nouvel an, le SSW commence sous la forme d'une pulsion d'air chaud venue de Sibérie commence à l'écraser et à le chasser en direction de l'Amérique du Nord et de l'Europe. Enfin, le 7 janvier, la pression de l'onde chaude est tellement forte que le vortex finit par éclater en deux lobes, puis se déstructure complètement dans la dernière décade du mois.



Les conséquences

Les events (splitting ou displacement) ne sont pas rares, mais ils ne sont pas extrêmement fréquents non plus. Dans leur plus grande forme, ils sont capables d'entraîner de profondes modifications de la météo, et ce pour plusieurs semaines. Entre le moment où le phénomène se déclenche et son impact observé en surface, il s'écoule environ deux semaines. Ceci est intéressant car cela permet de voir venir les grandes modifications de la météo, essentiellement les offensives hivernales et les vagues de froid. Durant l'hiver 2012-2013, les prévisions du displacement event puis du splitting event ont permis d'envisager, environ 20 jours à l'avance, une brusque offensive de l'hiver.

Les dérangements du vortex polaire stratosphérique ne sont en effet pas sans conséquences sur son homologue troposphérique qui finit par être déstabilisé à son tour. La circulation habituelle d'ouest en est est en effet fortement dérangée par les modifications de direction des vents stratosphériques, le pire cas étant l'inversion de la direction de ces derniers suite à un splitting event. A son tour, le vortex polaire troposphérique finit par présenter de fortes ondulations, entraînant conséquemment une modification des vents en surface et en troposphère. Ainsi, en janvier, février et mars 2013, ces vents se sont retrouvés régulièrement orientés au nord ou au nord-est, amenant de l'air froid et de la neige qui donneront un hiver 2012-2013 costaud, anormalement froid et interminable.

A l'inverse, lors de l'hiver 2013-2014, le vortex polaire a également subi un SSW, le délocalisant vers l'Amérique du Nord qui a subi une impressionnante vague de froid tandis que l'Europe baignait dans la douceur et l'humidité.

Pour aller plus loin...

Pour tous ceux qui veulent suivre l'évolution du vortex polaire, vous pouvez aller sur le site de MeteoCiel dans l'onglet « Temp10Hpa stratosphère » :http://www.meteociel.fr/modeles/gfse_cartes.php?ech=6&code=code&mode=10&mode3h&runpara=0&carte=1

samedi 9 novembre 2013

Décembre 2010 - De la neige à ne plus savoir qu'en faire

Peut-être vous souvenez-vous de décembre 2010, cette période durant laquelle une grande partie de la Belgique avait été couverte de neige parfois pendant plus de 25 jours d'affilée... Si oui, vous avez une bonne mémoire. Si cela ne vous rappelle rien, cet article - assez long - vous propose un retour en arrière pour passer en revue ce qui restera pendant encore longtemps l'un des mois les plus extraordinaires pour les amateurs de neige... et sans doute l'un des plus compliqués pour les navetteurs. Un mois qui commencera doucement, ira crescendo avant de finir en apothéose la veille de Noël. Il vous est relaté sur base des observations personnelles de l'auteur, ce qu'il a vécu et les informations qu'il en a tiré. C'est pourquoi vous verrez souvent apparaître deux lieux: Montigny-le-Tilleul (près de Charleroi) et Namur. L'article s'épanche cependant sur toute la Belgique et les régions limitrophes.

Octobre 2013 : grande douceur et disparités pluviométriques

Lorsqu'on demande aux personnes de notre entourage et de notre page Facebook quelles impressions ils ont gardées de ce mois d'octobre, la réponse est bien souvent positive. Beaucoup vous répondent que l'automne ne s'est pas vraiment installé durant ce deuxième mois de la saison des pluies et du vent, mis à part quelques jours. Cette impression est assez correcte, "pour une fois" serait-on tenté de dire, car l'être humain a une mémoire assez sélective concernant la météo et le climat. Cependant, ce dixième mois de l'année a connu des disparités assez importantes suivant les régions, notamment au niveau de la pluviométrie. Il se peut donc que certaines personnes aient ponctuellement gardé un souvenir plus négatif de ces 31 derniers jours qui viennent de s'écouler. Nous aimerions donc revenir en détails sur ce mois aux souvenirs majoritairement positifs, mais aux variations pluviométriques assez importantes.


mercredi 2 octobre 2013

1989 - 1990 - L'hiver des tempêtes

Certains d'entre vous s'en souviennent, d'autres non. En janvier et février 1990, l'Europe Occidentale - et donc la Belgique - voient défiler une exceptionnelle série de tempêtes, certaines d'une force inouïe. C'est au passage de l'une d'entre elles que fut fixé le record de la plus grande vitesse de vent jamais atteinte en Belgique. Nous vous proposons, au cours de cet article, de revenir sur ces sinistres événements.


mardi 24 septembre 2013

Les modèles météorologiques

Pour prévoir le temps, les spécialistes des sciences atmosphériques donnent encore de l'importance à l'observation directe du temps météorologique qu'il fait. Les techniques ont cependant bien-sûr évolué avec les années, et prévoir le temps à 5 jours ne peut pas se faire juste en levant le nez. Les scientifiques utilisent maintenant des modèles météorologiques pour prévoir le temps à plusieurs jours, voire à plusieurs semaines d'échéance. Que sont ces modèles ? Comment sont-ils utilisés ? Notre article se propose de répondre à cette question.


mercredi 18 septembre 2013

Quand l'automne se fait beau... le mythe de "l'été indien"

L'automne arrive, et avec lui, le vent et la pluie. Les jours deviennent plus courts et plus frais. Pourtant, on peut encore connaître de très belles périodes de temps sec et ensoleillé durant les mois de septembre et d'octobre, voire même jusque la mi-novembre dans certains cas. Voici donc un article sur cet événement très apprécié, appelé à tort "l'été indien", qui n'existe que dans le nord de l'Amérique comme le chantait si bien Dassin. L'expression est toutefois passée un peu faussement dans notre vocabulaire, notamment dans les médias. Les langues européennes sont pourtant particulièrement riches pour exprimer ces quelques jours de temps doux et agréable qui surviennent parfois après des semaines de mauvais temps.

Le graphique ci-dessous, fait maison, vous montre cette richesse linguistique. On y retrouve des nominations venant d'Allemagne, de France, d'Angleterre... mais aussi bien de chez nous.


Altweibersommer

On peut le traduire en "été des vieilles femmes". Il survient durant la deuxième moitié de septembre et est en réalité une déformation étymologique: le nom vient en fait de weiben, tisser, car c'est souvent à cette période que l'on distingue le mieux les toiles tissées par les araignées sous la lumière douce qui règne à ce moment-là, le soleil se trouvant déjà plus bas sur l'horizon qu'en plein été.

Une journée d'altweibersommer commence en général par une aube fraîche et humide, où les températures sont parfois inférieures à 5°C, avec parfois de la brume et des bancs de brouillard dans les vallées. En cours de matinée, les températures se réchauffent, dissipant ces brumes, le ciel est en général dégagé, parfois accompagné de quelques petits cumulus. Les températures maximales sont comprises entre 23 et 28°C en plaine, par un léger vent de sud. Statistiquement parlant, les maximales devraient donc être supérieures de 5°C par rapport à la normale du moment, mais ne pas dépasser 28°C en plaine.

L'ambiance est très agréable, la lumière du soleil automnal, ni trop faible comme celle d'hiver, ni trop forte comme celle d'été, ravive les couleurs des paysages dont la verdure commence à poindre vers le jaune. Cela est d'autant plus apprécié qu'il s'agit d'une dernière manifestation tardive de l'été, avant l'arrivée des perturbations et du temps sombre automnal.

Ce type de temps dure de un à trois jours, précédé et suivi d'un temps humide et nuageux sous un régime d'ouest. Ce phénomène est assez régulier, et se produit tous les deux à trois ans en moyenne.

Quand septembre poursuit l'été

Parfois, cette période d'altweibersommer peut être trop longue et trop chaude pour être appelée de la sorte. En septembre 2003, après un été caniculaire, une nouvelle pulsion d'air tropical a atteint le pays, faisant monter le thermomètre à 31,1°C à Zaventem le 20. Récemment, nous avons observé des températures de plus de 30°C à la mi-septembre 2016. Nous ne pouvions plus définir cette période comme altweibersommer, mais plutôt comme un véritable coup de chaleur, une continuité de l'été. Dans certains cas, c'est même tout le mois qui peut prendre de véritables caractéristiques estivales, comme en 2014 ou en 2016 par exemple.

Goldener Oktober

La langue allemande est décidément très riche pour qualifier le beau temps automnal. Voici maintenant l'octobre d'or, ou octobre doré. En termes de durée et de météo, il a un peu le même esprit que son homologue "altweibersommer" de septembre: un "Goldener Oktober" dure généralement moins de trois jours, avec des températures maximales supérieures de 5°C à la normale du moment. La différence est que la lumière est encore un peu moins forte, réellement douce et agréable. Lorsqu'un tel épisode tombe un week-end, c'est une quasi bénédiction! Le ciel est souvent dégagé, même si les éventuelles brumes du matin peuvent prendre leur temps pour se dissiper. L'après-midi, le ciel est bleu, parcouru parfois de quelques cirrus ou très discrets cumulus, le tout sous un vent faible. Les températures oscillent en plaine autour de 23-26°C au début du mois, vers 18-21°C à la fin de celui-ci.

Le 18 octobre 2014 avait tout d'un épisode d'octobre doré. Charleroi-Sud à la fin de cette journée sous un ciel bleu (auteur: Info Meteo).

Denis et Luc

Plus particulièrement, lorsqu'un épisode d'octobre doré survient autour du 9 ou du 18, on parle aussi respectivement d'été de la Saint-Denis en France et de la Saint-Luc en Angleterre. Cependant, il n'existe pas réellement de définition à propos des températures qui doivent être atteintes dans le cadre de ces périodes de beau temps.

L'été de la Toussaint

"Il fait un temps de Toussaint". Cette expression est passée à la postérité en Belgique pour désigner un temps frais, couvert et brumeux, parfois accompagné d'un crachin épouvantable. Pourtant, ces dernières années, une triplette a fait mentir l'appellation. 2014, 2015 et dans une moindre mesure 2016 ont vu se produire une période de temps extraordinairement belle autour de la Toussaint. En 2014 et 2015, les températures au centre du pays ont même atteint 20 à 21°C, ce qui était alors inconnu dans les annales météorologiques. Le soleil avait brillé de mille feux de l'aube au crépuscule, donnant une véritable sensation d'été. En 2016, il faisait tout aussi beau, mais avec des températures un peu plus basses mais toujours bien douces pour la saison (autour de 15-16°C).

Pourtant, l'appellation "été de la Toussaint" existe bel et bien dans le langage... suédois! Mais à nouveau, il n'y a pas vraiment de définition précise de ce que doit être un "été de la Toussaint", même si on suppose que les températures doivent être au minimum de 14-15°C pour entrer dans le cadre, donc à peu près supérieures de cinq degrés au-dessus de la normale du moment.

En 2016, l'été de la Toussaint était bien à l'heure dans le calendrier, à l'instar des deux années précédentes. Les environs de Herbeumont sous une lumière fantastique le 1er novembre (auteur: Info Meteo).

Martin

Lorsque qu'une période de temps ensoleillé et doux se produit autour du 11 novembre, on entend parfois parler d'été de la Saint-Martin en France en Italie et en Belgique. Par contre, le nom est un peu trompeur, parce que "l'été" à ce moment présente des maximales autour de 12-14°C en plaine. Assez loin donc de nos températures estivales classiques observées de juin à août.

Et l'été indien?

Comme dit plus haut, cette appellation est à la base réservée à l'Amérique du Nord. Au Québec, on trouve par ailleurs une définition précise de l'été indien. Il faut ainsi que les maximales soient supérieures de 5°C à la normale du moment, et surtout que cette période de redoux soit précédée d'une autre période très froide et pendant laquelle il a (pratiquement) gelé. L'été indien se produit généralement entre le 1er ctobre et le 15 novembre.

Si on s'en tient stricto sensu à cette définition, l'été indien n'existe pratiquement pas chez nous. Toutefois, depuis le début de ce siècle, la Belgique aurait ainsi connu deux ou trois épisodes de ce type, la dernière fois remontant à l'été de la Toussaint de 2015. En effet, à la mi-octobre, le temps a été très froid pour la saison, approchant le point de gel et amenant d'ailleurs de la neige fondante jusqu'en Moyenne Belgique. La suite on la connait déjà, les températures sont alors remontées pour culminer le 1er novembre à 20-21°C au centre du pays.

Une situation météorologique commune à toutes ces appellations

Le beau temps en automne se produit lorsqu'un courant de sud ou de sud-ouest atteint la Belgique. Sur l'Atlantique, dont la température des eaux ne décroit que lentement, le refroidissement de l'air près du pôle entraîne le renforcement du Jet-stream et, en conséquence, les perturbations qui circulent en-dessous. Les premières pluies importantes atteignent ainsi l'Europe. Dans le même laps de temps, le continent européen se refroidit plus rapidement, attirant les anticyclones. C'est ce dipôle entre dépressions sur l'océan et anticyclone sur le centre de l'Europe qui génère le flux d'air doux et sec responsable de l'été des vieilles femmes. Néanmoins, l'anticyclone étant instable (d'une part bousculé par les dépressions atlantiques, d'autre part affaibli par le réchauffement de l'air dans ses environs), les perturbations finissent par le repousser et reprennent possession de l'Europe occidentale après quelques jours. La transition entre le beau temps et le mauvais temps est souvent assez classique, avec des pluies faibles à modérées. Plus rarement, elle peut être marquée par des orages (essentiellement en septembre et en octobre).

L'octobre doré du 16 octobre 2016, généré par un puissant anticyclone sur l'est de l'Europe et une dépression irlandaise.

Plus rarement, le beau temps en automne peut aussi survenir par situation de blocage High over Low comme on dit dans le jargon, lorsqu'un puissant anticyclone s'établit au nord de nos régions et que les dépressions restent bloquées sur la Méditerranée. Le flux est alors très sec, venant de l'est. Toutefois, ce type de configuration n'apporte de la chaleur que jusque la mi-octobre grosso modo. Après, l'anticyclone nordique ainsi établi a tendance à pomper l'air froid qui s'installe classiquement sur la Russie et la Scandinavie, tandis que les nuits dégagées de plus en plus longues favorisent un refroidissement nocturne de plus en plus important.

Pourquoi cette attention si forte au beau temps en automne?

Assez classiquement, l'automne est une saison peu agréable dans l'imagaire des gens. Toutefois, comme toutes les autres saisons, elle a ses hauts et ses bas. Les hauts, donc les épisodes de beau temps, sont donc particulièrement appréciés. La lumière douce, les couleurs et les températures agréables sont ainsi l'occasion des dernières activités extérieures avant l'arrivée de l'arrière saison.

Sources: Météo Belgique, Wikipedia, Wetterzentrale.

mercredi 11 septembre 2013

12 juillet 1888 - Le jour où il neigea en plein été

Il y a quelques mois, au coeur d'un printemps plutôt frais, de la neige tombait sur les Hautes-Fagnes la nuit du 23 au 24 mai, sous des températures tout juste inférieures à 0°C. Des averses hivernales donnaient ainsi lieu à une accumulation de 4 cm au matin du 24 au Signal de Botrange. Bien que cela frappe l'imaginaire, ce coup hivernal n'est qu'anormal en termes de statistiques (ce qui est déjà pas mal, me direz-vous). Il a parfois neigé plus tard que cela, en juin. Et une fois en 180 ans d'observations météo en Belgique, fait très exceptionnel, de la neige tenant au sol a été signalée en juillet. Cet article revient sur cette offensive hivernale complètement hors saison.

Il faut avant tout recadrer les choses dans leur contexte: cette année 1888 ne laissera pas un souvenir impérissable aux amateurs de beau temps, loin de là. C'est une année humide et froide, pourrie par excellence: un hiver qui n'en finit pas et s'éternise jusqu'en avril, un léger mieux en mai, un mois de juin commencé prometteur (27°C à Uccle le 3 juin) mais qui se poursuit en dents de scie, et qui est surtout très orageux.

lundi 9 septembre 2013

L'importance de l'inversion de température dans le développement des orages

Il fait très chaud. Et en plus, l'humidité de l'air est lourde, insupportable. Vous vous dites qu'il faudrait un petit orage pour rafraîchir l'atmosphère et pouvoir passer une nuit tranquille. Les heures passent : 17h, 18h, 19h, 20h ... Quelques nuages bas ou moyens se sont formés dans le ciel, mais rien de bien méchant. La température baisse à peine, et vous commencez à maudire le présentateur ou la présentatrice météo qui avait annoncé de l'orage. En réalité, les nuages que vous observez trahissent un phénomène à la fois assez connu et simple mais trop peu mentionné pour expliquer la situation que vous vivez : l'inversion de température ! Celle-ci est un des facteurs qui empêche le développement des orages et nous aimerions vous expliquer ici son importance, mais aussi montrer, à travers un cas réel, comment elle peut être vaincue.


mardi 3 septembre 2013

Sur tous les fronts

Cet article fait suite à celui publié il y a quelques jours au sujet des anticyclones et des dépressions, puisqu'il s'agit de deux séries de phénomènes fortement liés. Il explique les différents mécanismes menant à la formation de ces fronts.

Par front, il faut entendre une limite, plus ou moins nette, entre deux masses d'air de températures différentes. La température utilisée pour distinguer ces masses n'est pas la température que mesure nos thermomètres, mais une température fictive que l'on appelle température potentielle équivalente. On l'obtient en imaginant une condensation totale de toute l'humidité de l'air, qui dégage de la chaleur. Cette température est donc très élevée (autour de 60°C), mais rappelons-le, elle n'est que théorique (heureusement, d'ailleurs).

samedi 31 août 2013

Les violents orages du 14 juillet 2010 - retour sur un épisode destructeur

Voici quelques temps, je prenais connaissance d'une publication de Kéraunos, institut français spécialisé dans l'étude des orages et des tornades. Ce document proposait une classification standardisée et internationale de la puissance des orages en cinq niveaux (un prochain article pourrait, pourquoi pas, présenter en détail cette classification). M'attardant sur l'échelon 4/5 qui décrit un orage qualifié de violent, je me faisais la réflexion de savoir quel était le dernier grand épisode que l'on puisse qualifier comme tel pour la Belgique. Fouillant un peu dans mes archives, j'ai remis au jour un dossier créé à l'époque par mes soins sur Hydrométéo, relatant les événements du 14 juillet 2010. L'occasion se présente ainsi pour lui apporter de nouveaux éléments et vous le représenter ici.


dimanche 25 août 2013

Orages des 26 et 27 juillet 2013

Cet article passe en revue l'épisode orageux qu'a connu une grande partie de la Belgique et du nord de la France à la fin juillet au travers de nombreuses cartes et photos de l'évènement.

Analyse de la situation atmosphérique

L'image ci-dessous, représentant la situation atmosphérique en surface le 27 juillet à 2h00, permet de faire une bonne synthèse des éléments qui ont mené à cette dégradation orageuse.
- Une série de dépressions se promène sur le proche Atlantique
- Un anticyclone s'étire sur l'Europe Centrale
- Entre les deux voyage un air chaud venant du sud, qui vient se heurter à de l'air froid présent sur la Grande Bretagne et le nord-ouest de la France. La limite entre les deux est bien marquée par un front chaud qui tangente la côte belge et les côtes du Nord-Pas-de-Calais
- La ligne noire en travers de la Belgique est une ligne de creux préfrontale. C'est une zone privilégiée de convergence et d'ascendance des masses d'air, et donc de formation des orages. De plus, elle évolue dans des pressions plutôt dépressionnaires, renforçant le caractère orageux et instable de la masse d'air.
- Enfin, nous ajouterons, bien que cela ne soit pas visible sur cette carte, la présence d'un courant Jet assez important au-dessus de l'Europe Occidentale.

Dépressions et anticyclones, les maîtres du temps

Cet article reprend et explique différents termes - trop rarement expliqués - qu'il est possible d'entendre dans les bulletins météo télévisés ainsi que leurs implications. Il sera dès lors plus facile de comprendre ce que signifie toutes les appellations sur lesquelles s'interrogent les lecteurs.


samedi 24 août 2013

Banquise arctique et antarctique, réponse à Luc Trullemans

Face à la recrudescence de commentaires trompeurs sur l'état de la banquise Arctique et Antarctique au quatre coins d'Internet, et ceci même par des scientifiques reconnus, nous publions ici une réponse à ces affirmations erronées.


jeudi 22 août 2013

Comprendre la notion d'extrêmes

Avec le réchauffement climatique vient tout naturellement la notion d'extrême. Comment les écarts à la moyenne climatologique sont-ils évalués ? Comment le réchauffement climatique affecte-t-il les extrêmes ? Existe-t-il déjà une tendance en ce qui concerne la survenue des événements extrêmes ? Autant de question auxquelles cet article tentera de répondre.


mardi 20 août 2013

20 août 2009 : un jour qui aurait pu devenir historique

Lorsque le sensationnalisme des médias a encore frappé le 1er août 2013 en annonçant "la journée la plus chaude du siècle" pour le jour suivant, il est évident que nous avons été sur la brèche pour contre-informer et rappeler que les températures de 2003 avaient dépassé les 38° et étaient donc plus élevées que celles qui allaient être enregistrées ce 2 août 2013. Nous n'étions pourtant que 10 ans en arrière, mais le plus incroyable, c'est que les médias avaient complètement oublié cette journée du 20 août 2009, seulement 4 ans en arrière, alors qu'elle apparaît comme LE moment où le record de chaleur absolu aurait pu être battu en Belgique. Rétro-actes ...


vendredi 16 août 2013

Le Heat Burst ou Rafale de Chaleur

Mise en contexte avec un exemple fiction
Imaginez-vous, en fin de soirée. Après une chaude et lourde journée d'été, vous avez décidé de sortir vous promener durant une bonne heure, afin de profiter d'une atmosphère redevenue un peu plus supportable. Bon observateur que vous êtes, vous avez pris soin de regarder la température affichée par le thermomètre accroché au mur de votre maison: 23°C. Bien agréable pour une bonne balade! Vous voici donc parti, déambulant dans votre village. Vous marchez le long de la route en profitant du calme. Néanmoins, vous remarquez quelques éclairs espacés à plusieurs kilomètres de vous. Pas étonnant, vu le temps légèrement lourd qui subsiste. Vous levez les yeux au ciel: manifestement, il s'est couvert. Une ou deux gouttes commencent à tomber. Vous décidez dès lors de rebrousser chemin. Même petit, un orage est potentiellement dangereux, vous le savez bien. Alors que vous vous pressez sur le chemin de votre maison, vous remarquez que des rafales de plus en plus insistantes secouent les arbres. Votre interrogation se change en stupeur lorsque vous vous rendez compte qu'en deux ou trois minutes, ces rafales deviennent violentes, puis carrément tempétueuses. Vous voyez une branche maîtresse d'un arbre tomber un peu plus loin devant vous. Vous hâtez le pas, surpris par cette tempête soudaine que la météo n'avait pas annoncé. Vous avez chaud, de plus en plus chaud. Le vent ne parvient pas à vous rafraîchir. L'air est devenu atrocement étouffant. Arrivé chez vous, vous regardez votre thermomètre. Votre stupéfaction ne fait que s'agrandir lorsque vous constatez que celui-ci affiche 38°C. Vous faites un rapide calcul: la température de l'air s'est élevée de 15°C en moins de dix minutes. Dans le même temps, vous consultez votre hygromètre (appareil mesurant l'humidité relative de l'air): l'aiguille s'est complètement effondrée vers des valeurs indiquant une sécheresse importante de l'air. Durant une demi-heure, vous regardez par la fenêtre cette tempête d'air chaud souffler sur votre quartier, toujours sans rien comprendre. Vous n'arrivez pas à vous faire une idée de la cause de ce déchaînement de violence. Alors que vous êtes en pleine réflexion, vous constatez que le vent faiblit rapidement. Vous décidez de sortir pour constater d'éventuels dégâts. La fraîcheur de l'air vous interpelle. Une troisième fois, vous consultez votre thermomètre: 22°C. La hausse spectaculaire des températures a été suivie par un retour tout aussi brutal à la normale.


mercredi 14 août 2013

Tornade Versus Downburst... Halte à la mini-tornade!

Très régulièrement, la presse belge mais aussi étrangère fait l'écho d'une "mini-tornade" ayant frappé, balayé ou provoqué des dégâts à un endroit où à un autre du pays. Non-contente de ré-interpréter à sa manière les prévisions et constatations météorologiques émanant d'organismes officiels ou non, elle s'attaque à la nomenclature même des scientifiques de l'atmosphère. Bien-sûr, le but premier de cet article n'est pas d'assommer nos lecteurs avec des termes aux noms à dormir dehors, mais il faut un minimum de rigidité. Cette publication tente donc de réparer ce qui peut être considéré comme la plus grande injure de tous les temps ayant été portée au vocabulaire de la météorologie.


mardi 13 août 2013

le MCS et ses variantes


MCS ou Mésoscale Convective System

En français donc, système convectif de méso-échelle. Il désigne un ensemble d'orages multicellulaires organisés entre eux et interdépendants, regroupés au sein d'une masse de 100 à 1000 km de long, de forme parfois ovoïde, parfois parfaitement circulaire ou très étirée, pratiquement sous forme de ligne. Ce terme général désigne en fait plusieurs modes d'organisation. Pour simplifier les choses - bien que ce ne soit pas scientifiquement exact - nous pouvons considérer le MCS comme un seul et même superorage de très grandes dimensions.

lundi 12 août 2013

La fonte de la banquise arctique productrice d'extrêmes climatiques

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Introduction

Chaque année, durant les mois allant d’Octobre à Février, l’Océan Arctique gèle et la superficie de la banquise Arctique augmente. Et chaque année, durant les mois allant d’Avril à Août, l’Océan Arctique dégèle et la superficie de la banquise Arctique diminue. Ainsi, au mois de Mars, la banquise atteint une superficie maximale de 15.5 millions de kilomètres carrés en moyenne. Et au mois de Septembre, elle atteint une superficie minimale de 6.5 millions kilomètres carrés.


samedi 10 août 2013

Analyse des bulletins météo TV en Belgique, en Europe, et dans le monde


L’une des sources d’information météo grand public reste indéniablement les bulletins météo télévisés que l’on trouve avant et/ou après les JT de 13h et de 20h. On les retrouve aussi plus ou moins à intervalles réguliers (toutes les heures) sur certaines chaînes d’information en continu. Dans notre page FB, j’ai procédé à un petit « sondage » pour essayer de dégager une tendance qui reste évidemment très limitée. S’en dégagent quelques constatations : beaucoup de personnes regardent encore les bulletins de RTL et RTBF étant donné qu'ils informent sur notre pays. Quelques personnes regardent TF1, d'autres ne regardent aucun bulletin ou s'expatrient en Allemagne ou en Angleterre. 

vendredi 5 juillet 2013

Le courant Jet, moteur du temps dans les zones tempérées

En météorologie, il est difficile d'expliquer le temps et les phénomènes extrêmes sans passer par le courant Jet, cette rivière atmosphérique circulant aux latitudes tempérées et séparant l'air froid du Pôle et l'air chaud des Tropiques.