dimanche 29 octobre 2017

Ophelia, sa transition extratropicale aux portes de l'Europe et le précédent Grace : l'invasion des Tropiques

 

Introduction


Il y a deux semaines, l'ouragan Ophelia a beaucoup fait parler de lui. Avoir un ouragan aux portes de l'Europe est en effet peu commun, et a pu surprendre. Cependant, Info Météo peut se vanter d'avoir un temps d'avance, car nous parlons depuis quelque temps déjà du changement climatique et de l'intrusion répétée de la zone tropicale en Europe. Nous avions particulièrement développé le sujet en 2016, quand Stéphanie avait frappé le pays basque.

Rappelons brièvement que les cyclones tropicaux portent des noms multiples en fonction de leur lieu de formation et de leurs vents. Dans l'Atlantique, une dépression tropicale avec des vents jusqu'à 33 nœuds (63 km/h) est une dépression tropicale. Si les vents sont supérieurs, on parle d'une tempête tropicale. Pour des vents d'au moins 64 nœuds (119 km/h), on parle d'ouragan selon l'échelle de Saffir-Simpson. Dans le Pacifique Nord-Ouest on parle de typhons avec des seuils de vent identiques. Ailleurs (dans l'Océan Indien et l'Océan Pacifique Sud) on parle de cyclone peu importe les vents. Malgré la multiplicité des noms, il s'agit toujours du même phénomène.

Pour l’Atlantique Nord et le Pacifique Nord-Est (les régions où on parle d'ouragans), les USA sont mandatés pour assurer le suivi des cyclones tropicaux. Plus spécifiquement, chaque pays concerné a bien sûr les moyens de suivre les cyclones tropicaux (et en particulier la France). Cependant c'est le NHC de Miami qui est responsable, officiellement, du suivi des cyclones dans l'Atlantique, et en particulier de donner toutes les six heures la position et l'intensité des phénomènes existants.

Nous développerons notre propos en plusieurs parties. Nous définirons de manière simple ce qu'est un ouragan. Puis nous ferons un peu de climatologie, en revenant sur un autre précédent qui avait marqué à l'époque, à savoir l'approche européenne de la tempête tropicale Grace en octobre 2009. Nous narrerons ensuite la vie et les œuvres d'Ophelia. Puis nous discuterons des implications d'un tel phénomène avant de conclure.

Qu'est un cyclone tropical ?


Il est possible de relire notre introduction au sujet dans l'article concernant Stéphanie. Cependant, pour éviter de se référer sans cesse à soi-même, nous allons reprendre le sujet en donnant de nouvelles ressources pour mieux le comprendre.

Nous rappellerons que les cyclones tropicaux sont une famille de dépressions ayant pour caractéristique commune un cœur chaud profond et aligné verticalement. Cela signifie que la température au centre du système est supérieure à la température environnante, parfois de plusieurs dizaines de degrés. De plus, ce sont des cœurs chauds "profonds". Pour la minute vocabulaire, on dira aussi qu'il carbure à l'énergie barotrope. Cela signifie que l'anomalie de température positive est présente jusqu'à la tropopause, le sommet de la troposphère, vers 15 à 20 kilomètres d'altitude pour un ouragan. On pourra prendre ce diaporama qui reprend un cours de Météo France concernant en partie le chapitre des cyclones tropicaux dans la bible de la météo tropicale chez la même institution : Météorologie tropicale : des alizées au cyclone, de F. Beucher (voir chapitre 8.8 pour les cyclones tropicaux). Il existe en particulier ce schéma archi-classique de l'ouragan Inez en 1966 avec l'anomalie de température dans l'ouragan par rapport à l'environnement. Le cœur chaud est très marqué :
Anomalie des températures dans l'ouragan Inez, 1966 ; reproduit à partir du livre : Météo tropicale : des alizées au cyclone, de F. Breucher. L'image est originellement issue de l'étude de Hawkins et Imbembo, 1976, et a été réutilisé à de nombreuses reprises. Voir aussi cette étude : http://journals.ametsoc.org/doi/pdf/10.1175/JAS3596.1

Les cyclones subtropicaux, quant à eux, ont un cœur chaud peu profond, qui s'étend en général jusqu'en milieu de troposphère (vers 5 kilomètres d'altitude). Ce fut potentiellement le cas de Stéphanie en 2016 par exemple, ou bien des fameux "medicanes" - dont le nom ne veut rien dire mais admettons - en Méditerranée. Ils sont à mi-chemin entre le cyclone tropical pur et le cyclone extratropical.

Enfin, en matière de cœur froid, on parle aussi d'énergie barocline. Notons cependant que les dépressions les plus violentes peuvent développer en surface un début de cœur chaud. On parle alors de séclusion chaude. Ces hybrides restent cependant distincts des cyclones subtropicaux car des fronts sont encore attachés au centre du système dépressionnaire.

Cependant, mesurer la température au centre de ces tempêtes n'est pas toujours possible. Un autre critère est alors également révélateur de la nature du système. Dans un cyclone avec un cœur chaud profond, le maximum des vents est proche de la surface. De plus, la circulation des vents est axisymétrique (en gros, le vent tourne en rond autour du centre de surface). Au contraire, dans un cœur froid profond, le maximum de vent est proche de la tropopause (vers 10 kilomètres habituellement pour les dépressions hivernales que nous connaissons bien, la tropopause étant plus basse aux latitudes moyennes qu'aux tropiques). De plus, le champ de vent en surface est beaucoup plus étendu et présente des discontinuités liées aux fronts. Il y a ainsi des cassures du vent, c'est-à-dire un changement brusque de la direction de ce vent. En Hiver, c'est souvent très notable au passage du front froid, le vent de Sud-Ouest basculant brutalement au Nord-Ouest par exemple. Le champ de vent et l'altitude du maximum de vent sont ainsi des critères très efficaces pour déterminer la nature du système.

On pourra également se référer au site CycloneXtrème qui est une bonne référence pour aborder simplement la question des ouragans sans passer par des développements longs et compliqués.

Concrètement, les ouragans sont d'immenses systèmes orageux. Chaque cyclone tropical est en fait composé de dizaines de cumulonimbus ou nuages d'orage. Ces dépressions ne peuvent survivre qu'au-dessus des océans dont la température est suffisamment élevée. Au dessus des terres ou des mers froides des latitudes moyennes, les cyclones tropicaux se désagrègent très vite.

Nous pouvons illustrer le caractère de cœur chaud d'un ouragan avec les cartes du Dimanche 15 octobre à 00 UTC (02 heures locales) quand Ophelia est proche de son maximum d'intensité et est à l'Est immédiat des Acores :

Température à 850 hPa, soit vers 1500 mètres, d'après l'analyse du modèle étatsunien GFS. Image du site wetter3 : http://www1.wetter3.de/animation.html
Température à 500 hPa, soit vers 5 500 mètres ; et altitude du géopotentiel en décamètres (ajouter un zéro pour avoir l'altitude en mètres, donc) d'après l'analyse du modèle étatsunien GFS. Image du site wetter3 : http://www1.wetter3.de/animation.html
Température à 300 hPa, soit vers 9 500 mètres ; et altitude du géopotentiel en décamètres (ajouter un zéro pour avoir l'altitude en mètres, donc) d'après l'analyse du modèle étatsunien GFS. Image du site wetter3 : http://www1.wetter3.de/animation.html
Température à 200 hPa, soit vers 12 000 mètres ; et altitude du géopotentiel en décamètres (ajouter un zéro pour avoir l'altitude en mètres, donc) d'après l'analyse du modèle étatsunien GFS. Image du site wetter3 : http://www1.wetter3.de/animation.html

L'anomalie de température positive d'Ophelia est visible de 850 hPa (vers 1500 mètres d'altitude) à 200 hPa (vers 12 000 mètres). À 850 hPa, la bulle est peu marquée mais elle est présente avec un maximum à 16°C alors que les alentours sont à 14 - 15°C. À 300 hPa l'anomalie est très forte puisque le centre atteint -29°C alors que les environs connaissent des températures autour de -36°C. C'est caractéristique des cyclones tropicaux d'avoir un cœur chaud. Pour l'information, l'altitude du niveau de pression est donnée par les isolignes noires en dizaines de mètres (sur la carte 200 hPa, l'étiquette 1224 signifie ainsi 12 240 mètres). On note de plus que cette anomalie est alignée verticalement.

Il existe cependant un continuum. Au jeu des sept familles, nous avons aussi les cyclones subtropicaux, avec un cœur chaud peu profond comme on l'a vu. Il semble que Stéphanie était de ceux là par exemple. De même, nous avons des cyclones extratropicaux, avec un cœur froid et une forte asymétrie. Cependant, avec le temps, certains acquièrent un cœur chaud de basses couches et forme une séclusion chaude. L'article de référence à ce sujet est celui de Shapiro et Keysser en 1990. Les séclusions chaudes sont des cyclones avec un cœur chaud, mais asymétrique ("a - symétrique", c'est-à-dire non symétrique) car des fronts restent attachés au système. Pour une première approche, on pourra toujours suivre Wikipedia faute de mieux.

Depuis 1851


Climatologie

Le résumé climatologique des ouragans est abordé par le NHC. La trajectoire moyenne des ouragans en particulier est résumée ainsi :

Trajectoire moyenne des cyclones tropicaux en Juin. Source : http://www.nhc.noaa.gov/climo/

Trajectoire moyenne des cyclones tropicaux en Juillet. Source : http://www.nhc.noaa.gov/climo/


Trajectoire moyenne des cyclones tropicaux en Août Source : http://www.nhc.noaa.gov/climo/


Trajectoire moyenne des cyclones tropicaux en Septembre. Source : http://www.nhc.noaa.gov/climo/


Trajectoire moyenne des cyclones tropicaux en Octobre. Source : http://www.nhc.noaa.gov/climo/


Trajectoire moyenne des cyclones tropicaux en Novembre. Source : http://www.nhc.noaa.gov/climo/

On remarque que la majorité des ouragans se forme dans la partie Sud et Ouest du bassin Atlantique. De multiples raisons expliquent ce fait, mais la principale reste quand même la température de l'Océan au SST en anglais pour Sea Surface Temperature.
Température moyenne à la surface de l'Océan (SST pour Sea Surface Temperature en anglais) de Août à Octobre, au cours de lé période 1961 à 2010, d'après la réanalyse ERSST v4 (Extended Reconstructed Sea Surface Temperature version 4). Graphique crée via le NCEP/NCAR : https://www.esrl.noaa.gov/psd/cgi-bin/data/composites/printpage.pl

Nous pouvons en effet de suite remarquer que la trajectoire des cyclones tropicaux suit approximativement celle des températures de surface de l'Océan, et ce n'est pas un hasard.

Levons cependant de suite un lièvre. Il est souvent question d'un seuil de température (généralement 26.5°C) nécessaire à la formation d'un cyclone tropical. Certes, un océan suffisamment chaud est nécessaire mais il n'y a pas de seuil en "dur". L'intensité et la possibilité d'existence d'un ouragan dépendent de la différence de température entre la surface et la tropopause. Ainsi, dans le cas d'une tropopause basse et froide, un ouragan pourra se former avec un océan à 22 - 23°C seulement. Ce fut le cas de manière notable pour l'ouragan Epsilon en 2005 ou l'ouragan Alex en 2016. Cela n'implique cependant pas que ce soit des "bâtards" d'ouragans ou des cyclones subtropicaux. Ce sont bien des ouragans tout ce qu'il y a de plus tropical, fonctionnant purement à l'énergie barotrope. Environ 2% des ouragans se forment sur un Océan plus frais que 25.5°C.

On pourra se référer aussi aux études très pertinentes de Kerry Emanuel sur la modélisation des cyclones tropicaux en tant que machine de Carnot (cela peut faire peur à première vue, mais c'est très instructif). On pourra se référer en particulier à la figure 3 de ce papier. Le diagramme n'est pas à prendre au pied de la lettre (c'est le résultat d'une modélisation très simplifiée et qui ne peut être appliquée telle quelle à la réalité). Il montre cependant que même avec un Océan à 22°C, si la tropopause est très froide, un ouragan est possible.

Il est pourtant tout aussi certain que, malgré l'absence de seuil en "dur", les températures de l'océan sont un facteur majeur qui limite le développement des ouragans. Près des États-Unis, un courant d'eau chaude se met en place pour ensuite traverser l'Atlantique. C'est le fameux Gulf-Stream, qui se poursuit avec la Dérive Nord-Atlantique (DNA pour les intimes). Cependant, près du Portugal, ce courant vire le long des côtes, et se poursuit en étant devenu froid (le flux d'eau est alors du Nord). Il devient alors le courant des Canaries, responsable des fameux brouillards locaux. Pour l'instant culture, les brouillards des Canaries ont provoqué la pire catastrophe aérienne de l'histoire :


Cette configuration est une constante le long de toutes les marges Ouest des continents, avec toujours les mêmes brouillards. Ainsi, des courants froids se retrouve en Namibie (courant de Benguela), le long du Pérou (courant de Humbolt), le long de la Californie (courant de Californie), le long de l'Ouest australien (courant équatorial Sud). Nous en avions déjà touché un mot. Wikipedia en français parle de ces remontées d'eaux froides , ou upwelling en anglais. Wikipedia a de même quelques mots sur les "Boundary currents". Cette répartition des températures de l'Océan est un facteur important expliquant l'absence d'ouragan dans l'Atlantique Nord-Est.

Précédents

Il existe plusieurs phénomènes cycloniques qui pourraient prétendre à être un précédent à Ophelia. Nous allons faire une différence entre deux types de systèmes : ceux pour qui, au vu des données, nous ne sommes nullement convaincus et nous allons tenter de démontrer pourquoi dans les paragraphes qui suivent; et ceux pour lesquels les données sont plus convaincantes.

Avant de rentrer dans notre propos, précisons que l'enregistrement continu des ouragans dans l'Atlantique Nord remonte à 1851. Cependant, il faut de suite bien remettre les choses en contexte. La base de données s’appelle HURDAT (pour HURricane DATa) ou Best Track (abrégé parfois en BT) -Best au sens de meilleure estimation possible, non pas dans un sens d'autoglorification en quelque sorte-. La base est accessible ici :

http://www.aoml.noaa.gov/hrd/hurdat/hurdat2-1851-2016-apr2017.txt

ou ici :

http://www.nhc.noaa.gov/data/hurdat/hurdat2-1851-2016-041117.txt

L'ensemble des cyclones connus depuis 1851 sont référencés dans ce PDF.

Cependant, une partie de l'HURDAT est encore constituée de données opérationnelles. En français, cela veut dire qu'il faut savoir ce qu'on fait avant de commencer à chercher un précédent à Ophelia. On va donc déblayer le terrain pour mettre les mains dans l'HURDAT sans s'emballer à froid.

Entre 1851 et 1955, la base de données a été réanalysée. Cela implique qu'une méthode rigoureuse et identique a été utilisée pour chaque cyclone tropical. Ces travaux sont en cours depuis 15 ans (oui, oui, 15 ans. C'est du boulot en effet) sous la direction d'un type nommé Chris Landsea (il porte bien son nom pour le coup). Les efforts se poursuivent encore à l'heure actuelle. Pour donner une idée du travail de fourmi que cela représente, tout les cyclones réanalysés sont présentés ici :


et le détail par décennie est ici pour les années 1851 - 1953 (bas de page) :


et ici pour les années suivantes :


Rien que pour la lecture cela peut prendre du temps, alors pour la rédaction... Si certains se sentent l'âme d'un météorologiste tropical, ils peuvent d'ailleurs proposer leur propre modification à l'HURDAT.

Bref, cette réanalyse se base sur la collecte et l'analyse de l'ensemble des données disponibles. Les données brutes sont également accessibles. L'objectif est de créer une base aussi complète et homogène que possible. Cependant, passé les années 60, l'HURDAT est encore constitué des données opérationnelles, ce qui crée une discontinuité. En effet, ce sont alors les relevées en temps réel du NHC qui sont repris, et de multiples facteurs peuvent impacter la qualité de la série. Par exemple, le NHC est souvent très réticent à arrêter le suivi d'un cyclone pour des raisons de continuité. Il arrive ainsi qu'un cyclone définitivement devenu extratropical soit encore considéré comme tropical, par défaut en quelque sorte, faute de mieux. Le cas concret, le cas d'école pourrait-t-on dire, reste l'ouragan Sandy en 2012, pour lequel la transition extratropicale avait créé un beau bazar dans le suivi des alertes météorologiques. Pour éviter une rupture de continuité dans les avis météorologiques, le NHC est souvent extrêmement prudent pour arrêter le suivi d'un cyclone tropical.

Il existe cependant d'autres raisons qui font que le suivi n'est pas toujours régulier. Par exemple, une connaissance a posteriori est souvent utile pour juger de l'intensité et du caractère tropical ou non d'un système (cas concret, si un amas orageux a une apparence de cyclone tropical sans preuve définitive ; et que six heure plus tard vient une preuve quelconque ; alors au premier pointage le cyclone était déjà très probablement un cyclone tropical. C'est un cas extrêmement fréquent). L'HURDAT après 1960 est donc à aborder avec les plus grandes réserves tant que la réanalyse n'a pas été publiée.

Notons de plus que malgré l'effort de réanalyse, en 1851 il n'existait pas les mêmes données qu'aujourd'hui. Cela limite bien sûr la portée de l'HURDAT. On estime que même dans les années 50, avant l'avènement des satellites, un cyclone tropical par an en moyenne a pu rester totalement ignoré, faute d'avoir concerné les terres ou été rapporté par les observations en mer (par bateaux notamment).

Nous sommes bien conscients de ces limitations. Cependant, dans le cas d'Ophelia, on cherche un précédent dans les parages des Acores, du Portugal et de l'Espagne. Ce sont des régions très fréquentées par les navires, et il est hautement improbable qu'un cyclone tropical significatif ait pu passer en ninja entre les nombreux bateaux, même en 1851. Les "trous" se produisent en plein océan, dans l'Atlantique subtropical en particulier, et souvent pour des cyclones tropicaux "limite, limite", qui n'ont duré que quelques jours au plus. Rater un ouragan majeur à proximité immédiate des Acores puis du Portugal et de l'Espagne, même en 1851, cela semble donc peu crédible...

Ici, on va aborder le cas de quelques possibles précédents hautement discutables, et faire un travail de réanalyse en quelque sorte à notre tour. Il s'agit de l'ouragan de 1842, de l'ouragan Debbie de 1961, de l'ouragan Faith de 1966.

Des précédents improbables

Ouragan de 1842

Il est en dehors de la période couverte par le Best Track. Il a donc fait l'objet d'une publication particulière. Cependant les auteurs ne se donnent pas la peine de justifier qu'il s'agit d'un ouragan, et vu les données cela ne risque pas d'être possible. Déjà l'article est un beau bazar et on se demande comment il a pu passer la publication. Cependant, admettons. Il y a trois contre-arguments : le champ de vent, la relation vent pression, et les températures.

Évacuons de suite ce dernier argument. Les mesures de températures sont totalement incompatibles avec un ouragan. Habituellement, la température à la surface dans le cœur d'un ouragan est de 23°C ou 24°C au minimum. Un peu moins est sans doute possible mais les températures relevées sont très largement inférieures. Pour les relevés du HMS Warspite en particulier (les mesures étant vraisemblablement en degrés Fahrenheit et non degrés Celsius malgré l'intitulé de la colonne... l'article est déjà très crédible) ; malgré la proximité avec le centre du système démontrée par une pression de 985 hPa (29.1 in Hg), la température varie entre 19.4°C et 22°C. C'est très, très bas pour un ouragan -ou dit autrement ce n'est pas crédible-.

La relation vent-pression est anormale également. Un ouragan a généralement des vents très élevés pour une pression donnée. Ainsi un ouragan avec des vents de 12 Beaufort donc (120 kilomètres par heure) a une pression comprise entre 980 et 990 hPa en moyenne. Un cyclone extratropical produisant les mêmes vents a des pressions beaucoup plus basses, souvent inférieur à 950 hPa. On note dans les relevés que la relation vent - pression est incompatible avec celle d'un ouragan. Pour le HMS Warspite en particulier, nous avons une estimation de vent à 9 Beaufort avec une pression de 985 hPa.

Enfin le champ de vent n'est pas non plus compatible. Si les changements de directions indiquent un cyclonisme marqué, il n'y a pas d'éléments justifiant l'existence d'une rotation cyclonique compacte et continue typique d'un ouragan.

Ouragan Debbie de 1961

La réponse sera plus expéditive. La réanalyse de l'ouragan a été menée mais n'est pas encore publiée officiellement. En tout cas, Debbie était devenu extratropicale bien avant l'Irlande, plus précisément vers les Acores. Il faut de plus savoir que pour des raisons obscures, l'HURDAT n'est pas le reflet du suivi opérationnel. En effet, Debbie avait été déclaré extratropicale le 15 dans la journée, dans les parages des Acores, comme le  montre les cartes d'archives :

Trajectoire de l'ouragan Debbie, 1961 ; telle qu'établie par le NHC à l'époque. Source : http://www.nhc.noaa.gov/archive/storm_wallets/atlantic/atl1961/debbie/opltrack/ (voir en particulier le fichier track1a et track1b).
Pourtant le Best Track garde Debbie tropicale jusqu'en Irlande. Il est ainsi des mystères même en météo... En tout cas il est certain que Debbie n'a définitivement pas été plus loin que les Acores en tant qu'ouragan tropical.

Ouragan Faith 1966

Là aussi la réponse sera expéditive. Sa vitesse de déplacement à 40 - 45 nœuds dans le flux d'Ouest de l'Atlantique Nord est définitivement incompatible avec son statut d'ouragan. L'ouragan Faith était probablement devenu extratropical au plus tard une fois passé Terre-Neuve.

Des précédents possibles

Abordons maintenant les précédents qui sont plus crédibles. Il s'agit d'une part de deux cyclones "anciens" repris en marge Sud du flux d'Ouest moyen et qui ont pu garder des caractéristiques subtropicales ou tropicales jusqu'à proximité de l'Europe. Il s'agit de l'ouragan Chloe en 1967 et de l'ouragan 3 de 1892.

Ouragan 3 de 1892

Le premier cas remonte donc à 1892. Un ancien ouragan repris dans le flux d'Ouest et se mourant lentement jusqu'à arriver à proximité de la Galice. Au dernier point, le cyclone était pratiquement dissipé puisqu'il ne soutenait plus que des vents à 65 kilomètres par heure :


Trajectoire de l'ouragan numéro 3 de 1895. Données de l'HURDAT. Source de l'image : https://en.wikipedia.org/wiki/1892_Atlantic_hurricane_season#Hurricane_Three

Ouragan Chloe de 1967

L'autre cas est l'ouragan Chloe qui a suivi approximativement la même trajectoire. Il est devenu extratropical bien plus tôt qu'officiellement indiqué par le Best Track, mais la réanalyse est encore en cours. Sans anticiper sur les résultats de ces travaux, il est en tout cas certain que Chloe avait cessé d'être a minima purement barotrope, donc 100 % tropical, quelque part entre Terre-Neuve et Acores.

Trajectoire de l'ouragan Chloe de 1967. Données de l'HURDAT. Source de l'image : https://en.wikipedia.org/wiki/1967_Atlantic_hurricane_season#Hurricane_Chloe

Ce sont les précédents "historiques". Plus récemment, avec le changement climatique, la remontée des cyclones tropicaux vers l'Europe est cependant devenue un peu plus fréquente.

En 2005, c'est à l'état de dépression tropicale (que l'ex-ouragan Vince) atteint le sud de l'Espagne. Bien qu'en termes d'intensité, la tempête soit très faible - on pourrait presque parler d'une simple perturbation - elle était encore pleinement tropicale à son arrivée sur les côtes, ce qui constitue de toute évidence une première. En 2009, c'est Grace qui est entrée dans les eaux européennes - nous allons y revenir - et en 2012, l'ouragan Gordon a tenté quelque chose de similaire. Enfin, dernier exploit en date, le possible cyclone subtropical Stéphanie en 2016 dans le golfe de Gascogne.

Un précédent avéré particulier: la tempête tropicale Grace en 2009


Si nous faisons un arrêt particulier sur ce système, c'est pour deux raisons principales:
  • Grace a perdu ses caractéristiques tropicales à quelques centaines de kilomètres à peine de la Bretagne et de l'Irlande;
  • A l'état de dépression devenue extratropicale, elle a engendré un épisode orageux tardif spectaculaire le 7 octobre 2009, responsable d'inondations et de dégâts dus au vent dans notre pays.
Le mois d'octobre 2009 fut normal en Belgique, que ce soit en termes de température, d'ensoleillement et de précipitations. Pourtant, la première décade fut à tout de point de vue exceptionnelle. Et c'est au milieu de l'Atlantique nord, bien loin de la Belgique, que tout commença le 27 septembre.

Ce jour-là, une dépression tout ce qu'il y a de plus classique, s'est formée au-dessus de l'océan. Le lendemain, en dérivant vers l'est, elle s'entoure d'un front occlus, phase classique du cycle de vie d'une dépression de nos latitudes. Pourtant, le 1er octobre, une convection orageuse de plus en plus forte est observée au niveau de la dépression, alors que celle-ci traverse une première fois l'archipel des Açores. Le lendemain, le centre dépressionnaire commence à se détacher progressivement du front occlus, tandis qu'un champ de vent restreint autour du centre s'isole du rayon d'action du reste de la dépression. Ce sont les premiers comportements qui indiquent une déviation par rapport au cycle de vie habituel des dépressions de nos latitudes.

Au soir du 3 octobre, alors que la dépression s'approche à nouveau des Açores après avoir effectué une boucle, le centre dépressionnaire devient de plus en plus distinct tandis qu'autour de lui, les fronts l'accompagnant depuis le 27 septembre disparaissent progressivement. La dépression évolue donc sans soutien de l'instabilité barocline (instabilité liée aux fronts, moteur des dépressions classiques). De plus, on note rapidement le renforcement de la convection près du centre. Le lendemain matin, le National Hurricane Center américain l'identifie pour la première fois comme la tempête tropicale Grace, juste à l'ouest des Açores. Elle est ainsi l'une des tempêtes tropicales formées le plus au nord depuis que l'on observe les cyclones par satellite.

Le système tropical traverse ensuite l'archipel et prend la route de l'Europe, tout en développant un semblant d’œil au sein de la masse de nuages convectifs. La nuit suivante, Grace atteint le maximum de sa puissance avec des vents moyens de 100-105 km/h, et maintient ce niveau une bonne partie de la journée du 5. C'est à ce moment-là que se révèle sur les images satellites européennes cette tempête tropicale dont l'apparence si propre aux cyclones tropicaux et sa proximité des côtes du Vieux Continent feront sensation dans le monde de la météo.

 Grace la nuit du 4 au 5 octobre, s'isolant nettement au milieu d'autres systèmes orageux (boules blanches).

 Grace dans la matinée du 5 octobre.

Ce qui est remarquable, c'est que Grace a réussi à se former et à se renforcer au-dessus d'eaux dont la température n'atteint qu'une vingtaine de degrés, bien loin des 26°C généralement admis pour soutenir la formation des systèmes tropicaux. Ce manque a sans doute été compensé par la présence d'air très froid en altitude, permettant à la convection de se maintenir. Les autres orages évoluant dans les parages de Grace vont en faveur de cette hypothèse. Ceci a par ailleurs entraîné une vive polémique de la part de Meteo France qui, s'appuyant notamment sur cet argument, critiqua le NHC américain en affirmant que Grace n'était pas un système tropical, mais plutôt un système subtropical qui, par définition, a à la fois des caractéristiques tropicales et des caractéristiques des dépressions classiques de nos latitudes. Tropicale ou subtropicale, Grace n'en est pas moins un phénomène remarquable!

Pour autant, Grace rencontre des eaux de plus en plus froides en progressant vers le nord-est. La nuit du 5 au 6, la tempête voit ainsi ses vents faiblir, tandis que la convection et les orages associés diminuent progressivement, en ne laissant pratiquement plus qu'un tourbillon de nuages stratiformes. A la mi-journée du 6 octobre, Grace est déclarée comme ayant perdu son statut de cyclone tropical alors qu'elle fusionne avec le front froid d'une dépression située au nord de l'Ecosse. Le désormais ex-cyclone se situe à ce moment à quelques centaines de kilomètres de l'Irlande qui subit des pluies soutenues liées à la présence de Grace.

Grace près de l'Irlande le 6 octobre, alors qu'elle perd ses caractéristiques tropicales.

On aurait pu croire que l'influence de Grace s'arrêterait là, mais ce ne fut pas le cas. En entrant sur les Îles britanniques, l'ex-cyclone amène une bouffée de chaleur humide sur le nord de la France et la Belgique. Le front qui a ingéré Grace reste parallèle à la côte belge et entraîne les restes du cyclone vers l'Allemagne. Au nord du front, de l'air maritime polaire descend du nord-ouest, tandis qu'à l'ouest, une dépression se creuse progressivement dans la journée du 7. En raison de ce contraste de températures et aidé par un Jet-stream bien présent, une autre petite dépression se creuse juste à l'ouest de la Belgique et va traverser le pays les heures suivantes. Elle engendre des cisaillements de vent (différences de vent avec l'altitude) particulièrement prononcés, mettant en place une situation propice à de puissants orages comme en plein été. Même l'énergie disponible, mesurée par la CAPE, ne fera pas défaut malgré d'assez faibles valeurs (200 à 400 J/kg d'air vers 20h00).

  
Analyse de surface du 7 octobre à 20h00 (source: KNMI).

La journée du 7 octobre a été dans son ensemble très nuageuse, avec des précipitations intermittentes, sauf sur le nord-ouest où elles ont été bien présentes en raison de la présence du front. Au sud-est, on a observé quelques éclaircies plus larges. Par contre, ce qui frappe, c'est la grande douceur de l'air. On relève 20,7°C à Gosselies et 21,6°C à Bierset comme températures maximales. De plus, la forte humidité qui a régné tout au long de la journée rend l'air réellement moite.

En soirée, à la faveur du renforcement du Jet et des cisaillements sur nos régions, le centre du pays essuira un train d'orages particulièrement soutenus et pluvieux, conduisant à des cumuls de 60 mm (voir plus) localement. Des inondations seront observées en région bruxelloise et dans le Brabant wallon notamment, le tout avec une activité électrique notable pour la saison. En fin de soirée, c'est un MCS avec un echo en arc qui traverse le sud et l'est de la Wallonie, apportant de très fortes rafales génératrices de dégâts en Ardenne.

Résumé de l'histoire météo d'Ophelia


Les étapes de la vie d'Ophelia

Ophelia s'est formée à l'origine à partir d'une dépression extratropicale (comme Grace), elle-même issue de l'ondulation d'un front froid d'un autre cyclone. Le détail de la trajectoire (le fameux Best Track, donc) est donné en annexe.

Commençons donc avec la journée du 05 Octobre 2017 à 12 UTC (14 heures locales) :

Carte de l'analyse de surface du 05 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1


Notons la dépression sur l'Atlantique Nord, au Sud de la pointe du Groenland. Le front froid associé s'étire loin vers le Sud, et se prolonge par un front quasi stationnaire jusqu'à 25° de latitude nord. Le NHC signale déjà la possibilité de la formation d'un système subtropical ou tropical alors que le centre de basse pression n'est pas encore défini. Il faut dire que les modèles flairent quelque chose... Notons aussi la présence de la tempête Nate au Sud de Cuba. Cette dernière aura aussi son rôle à jouer. Le 06 Octobre à 12 UTC (14 heures locales), la dépression sur l'Atlantique commence à se mettre en place :

Carte de l'analyse de surface du 06 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

L'analyse note un minimum de surface (L pour Low) avec une étiquette "DVLPG GALE" ce qui signifie "developing gale" ou en français coup de vent en développement. Le NHC continue de monter les probabilités de développement. La tempête Nate elle file plein Nord vers les côtes de la Louisiane. Le 07 Octobre à 12 UTC, quelque chose se trame définitivement dans l'Atlantique Nord :

Carte de l'analyse de surface du 07 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

La dépression est coupée du flux d'Ouest (elle est au sud des centres de hautes pressions) et tournicote au dessus d'un Atlantique subtropical particulièrement chaud pour la saison. Le NHC monte encore un peu plus la probabilité de développement et déclare une zone d'investigation (INVEST) pour voir ce qui se trame. Le 08 Octobre à 12 UTC nous sommes très proches d'avoir un petit nouveau dans la famille des cyclones tropicaux de l'Atlantique :

Carte de l'analyse de surface du 08 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

Un centre de surface (LLC pour Low Level Center) et de la convection sont présents, et le NHC se tâte sérieusement à déclarer la formation d'une nouvelle dépression. L'imagerie satellite montre bien la présence d'une spirale de nuages bas (en nuances de gris) surmontée d'une activité convective (les paquets bleu-vert-jaune) :


Animation de l'imagerie satellite infrarouge centrée au dessus d'Ophelia, du 08 Octobre à 0115 UTC au 08 Octobre à 0815 UTC. Source : http://www.ssd.noaa.gov/PS/TROP/floaters.html

La convection a cependant du mal à se stabiliser, et les tourelles convectives sont "arrachées" vers le Sud-Est par le cisaillement de vent. Finalement, le 09 Octobre à 12 UTC (14 heures locales), la convection s'est stabilisée et un petit nouveau est officiellement de la partie. C'est la dépression tropicale 17 :

Carte de l'analyse de surface du 09 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1


On ne perd pas de vue Nate (étiquette "POST-T.C. NATE") qui traverse les États-Unis. Son heure viendra bientôt. En attendant, la nouvelle dépression se consolide donc. Le 10 à 12 UTC (14 heures locales), la dépression s'est renforcée suffisamment pour être déclarée comme tempête tropicale Ophelia :

Carte de l'analyse de surface du 10 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1
Sur les images satellites, on note en effet que la convection, bien qu'encore imparfaite, est suffisamment soutenue.


Les restes de Nate sont quant à eux repris par une dépression extratropicale, qui s'en trouve grandement renforcée. Ophelia dérive sans grande conviction et en peinant d'abord à se renforcer. Le 11 à 12UTC, Ophelia commence une phase de renforcement :

Carte de l'analyse de surface du 11 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

Le cyclone extratropical qui a absorbé Nate se trouve au Sud de la pointe du Groenland, et son immense front froid balaye l'Atlantique. Ophelia commence à sentir l'influence du flux d'Ouest et se décale lentement vers le Nord-Est en se renforçant quelque peu.

Le 12 à 12 UTC, Ophelia est dorénavant un ouragan.

Carte de l'analyse de surface du 12 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

Un oeil persiste très clairement au centre de la spirale nuageuse des cumulonimbus:



Curiosité locale, c'est donc le front froid du cyclone issu plus ou moins indirectement de Nate qui balaye l'Atlantique et qui accélère Ophelia.

Le 13 à 12UTC Ophelia commence à bouger vers le Nord-Est :


Carte de l'analyse de surface du 13 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

Le 14 à 12UTC, à l'avant du front froid, associé à un profond thalweg en altitude, l'ouragan Ophelia accélère vers le Nord-Est. L'advection d'air chaud vers l'Europe devant le système est extrême. L'Espagne en particulier enregistre des températures extrêmes, l'Andalousie connaissant une très longue série de températures maximales supérieures à 35°C. De plus, l'ouragan Ophelia renforce cette chaleur en augmentant la subsidence sur l'Europe, ce qui provoque un asséchement et un réchauffement d'une masse d'air déjà très chaude et sèche.

Carte de l'analyse de surface du 14 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

Le 15 à 12UTC, Ophelia vient de croiser les Acores. Alors que la dépression issue de Nate file en direction de la Norvège.

Carte de l'analyse de surface du 15 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

La séquence suivante, du 14 au 15, montre le passage de l'ouragan au sud-est des Açores, à pleine puissance et avec un oeil très net au centre de la convection, avant l'effacement progressif de ce dernier signalant un affaiblissement:


Au matin du 15 Octobre, ce sont donc des images satellites européennes assez sensationnelles qui révèlent le cyclone au large du Portugal:


Et même sur les cartes d'analyse du KNMI, ca fait un peu sensation:


Les fronts commencent cependant à serrer de près l'ouragan, les images satellites montrant clairement le front froid sous la forme d'une bande blanche passant entre Ecosse et Islande et finissant au niveau du cyclone. La transition extratropicale est sur le point de débuter. Pourtant, Ophelia est bien toujours un système tropical purement barotrope, malgré la dégradation de la présentation du système sur les images satellites des heures suivantes, comme ici dans l'après-midi du 15 Octobre. Le tout file alors au Nord-Est à grande vitesse de marche, passant jusque au Nord-Ouest de l'Espagne:


La situation en Europe du sud-ouest quand à elle est plus proche de l'ambiance d'une vague de chaleur en plein mois Juillet que d'une vague de douceur automnale -si ce n'est pour le Soleil-. Il fait chaud, très chaud, et sec, très sec. 

La nuit suivante, le cyclone dégénère du statut tropical vers celui de dépression extratropicale. Vers minuit, l'image satellite est très claire sur l'état de la tempête: une grande partie du système a clairement la présentation d'une dépression bien de chez nous, avec ses fronts chauds, froids et occlus. Ophelia fonctionne désormais à l'instabilité barocline (avec toutefois une subtilité, nous y reviendrons plus loin). Seul, près du centre, subsiste un amas convectif (orageux) comme ultime témoin visible du caractère tropical d'Ophelia. Ce paquet sera rapidement balayé et dissipé au nord du centre dans les heures suivantes, et le NHC déclassera alors Ophelia de son statut tropical à celui d'extratropical. Néanmoins, voir s'achever cette transition à 600 km de la Bretagne est particulièrement percutant.


Le 16 à 12 UTC, Ophelia est finalement devenue extratropicale, ayant achevé sa transition.

Carte de l'analyse de surface du 16 Octobre 2017 à 12 UTC par l'OPC, Ocean Prediction Center, division de la NOAA, National Oceanic and Atmospheric Administration. Source : http://www.opc.ncep.noaa.gov/Loops/index.php?category=atlantic&product=watlsfc&days=14&loop=1

L'Irlande est alors en pleine tempête. En raison de l'instabilité barocline énorme (en lien avec la pulsion d'air tropical au contact de l'air maritime polaire), Ophelia s'est recreusée (presque) comme une tempête classique de chez nous après son affaiblissement barotrope du 15. Des rafales de 160 à 190 km/h sont mesurées sur les côtes sud de l'Irlande, tandis que des pointes de plus de 220 km/h sont soupçonnées en mer, un peu plus au sud. Nous y reviendrons.



Analyse de la nature du système entre Acores et Galice

Les fronts se sont approchés à partir du samedi 14 d'Ophelia, créant un début d'asymétrie. Cependant, Ophelia est restée pleinement tropicale jusqu'au dimanche 15 Octobre à la mi-journée au moins. Nous allons expliciter cette transition extratropicale car certains amateurs éclairés ont eu du mal à comprendre ce qu'il se passait. Il nous semble important d'analyser la nature d'Ophelia pour démontrer qu'elle était bien ouragan tropical. En effet, la tentation a été grande, et souvent franchement exprimée, de faire d'Ophelia un cyclone "au rabais" pour minimiser le caractère historique de l’événement.

Rappelons à nouveau que le seuil des 26°C n'est pas un seuil en dur. Au moins 98% des ouragans se forment au dessus d'un Océan à au moins 25.5°C, mais il reste toujours 2% qui échappent à la règle. Nous allons donc voir par la suite si Ophelia faisait partie des heureux 2% -ce qui, on s'en doute et sans vouloir tuer le suspens donc, était effectivement le cas-.

Ainsi, Samedi 14, Ophelia était encore pleinement un ouragan, malgré l'Océan à seulement 24°C car la tropopause était suffisamment basse et froide pour maintenir l'instabilité. La proximité du thalweg Atlantique a bien-sûr aidé Ophelia en servant de puits de masse. Cependant, tout ouragan est toujours structuré de telle sorte qu'il existe un anticyclone en altitude qui surplombe le cœur du système. Cet anticyclone est accompagné de canaux de divergence qui servent à évacuer la masse soulevée par la convection très intense dans l'ouragan. Le fait qu'un thalweg barocline ait servi de puits de masse à Ophelia à partir du Samedi 14 n'implique définitivement pas que Ophelia était déjà en cours de transition barocline à ce moment. Elle fonctionnait encore purement comme un ouragan classique, à l'énergie barotrope. Il est fréquent qu'un thalweg barocline des latitudes moyennes serve de canal de divergence à un ouragan, et même pour des bestioles au dessus d'un océan a bien plus que 26°C. Si la proximité d'un thalweg barocline était une cause de "non tropicalité", un sacré foutu paquet d'ouragans seraient rayés du Best Track...

Carte de l'interaction cyclones tropicaux - moyennes latitudes. Jet à 250 hPa, ascendances à 600 hPa, eau précipitable sur la colonne atmosphérique, tourbillon potentiel à 200 hPa. Source : http://www.atmos.albany.edu/student/abentley/realtime/europe_subtrop.php

La carte montre le vent non rotationnel, le jet à 250 hPa (10 km quelque chose environ) en aplat de couleur bleue-rose en nœuds, l'eau précipitable en vert-jaune (vert, c'est sec, rouge c'est humide en gros), les ascendances à 600 hPa (vers 4500 mètres quelque chose) en contours rouges, et le tourbillon potentiel à 200 hPa en contours noirs. On note la convergence des vents au niveau de l'aval du thalweg (le thalweg se déplaçant vers l'Est et l'aval étant le "cul" du thalweg, cela signifie que le vent converge à l'Ouest du thalweg). Ce dernier sert donc de puits de masse, mais pour autant Ophelia est bien un pur ouragan majeur tout comme l'auront été Maria ou Irma. On remarque aussi la convergence, et donc les subsidences, très importantes, au niveau de l'Europe. On ne saurait exagérer la sécheresse et la chaleur de la masse d'air à ce moment. Pour preuve, sur l'Europe Occidentale, les brouillards et nuages bas sont quasiment absents au lundi matin, en fin de nuit ; ce qui est pratiquement inimaginable à cet époque-ci de l'année sous un anticyclone européen.

Notons, de plus et à nouveau, qu'un ouragan au dessus d'un océan à 24°C n'est pas un "bâtard". Tant que le cœur chaud profond persiste jusqu'à la tropopause, c'est un cyclone purement barotrope, définitivement. Nous allons ici le démontrer. Les coupes suivantes sont réalisés dans l'axe Sud-Nord et Ouest-Est d'Ophelia et sont tirés de l'initialisation de HWRF, via le site TropicalTidbits. HWRF est le surnom mignon d'un modèle spécifique aux ouragans signifiant Hurricane WRF. Et WRF signifie lui-même Weather and Research Forecasting (ouf...). Les vignettes sont à chaque fois les mêmes. La première ligne est la coupe zonale Ouest - Est ; la deuxième ligne est la coupe méridionale Sud - Nord. La première colonne présente le vent (plus c'est rose, plus le vent est fort). La deuxième colonne présente l'humidité (vert, c'est humide et brun, c'est sec). La dernière colonne présente l'anomalie de température par rapport à l'environnement. Plus c'est rouge, plus l'anomalie de température est élevée (voir aussi la précédente image de l'ouragan Inez de 1966).

On peut également se pencher plus en avant sur la question du champ de vent. Les différences dans le champ de vent entre les différents types de cyclones sont très marquées. Cette analyse est souvent une méthode efficace et décisive pour faire le "tri des patates" et connaître la nature d'un système. Bien sûr, comme toute méthode, l'approche a ses limites, mais cela ne retire en rien sa robustesse. Petite précision pour les cartes qui vont suivre, votre serviteur s'excuse mais en rédigeant il s'est rendu compte qu'il a "oublié" de mettre les vents en premier plan, à l'avant des aplats de couleurs. Comme quoi, on peut être doué en météo et incroyablement con des fois.

Les cartes plus bas et issues cette fois d'Arpège présentent une focalisation sur ce sujet: le vent de surface, en nœuds. Les barbules représentent la direction et la force du vent (une petite barre représente 5 nœuds, une grande barre représente 10 nœuds, un drapeau représente 50 nœuds, et après il suffit de sommer). Les aplats de couleurs représentent la force du vent, toujours en nœuds. La première couleur bleue est à 40 nœuds, la deuxième a 60 nœuds, la troisième à 80 nœuds. Pour mémoire, une tempête tropicale a des vents d'au moins 33 nœuds, un ouragan a des vents d'au moins 64 nœuds, un ouragan majeur a des vents d'au moins 96 nœuds. Les coupes sont effectués du Nord-Ouest au Sud-Est, selon l'axe en blanc le plus au Nord (les axes au Sud rappellent la trace des précédentes coupes). La pression à la surface ramenée au niveau de la mer est également tracée, en traits marrons. Sur les coupes, les vents sont à nouveau les barbules rouges, et la force du vent est représentée par les aplats de couleurs. Le seuil des vents est cependant différent pour les aplats de couleurs des coupes. Les pointillés noirs sont une indication de la température potentielle, pour indiquer le cœur chaud et son alignement vertical (cf. aussi la discussion au sujet des coupes HWRF).

Bref, commençons par la situation le 14 à 12 UTC. On note une anomalie de près de 15°C dans la haute troposphère. De plus, le maximum de vent est proche de la surface. Il n'y a pas de doute, Ophelia est bien purement tropical. L'anomalie sèche proche du centre du système est en fait l'œil du cyclone. On note aussi l'extension verticale extrême du mur sur les deux coupes. L'aplat vert dépasse 150 hPa, soit environ 15 kilomètres d'altitude. Excusez du peu... Ophelia ne fait définitivement pas dans la figuration.

Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 14 Octobre 2017 à 12 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représentent le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

Le 14 Octobre à 18 UTC, Ophelia commence un peu à faiblir.

Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 14 Octobre 2017 à 18 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représentent le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

On note surtout l'arrivée par le Nord-Ouest d'un maximum de vent en altitude (à l'Ouest, donc à main gauche sur la première ligne de vignette, et au Nord, donc à main droite sur la deuxième ligne de vignette). Le thalweg commence à pousser. De plus une intrusion d'air sec par l'Ouest affaiblit le mur de ce côté-ci. Ophelia reste cependant tout à fait un ouragan purement barotrope et très vigoureux.

Le 15 Octobre à 00 UTC, la situation a peu changé :

Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 15 Octobre 2017 à 00 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représentent le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 15 Octobre à 00 UTC. Source : Météo France


Le Jet-stream est toujours présent mais ne pousse guère plus, alors que le mur continue à ingérer de l'air sec sans plus de conséquences. Ophelia est en train de faiblir légèrement mais reste un ouragan de catégorie 2. Les données d'Arpège mettent en évidence plus nettement le jet d'altitude. On note la tempête issue de Nate sur l'Irlande. Cette tempête se prolonge par un front froid très étendu, marqué par le thalweg et la cassure des vents. Ce front commence à "mordre" Ophelia, avec une extension "anormale", pour un cyclone tropical, des vents forts vers le Nord-Ouest. La coupe met en évidence de manière plus nette que les coupes HWRF le jet d'altitude (les coupes HWRF suivent une logique standardisé, en prenant les axes Sud-Nord et Ouest-Est. Ici, nous avons tenté de couper perpendiculairement au maximum du jet). Le jet est effectivement en train de titiller le mur Nord-Ouest, mais insistons lourdement là dessus, ce mur Nord-Ouest reste intact malgré ce début d'assaut. Le maximum de vent reste plaqué en basses couches (on peut noter la barbule à 50 nœuds quasiment en surface), et le cœur chaud est profond et est aligné verticalement.

Le 15 Octobre à 06 UTC, la détérioration de la situation reste toujours très lente :


Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 15 Octobre 2017 à 06 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représente le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 15 Octobre à 06 UTC. Source : Météo France


Le jet est toujours présent (à nouveau, c'est le maximum de vent en altitude à l'ouest -donc en haut à gauche pour la première vignette de la première ligne- et en altitude au Nord -donc en haut à droite pour la première vignette de la deuxième ligne-). Le jet ne pousse cependant guère plus, alors que le mur continue à ingérer de l'air sec sans plus de conséquences. Ophelia est en train de faiblir légèrement mais reste un ouragan de catégorie 2. Le maximum de vent reste en basses couches et même si le mur Nord-Ouest commence à souffrir sérieusement, Ophelia est toujours définitivement un ouragan purement barotrope et donc tropical.

Le 15 à 12Z, Ophelia commence à faiblir plus sérieusement.

Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 15 Octobre 2017 à 12 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représente le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 15 Octobre à 12 UTC. Source : Météo France

Coupe selon l'axe en blanc sur la carte ci-dessus de l'analyse d'Arpège 0.1 du 15 Octobre à 12 UTC. Vent, force du vent et température potentielle selon l'altitude. Source : Météo France

La présentation satellite devient asymétrique, et le mur Nord-Ouest est au bord de l'effondrement. C'est seulement à partir de ce moment qu'Ophelia est sur le point d'entamer sa transition extratropicale. On note également sur les cartes d'Arpège que la tempête issue de Nate vient chatouiller l’Écosse en poursuivant sa course vers la Norvège. L'interaction entre son front froid et Ophelia résulte en une forte extension des vents de force tempête tropicale vers le Nord-Ouest, le long de la pente frontale.  Cependant, le cœur du cyclone est toujours compact, et reste axisymétrique ("axi - symétrique", symétrique autour de son axe de rotation qui la ligne verticale de son centre ; et non pas "a-symétrique"). De plus le mur Sud-Est résiste toujours et toujours capable de soutenir une convection profonde et de nature purement tropicale, barotrope. À ce moment, Ophelia est toujours définitivement un ouragan tropical, et placer le début de la transition avant cette heure est infondé.

Le 15 Octobre à 18 UTC, Ophelia a commencé sa transition :

Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 15 Octobre 2017 à 18 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représente le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 15 Octobre à 18 UTC. Source : Météo France

Coupe selon l'axe en blanc sur la carte ci-dessus de l'analyse d'Arpège 0.1 du 15 Octobre à 18 UTC. Vent, force du vent et température potentielle selon l'altitude. Source : Météo France

Le cœur chaud profond est toujours présent, mais commence dangereusement à ressembler à la tour de Pise. Le mur Nord-Ouest s'est définitivement effondré et n'est plus qu'une succursale du front froid. On note un élément important, qui est l'extension du champ de vent. C'est une différence majeure entre les ouragans tropicaux et les tempêtes des latitudes moyennes. Le champ de vent est beaucoup plus étendu pour nos tempêtes, alors que dans les ouragans le champ de vent est plus compact. Malgré qu'Ophelia soit en pleine transition, le cœur chaud reste, et le mur Sud-Est refuse de céder pour le moment. Ce dernier est toujours capable de soutenir de la convection profonde. Cela justifie le maintien en ouragan d'Ophelia jusqu'à la fin de journée du 15 Octobre.


Analyse de la nature du système entre Galice et Irlande

Ce n'est que le 16 Octobre à 00 UTC que la transition est en cours d'achèvement. Pourtant, en termes d'intensité, le parcours de la tempête est loin d'être achevé.


Coupe issue de l'analyse du modèle HWRF du 16 Octobre 2017 à 00 UTC selon un axe d'Ouest (à main gauche) en Est (à main droite) pour la première ligne ; du Sud (à main gauche) au Nord (à main droite). Les vignettes représente le vent perpendiculaire à la coupe pour la première colonne (vent zonal en haut, vent méridional en bas donc) ; l'humidité pour la deuxième colonne, la température potentielle et son anomalie pour la troisième colonne. Source : https://www.tropicaltidbits.com/analysis/models/

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 16 Octobre à 00 UTC. Source : Météo France
 
Coupe selon l'axe en blanc sur la carte ci-dessus de l'analyse d'Arpège 0.1 du 16 Octobre à 00 UTC. Vent, force du vent et température potentielle selon l'altitude. Source : Météo France

Le cœur chaud est en cours de destruction avec des anomalies négatives de températures en altitude, vers 200 hPa (on peut comparer avec les vignettes précédentes). L'air sec est présent de partout, et le jet est passé au dessus du mur Sud-Est. Ce point est important également. Ophelia passe ainsi du côté polaire du jet (côté senestre du jet, peu importe son orientation -le côté polaire d'un jet d'Est sera au Sud par exemple, curiosité météo qui se vérifie par exemple en vague de froid type Moscou - Paris...-). Ce passage du côté polaire du jet est une autre indication que le cœur chaud d'Ophelia est en perdition et que la transition est achevée. De manière générale, dès que le centre d'un ouragan passe côté polaire du jet, on peut être sûr qu'il n'est plus ouragan. On note également l'extension continue du champ de vent, une autre caractéristique de la transition comme nous disions. Enfin, la coupe orientée perpendiculairement à l'orientation de l'ouragan met en évidence (de manière plus nette que les coupes HWRF qui ne sont pas orientées en fonction de l'ouragan) la remontée en altitude du maximum de vent. À ce moment, les vents les plus violents dans l'ancien mur Sud-Est restent situés vers 600 hPa soit vers 4500 mètres d’altitude, ce qui est extrêmement bas pour un cyclone extratropical. Même si Ophelia n'est plus un ouragan, la transition n'est toujours pas absolument achevée à ce moment.

Le 16 Octobre à 06 UTC, la transition est définitivement achevée, et on bascule vers un cas de séclusion chaude :

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 16 Octobre à 06 UTC. Source : Météo France

Coupe selon l'axe en blanc sur la carte ci-dessus de l'analyse d'Arpège 0.1 du 16 Octobre à 06 UTC. Vent, force du vent et température potentielle selon l'altitude. Source : Météo France

Il y a alors deux maximums de vents. Un secondaire en basses couches (nous allons y revenir) et un maximum principale en altitude avec le jet. Cela indique une variante particulière des tempêtes extratropicales, avec un cœur chaud de surface, un cœur froid d'altitude et une certaine asymétrie.

Le 16 Octobre à 12 UTC :

Vent à 10 mètres, force du vent à 10 mètres, et pression ramenée au niveau de la mer, d'après l'analyse d'Arpège 0.1 du 16 Octobre à 12 UTC. Source : Météo France

Coupe selon l'axe en blanc sur la carte ci-dessus de l'analyse d'Arpège 0.1 du 16 Octobre à 12 UTC. Vent, force du vent et température potentielle selon l'altitude. Source : Météo France

Les diagrammes de phase

Le diagramme de phase est une autre manière de voir les choses. Le A représente les débuts du cyclone, le Z représente sa fin, et le C signifie "current", ou dit autrement : maintenant. Le diagramme de phase du haut représente la nature du cœur de surface en abscisse (chaud à droite et froid à gauche) et la symétrie en ordonnée (symétrique en bas, asymétrique en haut). Normalement, un ouragan est situé dans le quadrant inférieur droit, dans la position des cœurs chauds symétriques.

Diagramme de phase du système Ophelia d'après le modèle étatsunien GFS. Vent thermique 900 - 600 hPa en absicces ; symétrie de l'épaisseur 900 - 600 hPa en ordonnées (paramètre B). Calcul suivant l'étude de RE. Hart : http://journals.ametsoc.org/doi/abs/10.1175/1520-0493%282003%29131%3C0585%3AACPSDF%3E2.0.CO%3B2. Source : http://moe.met.fsu.edu/cyclonephase/gfs/fcst/index.html

Le deuxième diagramme présente la différence entre la "surface" -jusque vers 4500 mètres- et l'altitude -entre 4500 mètres et 9500 mètres. Même lecture, un cœur chaud en surface est à droite, un cœur froid à gauche. Pour l'altitude, le cœur froid est en bas, le cœur chaud en haut. Normalement, un ouragan est un cœur chaud profond, et va donc se situer en haut à droite dans ce deuxième diagramme.

Diagramme de phase du système Ophelia d'après le modèle étatsunien GFS. Vent thermique 900 - 600 hPa en absicces ; vent thermique 600 - 300 hPa en ordonnées. Calcul suivant l'étude de RE. Hart : http://journals.ametsoc.org/doi/abs/10.1175/1520-0493%282003%29131%3C0585%3AACPSDF%3E2.0.CO%3B2. Source : http://moe.met.fsu.edu/cyclonephase/gfs/fcst/index.html

Cependant, ces diagrammes nécessitent aussi une certaine interprétation. En effet, on note une asymétrie grandissante (donc une transition extratropicale ? ) dès le 14 Octobre au soir. En réalité, ce n'est pas le cas, pour deux raisons. D'une part, le calcul de ces diagrammes se fait sur un rayon de 500 kilomètres. Or Ophelia était un ouragan assez compact, et un rayon aussi important peut ne pas être représentatif. L'auteur du papier qui explicite le calcul de ces diagrammes, RE Hart, souligne que pour les petits cyclones le rayon de calcul peut être excessif.  L'asymétrie montre en effet l'approche des fronts. Cependant, il y a une différence entre approcher et interagir, voire détruire le cœur de la bête. La zone barocline titille Ophelia dès le 14 à 12Z. Cependant, cela n'implique pas qu'Ophelia n'est plus un ouragan purement barotrope. La transition ne se fait qu'à partir du 15 en matinée quand le cœur chaud d'altitude faiblit (cf second diagramme) jusqu'au 16 à 00Z quand il n'y a plus de cœur chaud d'altitude. Notons également que nous ne sommes pas seul à soutenir cette théorie, puisque des scientifiques pensent la même chose, et d'après le NHC Ophelia n'est devenu extratropical que le 16 à 00 UTC (voir le Best Track en annexe). Comme le note le NHC, le 15 Octobre à 21 UTC, Ophelia est encore capable de produire quelques celulles de convection profonde.

D'autre part, le cœur chaud d'altitude ne faiblit pas avant la journée du 15 Octobre. Ce n'est pas une preuve en soi, mais cela indique qu'il ne faut pas forcément se ruer sur les conclusions d'après un seul paramètre sur les trois analysés.

On notera aussi la persistance du cœur chaud de surface, Ophelia restant dans la moitié droite du diagramme jusqu'au 17 (la moitié droite, comme dit, indique un cœur chaud de surface, jusqu'à 600 hPa soit 4500 mètres). Cet élément est caractéristique d'une transition vers une séclusion chaude, accompagné d'un sting jet en surface. C'est également une indication de l'énergie transportée par Ophelia, qui a permis la persistance d'un cœur chaud très longtemps, même après la transition extratropicale.


Un Sting-Jet en mer en lien avec un recreusement barocline explosif

On l'a vu, Ophelia a effectué la plus grande partie de sa transition extratropicale durant la nuit du 15 au 16 Octobre. Concrètement, les mécanismes qui soutiennent la tempête ont changé: le 15 Octobre, la dépression - bien que s'affaiblissant - devait une grande partie de sa force à des processus barotropes, donc la chaleur latente qui fait tourner les cyclones tropicaux. Le 16 Octobre, et surtout dans les premières heures, Ophelia fonctionnait grâce à une instabilité barocline en surrégime due à son histoire particulière. En effet, en amenant ainsi avec elle de l'air tropical très chaud à aussi haute latitude, la tempête a créé un énorme différentiel de températures avec de l'air maritime polaire qui se trouvait à son nord-ouest. Avec le Jet-stream à son aplomb, le résultat ne s'est pas fait attendre... Rien que l'animation satellite est très interpellante. Les dernières tours de convection sont marquées par la flèche rouge. Au départ de l'animation, cette convection est centrée sur le centre de la tempête, typique d'un cyclone tropical qui entame sa transition, mais dont le coeur a toujours toutes les caractéristiques tropicales. En cours de nuit, ce "puff" de convection est balayé au nord comme on l'a vu, et de facto désaxé du coeur dépressionnaire. A ce moment, Ophelia fonctionne clairement à l'instabilité barocline, prenant les traits menaçants d'une grande tempête de nos latitudes. Autre indice, le rouge flou indique de l'air froid et sec. On voit clairement que cette pulsion d'air se manifeste à l'ouest du centre, puis au fil des heures l'enveloppe.


En prenant une image vapeur d'eau, avec l'air humide en vert et l'air sec en bleu (et très sec en jaunâtre), ça se voit encore mieux:


On voit ainsi que l'air très sec et froid de la haute altitude descend franchement bas. Cette descente est celle d'un enfoncement d'air stratosphérique vers des altitudes plus basses. Il s'agit d'un marqueur d'une dépression classique en phase de creusement explosive. En effet, alors estimée à 975 hPa dans l'après-midi du 15, la pression centrale est mesurée à 960 hPa lorsque Ophelia atteint l'Irlande. Cette baisse brutale de la pression est importante, et due au nouveau carburant de la tempête, à savoir l'instabilité barocline ou, plus prosaïquement, le différentiel qui existe entre son air tropical et l'air polaire immédiatement à son Nord-Ouest. En gros, entre le 15 au soir et le 16 au matin, Ophelia s'est recreusé (presque) comme une tempête classique de nos latitudes.

Et ici vient la subtilité que nous avons maintes fois mentionné dans cet article: le "presque". Parce que si l'on veut être extrêmement rigoureux, le recreusement explosif de la nuit du 15 au 16 Octobre n'est probablement pas à 100 % barocline. En effet, la dépression devenue extratropicale a maintenu longtemps un coeur chaud bien marqué dans les basses couches de la troposphère, que nous avons nommé séclusion chaude. Ceci pourrait être la preuve que, même considérée comme extratropicale, Ophelia tirait encore une petite partie de son énergie du dégagement de chaleur latente, tout du moins au début du recreusement. Une étude très récente montre que le recreusement des dépressions post-tropicales terminant leur transition est à la fois lié à l'instabilité barocline et au dégagement de chaleur latente.

Une des conséquences a été la mise en place d'un gradient de pressions très resserré sur le flanc Sud du centre dépressionnaire, avec en conséquence des vents extrêmement violents. Ce maximum de vent en surface a été identifié dans le point précédent, auquel est toutefois venu s'ajouter un phénomène connu sous le nom de Sting-Jet.

Sans rentrer dans les détails, le Sting-Jet (que l'on appelle parfois en français "courant Jet d'occlusion") est lié au fait que l'enfoncement d'air stratosphérique et la descente du Jet-stream classique qui va avec finissent par rencontrer les masses nuageuses du front occlus qui suit immédiatement le coeur dépressionnaire des tempêtes de nos latitudes. Or, s'agissant d'air sec, cette rencontre mène à une évaporation (ou plus précisément, une sublimation) des cristaux de glace des nuages (et par extension, de l'eau liquide). Or, la sublimation et l'évaporation consomment de l'énergie calorifique, avec en réponse un brutal refroidissement de l'air qui assèche ces nuages. Ceci a pour conséquence visible sur les images satellites que la pointe de l'occlusion ne semble pas vouloir s'enrouler autour du centre, mais tend à se maintenir plus au moins au sud du centre de la dépression, puisque la pointe nuageuse qui avance est sans cesse évaporée (ou sublimée).

L'autre conséquence visible est plus fâcheuse, notamment pour les terres (elle passe inaperçue en mer, sauf pour les bateaux qui se trouveraient alors au mauvais endroit). Alourdi par son refroidissement, l'air s'effondre alors vers les basses couches. En arrivant au sol, il s'étale en s'ajoutant au vent qui existe déjà par le gradient de pression très resserré au sud du centre dépressionnaire. Il en résulte alors des rafales monstrueuses qui peuvent dépasser les 200 km/h (des pointes à 250 sont parfois soupçonnées pour les épisodes les plus violents).

Concernant Ophelia, ce phénomène a bien eu lieu. Rien que l'image satellite, avec la pointe de l'occlusion en dégradé ou effilochée au sud du centre dépressionnaire, est un marqueur d'un probable Sting-Jet:



Néanmoins, personne - et heureusement - ne se trouvait en mer entre la Galice et l'Irlande pour aller mesurer les pointes de vent et certifier l'existence du Sting-Jet. Toutefois, depuis quelques années, les modèles parviennent à plutôt bien cerner ce genre de vents dévastateurs. Voici les rafales cumulées telles qu'elles ont été envisagées par le modèle européen:



La première traînée blanche qui passe au large de la Péninsule ibérique marque les vents du cyclone tropical; ceux-ci s'exercent juste autour de l'oeil (et donc du centre de la dépression). Pourtant, progressivement, on voit apparaître une seconde zone de vents forts à la gauche de cette traînée. Elle indique que le cyclone n'est plus purement tropical et entame sa transition extratropicale. Puis, très brutalement à l'ouest de la Bretagne, la première traînée s'affaiblit et cède la place à une zone de vents très violents qui s'affaiblit ensuite heureusement en atteignant l'Irlande. Cette zone mauve et blanche vaguement elliptique marque très probablement des vents terribles liés à la conjugaison du courant jet d'occlusion et du Sting-Jet. Le modèle y a estimé des pointes à 205 km/h, mais il est important de rappeler qu'ECMWF est un modèle à mailles assez larges, qui peut "louper" certaines rafales encore plus puissantes. Dès lors, un 220 km/h en mer au sud-ouest de l'Irlande ne semble pas quelque chose d'inconcevable. Heureusement, ces vents absolument terribles sont restés loin des terres. Un décalage de quelques heures, et il aurait pu en avoir été tout autre...

Autres conséquences d'Ophelia


Ophelia a de plus tiré vers le Nord la zone tropicale. L’Europe est passée temporairement au Sud du centre des anticyclones subtropicaux avec un max de l'altitude du géopotentiel à 500 hPa selon la longitude pratiquement au niveau de notre latitude :




On peut noter en surface la zone des vents d'Est (les alizées donc) quasi continue de l’Afrique de l'ouest à l’Europe. Les radiosondages ne sont cependant pas tout à fait dans le schéma normal d'un flux d'alizées. La composante Sud du vent par exemple est très marquée. Cependant, cette tendance du vent à être barotrope d'Est est typique des alizées. Ci-après, une série de sondages selon la même longitude approximativement :

Sondage de Bordeaux Mérignac (WMO code : 07510) le 15 Octobre 2017 à 00 UTC. Source : http://weather.uwyo.edu/upperair/sounding.html

Sondage de Lisboa (WMO code : 08579) le 15 Octobre à 12 UTC. Source : http://weather.uwyo.edu/upperair/sounding.html
Sondage de Alger Dar-El-Beida (WMO code : 60390) le 15 Octobre à 00 UTC. Source : http://weather.uwyo.edu/upperair/sounding.html

Du Nord au Sud et de haut en bas, Bordeaux, Lisbonne (sondage à 12 UTC, il n'y avait pas de sondages à 00 UTC) et Alger la blanche. On peut noter le vent d'Est, barotrope avec un maximum en basses couches (caractéristique des alizés). Au fur et à mesure qu'on remonte vers le Nord, ces caractéristiques se détériorent avec l'influence grandissante d'une composante Sud et le basculement en altitude du vent à l'Ouest. Cependant, jusqu'à Bordeaux, on a un sondage qui est celui d'une marge Nord de la zone d'alizées.

On pourra aussi noter que par rapport au cyclone Stéphanie de 2016, Ophelia aura suivi une logique inverse, quasiment en miroir. Stéphanie était parti d'une séclusion chaude qui avait évolué vers un possible cyclone subtropical en s'enfonçant vers le Sud, à partir du déferlement cyclonique d'une onde. Ophelia a en quelque sorte remonté le film de Stéphanie. D'abord ouragan, elle sera devenue séclusion chaude en remontant vers le Nord, forçant un déferlement cyclonique du courant jet. Le tout à un an et un mois de distance. Les dieux de la météo sont joueurs parfois...


En Europe

Les conséquences concrètes sont pour l'Europe les nombreux records de chaleurs ; et pour l’Irlande en particulier la tempête.

En France, le Lundi 16 Octobre est l'occasion d'une liste effarante de record de températures. Cette carte d'EKmeteo reprend les principales valeurs de températures maximales sans précédent pour une deuxième décade d'Octobre -période allant du 11 au 20 Octobre-. Il y a eu peu de records mensuels, mais il faut garder à l'esprit qu'Octobre est un mois qui se refroidit fortement, et les valeurs de début et de fin de mois sont souvent différentes de plusieurs degrés. Octobre est un des mois où battre des records en dernière décade est le plus difficile.

On note aussi des records de températures minimales, comme à Dieppe (record mensuel même pour cette station !), Dunkerque, Amiens, etc...

Carte du fil twitter d'EKmeteo : https://twitter.com/EKMeteo/

En Belgique, la situation est la même :

Carte d'infometeobelgique

Les Pays-Bas baignent eux aussi dans les records, avec souvent les 25°C les plus tardifs dans le sud du pays.

Carte du fil twitter d'EKMeteo : https://twitter.com/EKMeteo/

En Espagne, c'est toute la première quinzaine qui est exceptionnellement chaude, les températures maximales moyennes sur cette période battant des records pratiquement partout.


Températures moyenne des températures maximales par communauté autonome, du 1er au 15 Octobre. Données de l'AEMET, carte de César Rodríguez Ballesteros : http://climaenmapas.blogspot.fr/p/quincenarecord.html

Anoamlies des températures moyenne des températures maximales par communauté autonome, du 1er au 15 Octobre. Données de l'AEMET, carte de César Rodríguez Ballesteros : http://climaenmapas.blogspot.fr/p/quincenarecord.html

Rang des températures moyenne des températures maximales par communauté autonome (57 : record de chaleur et 1 : record de froid), du 1er au 15 Octobre. Données de l'AEMET, carte de César Rodríguez Ballesteros : http://climaenmapas.blogspot.fr/p/quincenarecord.html

Enfin parlons d'un record peu commenté. Pour la première fois en Europe, des conditions de tempête tropicale ont été enregistrées. Les conditions de tempête tropicale sont réunies quand les vents atteignent 33 nœuds soutenus sur une minute soit 61 km/h (définition étatusunienne du vent) en lien avec une tempête tropicale -en pratique, maximum de vent en basses couches et activité convective profonde associée-. Cela implique des vents moyens de 26 nœuds environ, soit 48 km/h sur 10 minutes (définition européenne). Insistons lourdement là dessus, oui bien sûr 30 nœuds de vents soutenus sur les caps exposés de l'Europe de l'Ouest, cela arrive tout les quatre matins ou presque. Certes oui. Redisons le, 30 kt c'est courant. Cependant, 30 kt tropicaux c'est une première. Et l'adjectif tropical fait toute la différence. Ainsi, les caps exposés de la Galice ont mesuré des vents de l'ordre de 50 à 60 kilomètres par heure dans la nuit de Lundi en lien avec Ophelia, avec un maximum de vent en basses couches et de la convection profonde. Les stations concernées sont les suivantes :
Fisterra, rafale à 114 km/h le 15 à 19 heures 30 locales et vent moyen à 60 km/h le 16 Octobre à 03 heures locales.

Cabo Vilan, rafale à 98 km/h le 16 à 02 heures 10 locales et vent moyen à 58 km/h à 01 heures 50 locales. De plus, la station a mesuré 0.7 millimètres de pluies entre 02 heures et 03 heures quand le vent était encore à plus de 50 km/h.

Ces conditions sont évidemment marginalement celles d'une tempête tropicale. On joue sur l'ambiguïté entre deux définitions du vent (moyenné sur une minute ou sur dix minutes) et la présence de précipitations est vraiment limite et mal synchronisée avec le vent. De plus Ophelia était proche d'achever sa transition à ce moment. Cependant, c'est bien une première historique et il n'est pas inutile d'insister lourdement sur ce point. En annexe, le détail des deux stations est donné.

Influence du réchauffement climatique


Précisons bien qu'il ne s'agit que d'un facteur parmi d'autres ayant contribué à l'histoire météorologique d'Ophelia. Le réchauffement climatique n'a pas causé Ophelia, mais y a contribué directement cependant, car l'Océan aura été anormalement chaud dans les parages qu'a fréquenté l'ouragan.

Anomalies des températures de surface de l'océan (SST pour Sea Surface Temperature) le 12 Octobre 2017 mesurées par satellite. Source OSPO : http://www.ospo.noaa.gov/Products/ocean/sst/anomaly/index.html

On note la bulle d'orange centrée sur les Acores, et la tendance globale à avoir du jaune-orange un peu près partout... Le réchauffement augmente la probabilité d'avoir un Océan suffisamment chaud pour supporter un ouragan. La tendance à la hausse des températures de l'Océan atlantique subtropical dans sa partie Ouest est évidente en Septembre (les données d'Octobre ne sont pas encore disponibles, bien sûr...) :


Moyenne des températures de surface de l'océan (SST pour Sea Surface Temperature) en Septembre. Source NCEP/NCAR : https://www.esrl.noaa.gov/psd/cgi-bin/data/timeseries/timeseries1.pl

On note que Septembre 2017 est proche des records, et que la tendance est à la hausse. On peut aussi relever l'extrême local de 1967, en lien avec le passage de l'ouragan Chloe.

Mise à jour (un peu tardive) avec les données du mois d'Octobre :

Moyenne des températures de surface de l'océan (SST pour Sea Surface Temperature) en Octobre. Source NCEP/NCAR : https://www.esrl.noaa.gov/psd/cgi-bin/data/timeseries/timeseries1.pl

Nous pouvons confirmer que les températures de l'Océan ont atteint des niveaux records. La moyenne approche les 24°C sur ce mois. L'effet de seuil étant important pour les cyclones tropicaux, ce facteur a eu une influence majeure.

Importance d'Ophelia


Notre discours est difficile, tant le sujet déchaîne les passions. Dans les réactions que nous avons croisé, on balance d'un extrême à l'autre.

Ainsi, certains ont commencé à gonfler le sujet. Le pire fut sans doute atteint par le Daily Mail :


Pour ceux qui ne lisent pas l'anglais, ne vous inquiétez pas cela se passe de traduction de toute façon.

Et de l'autre extrême, la tendance est à minimiser le sujet et à hausser les épaules en disant "bah, des tempêtes nous en avons chaque année en Europe" avec Météo France.

Nous voudrions cheminer sur le sentier étroit entre ces deux extrêmes.

Commençons par les évidences (les anglais diraient avec un sens certain de la poésie, "battre un cheval mort"). Certes, l'Europe connait des tempêtes chaque année. En saison froide, nous avons toujours eu des vents violents. Il suffit de rappeler le passage de l'ouragan de 1987, le passage de Martin et Lothar en 1999, le passage de Klaus en 2009, de Xaver en 2013, ...

Comme le démontre au final Ophelia en Irlande, oui absolument une tempête hivernale en Europe peut faire autant de dégâts qu'un ouragan tropical. Du vent, nous savons ce que c'est, et ce n'est pas la première fois ni la dernière fois que l'Europe se fait passer dessus. Nous ne cherchons pas à dire que les vents violents sont une première historique en Europe.

De même, comme nous l'avons dit précédemment, ce n'est pas entièrement la faute du réchauffement climatique, loin de là. C'est une conjonction de multiples facteurs qui a abouti à la cyclogenèse d'Ophelia. Les températures anormalement chaudes entre Acores et Ibérie, liées au réchauffement climatique, sont bien-sûr une des causes de l'intensification d'Ophelia. Cependant ce n'est pas la seule. L'ouragan a bénéficié d'un concours de circonstances météos remarquables. Comme nous le disons à chaque événement extrême, il faut comprendre l'influence du réchauffement dans un système de causes qui rétroagissent les unes sur les autres. Il ne faut pas penser de manière linéaire, et dire si A cause B et B cause C alors A cause C. La réalité est plus subtile. Définitivement, Ophelia est liée au réchauffement climatique ; et elle en est une illustration. Cependant, dire cela est différent de dire : Ophelia égal réchauffement climatique.

Ainsi, les années vont continuer à passer. Peut-être que l'année prochaine la saison cyclonique atlantique sera très peu active, peut-être pas. Sans doute qu'il faudra encore attendre plusieurs années avant d'avoir à nouveau un cyclone tropical aux portes de l'Europe. Dans tous les cas, la météo va et vient et bien qu'il y ait une progression des effets du réchauffement climatique, il n'en reste pas moins que la variabilité annuelle est forte. Certains (les médias notamment...) ont donc tendance à réagir à l'extrême à chaque événement : "Il fait froid ! C'est la fin définitive du réchauffement climatique !" et le lendemain : "Nouveau record de chaleur, les scientifiques prévoient l'enfer sur terre pour 2050 !". Et de l'autre côté, certains (les institutions officielles notamment...), en opposition, tendent à lisser énormément les réactions et à s'abstenir de s'emballer même quand la situation le justifie. Nous tentons de rester entre les deux. Sans sonner le tocsin à chaque événement, mais en montrant que malgré tout cela vaut la peine de s'en inquiéter sérieusement.

Implications futures pour l'Europe: ce que nous apprend Ophelia (et Grace)


Pour Ophelia donc, c'est la première fois de l'histoire qu'un ouragan tropical approche des côtes européennes de manière si prononcée. Ophelia est définitivement une manifestation du réchauffement climatique. Et c'est loin d'être anodin.

Du simple fait qu'Ophelia est une manifestation du réchauffement climatique, nous devrions en parler. Quitte à utiliser des gros mots, mais il y a aussi une obligation morale de ceux qui savent à parler publiquement, peu importe que le sujet soit "grave" ou non. Ou alors, autant aller vivre en ermite au fin fond d'une grotte avec sa bibliothèque et de se couper de tout rapports humains... Rien que pour cette raison, il faut donc parler d'Ophelia.

Il y a cependant des raisons très pragmatiques et concrète pour lesquelles parler d'Ophelia est nécessaire. En effet, l'Europe sera de plus en plus fréquemment approchée par des ouragans. Là encore, précisons d'abord un point. La réponse des cyclones tropicaux au changement climatique reste floue. Il est possible que ces derniers soient moins nombreux mais plus intenses ; mais K. Emanuel (dont nous avions déjà évoqué le nom et qui est un expert des cyclones tropicaux) n'est pas forcément en accord avec cette idée par exemple.

En tout cas, il y a un élément certain et qui est déjà en cours de vérification dans le monde réel : les ouragans vont changer de place. C'est une conséquence attendue du réchauffement climatique d'avoir des ouragans en de nouveaux lieux et en de nouveaux temps. C'est particulièrement le cas pour l'Europe. Or, un ouragan n'est pas tout à fait la même chose qu'une tempête extratropicale.

Comme dit, contrairement aux tempêtes de nos latitudes, les ouragans ont un champ de vent axisymétrique (et bien "axi - symétrique") très bien défini. Ainsi, ils sont capables de produire des vents d'Est violent (de force 12 Beaufort soit 120 kilomètres par heure). Ceci ne se produit jamais dans les tempêtes des latitudes moyennes. Si la direction du vent peut varier, parfois Ouest, parfois Sud-Ouest, parfois Nord-Ouest, il n'en reste pas moins qu'un vent d'Est de 12 Beaufort n'est pas commun en Europe. Or l'Europe, plus ou moins consciemment, s'est développée en fonction de cette contraintes. Dans les régions de grands vents, les arbres ont un port en drapeau dans le sens du vent par exemple. C'est vrai aussi pour les constructions humaines, etc... Avoir un vent d'Est est hautement inhabituel, et peut être une source de surprise et de mauvaises réactions des gens en cas de tempête.
De plus, le vent est maximal en basses couches dans un ouragan, vers 500 à 1500 mètres selon la situation. Là aussi c'est très inhabituel pour nos régions.

Pour épuiser les arguments liés au vent et enchaîner sur les catégories suivantes, notons enfin que les ouragans sont des phénomènes de saison chaude. Comme le montre l'étude citée précédemment, les vents devraient généralement augmenter pour la période Août-Octobre. Là aussi c'est inhabituel, et cela peut avoir des conséquences. Les arbres par exemple sont encore en feuilles à cette époque-ci de l'année, modifiant leur réponse au vent fort. Les gens ne pensent pas aux tempêtes en août alors qu'ils sont à bronzer sur les plages et cela peut rendre la transmission du message et des alertes plus compliqués. De plus, cela implique que les inondations liées aux fortes précipitations d'un ouragan peuvent aussi se produire en saison chaude. En France, nous avons l'exemple récent de Mai et Juin 2016. Pour la première fois depuis au moins 2 000 ans, la Seine a été en crue au mois de Juin, ce qui là aussi peut-être décemment qualifié d'historique. Si la zone tropicale continue à remonter vers le Nord, le changement de saisonnalité va s'accentuer. Or des inondations en plein hiver et au beau milieu de l'été ne sont pas deux phénomènes égaux.

Cependant, ces histoires de vents peuvent sembler relativement peu importantes, et c'est sans doute le cas en effet. Puisque nous avons abordé la thématique de l'eau, épuisons aussi ce sujet. Il y a en effet d'autres conséquences plus sérieuses que le simple vent, même pour des ouragans faibles ou en fin de vie. La structure du champ de vent a une autre implication, qui est l'onde de tempête. Même un ouragan faible peut soulever l'Océan de plusieurs mètres. Le NHC aux États-Unis en particulier tente de plus en plus de gérer ce risque, qui peut avoir très rapidement des conséquences catastrophiques (on repensera par exemple à Irene en 2011 et Sandy en 2012, qui ont noyé New-York City. L'une était "seulement" une tempête tropicale, l'autre un ouragan boiteux et en fin de vie). La capacité d'un champ de vent bien structuré à soulever la mer, même si le maximum de vélocité est faible, ne peut pas être négligée.

Enfin, il y a le danger "ultime" des cyclones tropicaux qui est la pluie. Cela reste parfois un sujet méconnu, mais les morts et les dégâts suite à cyclone tropical sont souvent dus à la pluie. Même les "monstres" de l'Histoire, comme Mitch en 1998 ou Matthew en 2016 ont surtout été catastrophiques à cause des pluies. Et sans aller chercher ces extrêmes, même des cyclones faibles et à moitié boiteux comme la tempête subtropicale Alisson en 2001 ou la tempête tropicale Erika en 2015 ont provoqué des catastrophes de grande ampleur suite aux pluies diluviennes et non pas suite aux vents. Même en Europe, au cours des errances de Nadine en 2012 près des Acores (un sujet à lui seul, cet ouragan...), le panache d'humidité repris par un front froid avait provoqué un déluge en Andalousie. Trois ans plus tôt, le centre de la Belgique subissait des orages diluviens en lien avec les restes de Grace, nous avons vu. On ne peut pas négliger la capacité d'un cyclone tropical à brasser d'énormes quantités d'humidité et d'énergie. Avec pour conséquences des pluies diluviennes parfois même à distance.

Enfin, il surgit aussi la question de la responsabilité du suivi météo des phénomènes qui se développent dans ces parages de l'Atlantique. Cela peut paraître un autre morceau du folklore des geeks météos, mais il n'empêche qu'on a vu passer cette mention effarante dans des bulletins de suivi du NHC :

"
FORECAST POSITIONS AND MAX WINDS

INIT  13/0900Z 31.1N  33.9W   90 KT 105 MPH
 12H  13/1800Z 31.8N  32.5W   85 KT 100 MPH
 24H  14/0600Z 33.1N  29.7W   85 KT 100 MPH
 36H  14/1800Z 35.0N  25.5W   80 KT  90 MPH
 48H  15/0600Z 37.9N  20.8W   80 KT  90 MPH
 72H  16/0600Z 47.9N  13.7W   75 KT  85 MPH...POST-TROP/EXTRATROP
 96H  17/0600Z 57.5N   6.0W   50 KT  60 MPH...POST-TROP/EXTRATROP
120H  18/0600Z...EAST OF THE PRIME MERIDIAN"

On notera le "east of the prime meridian" qui signifie en gros qu'il n'y a plus de suivi de situation parce que l'ouragan sort de l'aire de responsabilité du NHC. Le même effet s'était manifesté sur les graphiques, qui étaient coupés à 60°N et 0°W. Et ce n'est pas un problème de programmation, mais bien de responsabilité. Tracer un trait au delà du 0°W n'est pas un problème. La question est : Qui est responsable, in fine, quand un ouragan frappe l'Europe ?

Si on poursuit sur la logique actuelle, ce sera de la gestion à la petite semaine mâtinée de méthode Coué façon "si je suis convaincu assez fort qu'il ne se passe rien, alors il ne se passe rien". Cependant, il pourrait être pertinent de réfléchir maintenant, avant que nous nous prennions réellement un ouragan par le plein travers, à comment gérer les alertes et le suivi de situation. Mais comme dit, la tendance actuelle est à ignorer le sujet et à se convaincre très fort qu'en fermant les yeux alors le monde autour de nous cesse d'exister. Espérons quand même que quelqu'un se décide à faire quelque chose. Météo France par exemple, qui a déjà les capacités d'assurer un suivi des cyclones tropicaux, pourrait se décider à réagir (pour mémoire La Réunion est officiellement le centre de référence pour l'Océan Indien Sud) et demander officiellement un mandat à l'OMM pour une nouvelle zone de responsabilité couvrant la Méditerrannée et l'Ouest de l'Atlantique (l'Est du 12°W par exemple, laissant l'Afrique de l'Ouest et ses ondes au NHC comme c'est le cas actuellement tout en couvrant les abords immédiats de l'Europe).

Une autre conséquence reliée concerne la liste des noms. Rappelons que les ouragans de sinistre mémoire voient leur noms retirés. Ainsi, il n'y aura plus jamais d'ouragan Katrina, ou d'ouragan Mitch, ou de tempête tropicale Erika. Dans l'histoire, Katrina restera définitivement l'ouragan de 2005 qui a ravagé La Nouvelle Orléans ; Mitch restera définitivement l'ouragan de 1998 qui a ravagé l'Amérique Centrale ; Erika restera définitivement la tempête tropicale de 2015 qui a ravagé la Dominique. L'Irlande ou l'Espagne par exemple ne peuvent pas théoriquement demander officiellement le retrait d'un nom de la liste car ce sont des pays en dehors de l'aire de responsabilité Atlantique. Si donc un jour la Galice ou Munster ressemblent plus ou moins au Honduras de 1998 après le passage de Mitch, le nom de l'ouragan responsable pourrait être réutilisé six ans plus tard ; à moins de supposer qu'un pays de l'aire Atlantique demande le retrait du nom pour l'Espagne ou l'Irlande bien sûr. Cependant dans le principe, cela n'est pas cool pour ceux qui auraient à souffrir d'un ouragan en Europe.

C'est donc tout l'intérêt de parler du caractère historique de la proximité d'un ouragan. La situation est déjà nettement plus sérieuse que ces dernières années, quand nous parlions des alizées à Bordeaux ; puisque l'Irlande s'est correctement fait démonter la gueule entre temps. Pour autant, la situation reste encore suffisamment inconséquente pour qu'on puisse continuer à anticiper sur l'avenir. Ophelia démontre sans ambiguïté qu'un ouragan peut maintenant frapper la côte atlantique de l'Europe. Une possibilité tout à fait envisageable aurait pu ainsi être qu'Ophelia "rate" son interaction avec le thalweg et termine au Portugal en ouragan catégorie 1. Or hausser les épaules en disant "du vent, c'est du vent" n'est pas une réponse acceptable. Un vent de 60 nœuds d'un ouragan, de 60 nœuds d'une tempête des latitudes moyennes, et de 60 nœuds d'une tornade ; ce n'est définitivement pas la même chose. Ce n'est pas quand la façade atlantique se sera pris un ouragan par le plein travers, à Porto, Vigo, Bordeaux, ou La Rochelle, et qu'il y aura deux mètres d'eau dans la ville, qu'il faudra se poser de questions. Ceci dit, l'expérience récente montre la capacité que nous avons à éviter le sujet et à faire comme ci "du vent, bah c'est du vent" malgré le caractère historique de la situation...

Ophelia comme avant-garde d'une saison des tempêtes européennes qui change?


Ophelia a donc démontré que, désormais, il faut considérer que les côtes européennes sont à portée d'un cyclone tout ce qu'il y a de plus tropical. On l'oublie peut-être, mais une trajectoire décalée un peu plus au sud offrait sans doute à la Galice ou au Portugal le privilège d'accueillir le premier cyclone tropical européen de l'histoire de la météorologie. Le fait que l'Atlantique subtropical soit de plus en plus chaud y aide, permettant aux systèmes tropicaux de se maintenir, voire de se former dans l'est de l'océan Atlantique.

Ophelia nous montre cependant dans le même temps qu'un cyclone n'a pas besoin d'être pleinement tropical pour constituer une réelle menace. Le fait que certains systèmes réexplosent lors de leur transition extratropicale sonne comme un signal. Avec un Atlantique du nord-est qui chauffe et qui devient capable de soutenir la cyclogénèse tropicale, peut-on légitimement se poser la question de savoir si des Ophelia qui explosent en séclusion chaude vont devenir de plus en plus courants? Nos automnes, après s'être calmés depuis une dizaine d'années, vont-ils voir revenir des tempêtes, non pas comme à l'ancienne, mais liées à des ex-cyclones tropicaux qui dégénèrent?

Certaines études se sont attelées à apporter des éléments de réponse. On citera notamment celle-ci ou celle-là. En résumé, elles semblent montrer, pour les prochaines décennies (en supposant la poursuite du réchauffement) une saison des tempêtes hivernales classiques apparemment en retrait par relocalisation plus nordique des trajectoires, tandis que l'automne verrait le nombre de tempêtes augmenter sur l'Europe de l'ouest en lien avec ces cousins d'Ophelia.

Ophelia est donc peut-être le signe que quelque chose est en train de changer au niveau de notre saison des tempêtes. Toutefois, il faudra encore attendre plusieurs années voire décennies pour constater (ou non) ces changements climatologiques.

Conclusion


Nous pouvons parler à nouveau de l'importance de détails apparemment insignifiants comme les alizées à Bordeaux, dont nous parlions déjà depuis plusieurs années. Cela peut sembler être du folklore pour geek météo, un truc pour passionné en mal de sensation, ou autre. Pourtant, cela montre bien, de manière "visible", l'extension de la zone tropicale vers les pôles, et vers la France en particulier.

Cependant ce sujet est maintenant malheuresement dépassé. Avec Ophelia, nous sommes passés au stade suivant, à savoir un ouragan tropical dans les eaux européennes. Et au vu des conséquences en Irlande, on peut dire que c'est une aggravation. Et pourtant Ophelia est elle même un signe des temps, qui sera suivi un jour non plus par les alizées à Bordeaux mais par un ouragan à Bordeaux. Ophelia crée un nouveau précédent qu'il ne faut pas négliger. Même si la météo va, vient, que l'année prochaine sera vraisemblablement très différente de cette année ; on a maintenant un précédent d'un ouragan dans les parages de l'Europe. Et il faut savoir anticiper sur les événements, et comprendre que ce n'est pas juste un détail funky patate, une curiosité pour météorologues ; mais l'annonce sure et certaine que la prochaine étape c'est l'échouage d'un ouragan en Europe avec des conséquences concrètes pire encore pour le commun des mortels.

L'escalade est toujours en cours, le réchauffement climatique continue, et il est vraisemblable que la finalité si la tendance se poursuit soit un climat subtropical tel que l'Europe connaissait au Miocène il y a 15 millions d'années.

Annexe


Best Track d'Ophelia en attendant la réanalyse (il faut utiliser le petit ascenseur pour aller lire toute la ligne). Les colonnes sont démarquées par des virgules. Ainsi à gauche de la première virgule, on a la première colonne. À gauche de la deuxième virgule, on a la deuxième colonne. Et ainsi de suite, il n'y a pas de surprises. Dans l'ordre des colonnes donc, pour la première nous avons la mention "AL". Cela signifie AtLantique (on ne s'est pas perdu, c'est déjà ça). Ensuite pour la deuxième colonne, nous avons "17", pour le 17ème de l'année 2017 dans l'Atlantique. Puis la date au format yyyymmddhh c'est à dire que le 10 Octobre à 06 UTC est noté 2017100606. La quatrième colonne est vide. Puis la cinquième avec "BEST" pour dire que c'est la meilleure estimation possible. Puis la sixième avec 0 (on s'en claque). Puis la septième avec la latitude (N pour North, Nord), puis la longitude (W pour West, Ouest). Puis le vent en nœuds (de 15 à 100 nœuds pour le cas particulier d'Ophelia). Puis la pression en hPa. Puis pour la onzième colonne son statut (DB : DisturBance, perturbation de l'écoulement sans circulation ; LO : Low, centre dépressionnaire quelconque ; TS : tropical storm, tempête tropicale -moins de 64 nœuds donc- ; HU : HUrricane, ouragan -plus de 64 noeuds donc- ; EX : EXtratropical, dépression extratropical). Puis des informations sur la taille du champ de vent par seuil (colonne avec les nombres 0, 34, 50 ou 64 après le statut) en partant du NEQ, North East Quadrant, valeurs données dans les 4 colonnes suivantes (4 quadrants en effet...) en miles nautiques. Noter la taille initialement modeste et l'augmentation des valeurs des 4 colonnes après "NEQ" en fin de vie d'Ophelia, indiquant l'expansion du champ de vent (cf supra.). Puis des informations diverses notamment sur les pressions. Le reste a peu d'importance.

AL, 17, 2017100606,   , BEST,   0, 317N,  399W,  15, 1014, DB,   0,    ,    0,    0,    0,    0,    0,    0,   0,   0,   0,    ,   0,    ,   0,   0, GENESIS036,  ,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100612,   , BEST,   0, 318N,  395W,  20, 1013, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0,    0,    0,   0,   0,   0,    ,   0,    ,   0,   0, GENESIS036,  ,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100618,   , BEST,   0, 323N,  386W,  20, 1012, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0,    0,    0,   0,   0,   0,    ,   0,    ,   0,   0, GENESIS036,  ,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100700,   , BEST,   0, 329N,  373W,  25, 1011, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0, 1017,  130, 130,   0,   0,    ,   0,    ,   0,   0, GENESIS036,  ,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100706,   , BEST,   0, 327N,  385W,  30, 1010, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0, 1017,  170, 120,   0,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, SPAWNINVEST, al752017 to al912017, 
AL, 17, 2017100712,   , BEST,   0, 323N,  395W,  30, 1010, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0, 1017,  170, 120,   0,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100718,   , BEST,   0, 315N,  395W,  30, 1010, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0, 1017,  170, 120,   0,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100800,   , BEST,   0, 313N,  395W,  30, 1010, LO,   0,    ,    0,    0,    0,    0, 1017,  170,  50,  40,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100806,   , BEST,   0, 310N,  396W,  35, 1010, LO,  34, NEQ,   40,    0,    0,   40, 1016,  180,  40,   0,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100812,   , BEST,   0, 306N,  397W,  35, 1009, LO,  34, NEQ,   40,    0,    0,   40, 1016,  180,  35,   0,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
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AL, 17, 2017100900,   , BEST,   0, 305N,  401W,  35, 1008, LO,  34, NEQ,   60,    0,    0,   40, 1015,  180,  50,  45,   0,   L,   0,    ,   0,   0,     INVEST, S,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017100906,   , BEST,   0, 309N,  400W,  35, 1008, TS,  34, NEQ,   60,    0,    0,   40, 1015,  180,  30,  40,   0,   L,   0,    ,   0,   0,  SEVENTEEN, M,  0,    ,    0,    0,    0,    0, genesis-num, 036, TRANSITIONED, alC12017 to al172017, DISSIPATED, al172017 to al912017, TRANSITIONED, alD12017 to al172017, 
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AL, 17, 2017100918,   , BEST,   0, 317N,  396W,  40, 1005, TS,  34, NEQ,   60,   40,    0,   30, 1015,  180,  30,  50,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   60,    0,    0,   40, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017101000,   , BEST,   0, 320N,  391W,  40, 1005, TS,  34, NEQ,   90,   60,   30,   60, 1016,  180,  30,  50,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   60,    0,    0,   40, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017101006,   , BEST,   0, 319N,  388W,  45, 1002, TS,  34, NEQ,   70,   50,   30,   70, 1017,  180,  30,  55,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   60,   60,    0,   40, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017101012,   , BEST,   0, 316N,  385W,  45, 1002, TS,  34, NEQ,   50,   60,   60,   50, 1017,  180,  25,  55,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   90,   90,   60,   90, genesis-num, 036, 
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AL, 17, 2017101100,   , BEST,   0, 309N,  378W,  45, 1002, TS,  34, NEQ,   30,   40,   50,   40, 1017,  240,  25,  55,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   90,   70,   60,   90, genesis-num, 036, 
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AL, 17, 2017101112,   , BEST,   0, 300N,  367W,  55,  992, TS,  50, NEQ,    0,   30,   30,    0, 1017,  240,  15,  65,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   90,   90,   90,   90, genesis-num, 036, 
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AL, 17, 2017101118,   , BEST,   0, 298N,  362W,  65,  990, HU,  50, NEQ,   20,   30,   30,   20, 1017,  300,  20,  80,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   60,   90,   90,   60, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017101118,   , BEST,   0, 298N,  362W,  65,  990, HU,  64, NEQ,    0,   20,   20,    0, 1017,  300,  20,  80,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   60,   90,   90,   60, genesis-num, 036, 
AL, 17, 2017101200,   , BEST,   0, 299N,  358W,  70,  989, HU,  34, NEQ,   50,   60,   50,   50, 1016,  330,  20,  85,   0,   L,   0,    ,   0,   0,    OPHELIA, D, 12, NEQ,   80,   80,   90,   60, genesis-num, 036, 
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Conditions relevées par l'AEMET à Cabo Vilan.

Données horaires

"Cabo Vilan"
Actualizado: lunes, 16 octubre 2017 a las 21:22 hora oficial

"Fecha y hora oficial","Temperatura (ºC)","Velocidad del viento (km/h)","Dirección del viento","Racha (km/h)","Dirección de racha","Precipitación (mm)","Presión (hPa)","Tendencia (hPa)","Humedad (%)"
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"16/10/2017 18:00","16.8","8","Nordeste","10","Nordeste","0.0","","","74"
"16/10/2017 17:00","17.5","6","Norte","8","Norte","0.0","","","68"
"16/10/2017 16:00","18.1","5","Norte","9","Noroeste","0.0","","","65"
"16/10/2017 15:00","18.4","5","Noroeste","9","Oeste","0.0","","","63"
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"16/10/2017 12:00","16.3","4","Sudoeste","9","Sudoeste","0.0","","","88"
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"16/10/2017 07:00","15.2","26","Sudoeste","33","Sudoeste","0.0","","","97"
"16/10/2017 06:00","15.4","25","Sudoeste","42","Sudoeste","0.0","","","97"
"16/10/2017 05:00","16.3","35","Sudoeste","51","Sudoeste","0.0","","","98"
"16/10/2017 04:00","16.6","38","Sudoeste","76","Sudoeste","0.7","","","98"
"16/10/2017 03:00","19.7","51","Sur","92","Sudoeste","0.0","","","89"
"16/10/2017 02:00","19.9","55","Sur","80","Sur","0.0","","","89"
"16/10/2017 01:00","20.3","49","Sur","79","Sur","0.0","","","83"
"16/10/2017 00:00","20.6","53","Sur","88","Sur","0.0","","","73"
"15/10/2017 23:00","22.0","57","Sur","79","Sur","0.0","","","53"
"15/10/2017 22:00","22.8","53","Sur","78","Sur","0.0","","","45"

Données quotidiennes

"Cabo Vilan"
Actualizado: lunes, 16 octubre 2017 a las 21:00 hora oficial

"Fecha y hora oficial","Temperatura máxima (ºC)","Temperatura mínima (ºC)","Temperatura media (ºC)","Racha (km/h)","Velocidad máxima (km/h)","Precipitación 00-24h (mm)","Precipitación 00-06h (mm)","Precipitación 06-12h (mm)","Precipitación 12-18h (mm)","Precipitación 18-24h (mm)"
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"11 oct 2017","20.4 (16:10)","12.9 (00:00)","16.6","30 (14:40)","23 (14:40)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"10 oct 2017","21.3 (16:10)","12.4 (06:50)","16.8","32 (06:20)","23 (06:20)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"09 oct 2017","17.5 (15:00)","13.4 (23:59)","15.4","48 (18:20)","40 (19:00)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"


Conditions relevées par l'AEMET à Fisterra

Données horaires

"Fisterra"
Actualizado: lunes, 16 octubre 2017 a las 21:22 hora oficial

"Fecha y hora oficial","Temperatura (ºC)","Velocidad del viento (km/h)","Dirección del viento","Racha (km/h)","Dirección de racha","Precipitación (mm)","Presión (hPa)","Tendencia (hPa)","Humedad (%)"
"16/10/2017 21:00","14.5","18","Nordeste","27","Nordeste","0.0","993.5","-0.2","73"
"16/10/2017 20:00","14.8","18","Nordeste","27","Norte","0.0","993.6","-0.3","73"
"16/10/2017 19:00","16.0","14","Nordeste","22","Nordeste","0.0","993.6","-0.7","70"
"16/10/2017 18:00","15.4","17","Norte","29","Norte","0.0","993.7","-1.0","73"
"16/10/2017 17:00","15.8","16","Norte","27","Norte","0.0","993.9","-1.0","71"
"16/10/2017 16:00","16.1","17","Norte","23","Norte","0.0","994.3","-0.5","72"
"16/10/2017 15:00","16.4","12","Norte","18","Norte","0.0","994.7","0.0","68"
"16/10/2017 14:00","16.6","9","Norte","14","Norte","0.0","994.9","0.5","67"
"16/10/2017 13:00","16.6","7","Norte","17","Norte","0.0","994.8","1.0","67"
"16/10/2017 12:00","15.9","11","Norte","21","Noroeste","0.0","994.7","2.0","69"
"16/10/2017 11:00","15.8","10","Noroeste","25","Noroeste","0.0","994.4","2.6","77"
"16/10/2017 10:00","15.5","10","Noroeste","36","Noroeste","0.0","993.8","2.7","80"
"16/10/2017 09:00","15.4","18","Noroeste","40","Noroeste","0.0","992.7","2.1","79"
"16/10/2017 08:00","15.7","22","Noroeste","40","Oeste","0.0","991.8","1.8","76"
"16/10/2017 07:00","15.8","23","Oeste","37","Oeste","0.0","991.1","2.0","80"
"16/10/2017 06:00","15.9","28","Oeste","53","Oeste","0.0","990.6","3.1","81"
"16/10/2017 05:00","16.4","37","Oeste","55","Oeste","0.0","990.0","3.2","84"
"16/10/2017 04:00","16.8","42","Sudoeste","81","Sudoeste","0.0","989.1","3.6","86"
"16/10/2017 03:00","17.9","60","Sudoeste","81","Sudoeste","0.0","987.5","2.6","92"
"16/10/2017 02:00","17.5","45","Sur","92","Sur","0.0","986.8","3.0","92"
"16/10/2017 01:00","18.4","55","Sur","93","Sur","0.0","985.5","2.5","89"
"16/10/2017 00:00","18.5","46","Sur","88","Sur","0.0","984.9","1.8","82"
"15/10/2017 23:00","18.6","53","Sur","105","Sur","0.0","983.8","0.2","74"
"15/10/2017 22:00","19.9","53","Sur","108","Sur","0.0","983.0","0.0","64"

Données quotidiennes

"Fisterra"
Actualizado: lunes, 16 octubre 2017 a las 21:00 hora oficial

"Fecha y hora oficial","Temperatura máxima (ºC)","Temperatura mínima (ºC)","Temperatura media (ºC)","Racha (km/h)","Velocidad máxima (km/h)","Precipitación 00-24h (mm)","Precipitación 00-06h (mm)","Precipitación 06-12h (mm)","Precipitación 12-18h (mm)","Precipitación 18-24h (mm)"
"15 oct 2017","25.6 (16:10)","18.2 (23:10)","21.9","114 (19:30)","55 (21:00)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"14 oct 2017","21.3 (23:59)","12.6 (10:00)","16.9","54 (21:10)","35 (22:30)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"13 oct 2017","19.6 (18:10)","13.8 (08:30)","16.7","44 (01:50)","36 (02:40)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"12 oct 2017","19.4 (15:40)","13.8 (20:10)","16.6","53 (18:50)","32 (22:40)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"11 oct 2017","20.4 (15:00)","14.1 (07:30)","17.3","26 (02:20)","20 (02:20)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"10 oct 2017","24.3 (13:20)","16.5 (23:30)","20.4","42 (02:30)","33 (02:30)","0.0","0.0","0.0","0.0","0.0"
"09 oct 2017","24.0 (17:00)","17.0 (20:50)","20.5","53 (21:30)","39 (21:40)","0.2","0.0","0.0","0.2","0.0"

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