dimanche 23 décembre 2018

Vague de froid et neige de janvier 2009

Note: cet article est retravaillé à partir d'une ancienne version que j'avais écrite à l'époque sur Hydrometeo.

Durant la première décade du mois de janvier 2009, la température minimale plonge plusieurs fois sous -10, voir même -15°C sur le pays. Cette décade est aussi marquée par un épisode neigeux significatif. Le présent article retrace jour par jour ces événements et est agrémenté de relevés personnels (sous abri) effectués alors au domicile familial à Montigny-le-Tilleul (sud-ouest de Charleroi).

lundi 3 décembre 2018

Souvenirs d'orages d'hiver

Récemment, nous étions quelques-uns à discuter en interne des orages en hiver. On l’a en effet dit et redit depuis quelques années, la foudre ne se manifeste pas seulement entre le milieu du printemps et le début de l’automne, même si juin et ses parages sont traditionnellement le “sommet” climatique de nos saisons orageuses. Au besoin, (re)voir notre article à ce sujet peut être intéressant: Les orages d’hiver/de neige, si ça existe!

samedi 1 décembre 2018

2013-2014: Chroniques d'un hiver doux et agité

L'hiver 2013-2014 est sans doute l’archétype des arrière-saisons haïes des hivernophiles. Cet hiver n'a en effet pratiquement pas vu tomber la moindre chute de neige d'importance de toute la saison, et aucun coup de froid significatif n'est survenu pendant cette période. Les trois mois qui le composent ont tous été très doux, humides, et surtout très venteux.

dimanche 11 novembre 2018

Les descentes polaires de fin d'automne: gare aux surprises neigeuses!

Novembre est arrivé. L'amateur de météo est dans une période un peu "creuse", et attend les premiers coups de vent et les premiers frimas. Même si ce n'est pas encore l'hiver, il sait que la fin de l'automne peut comporter les plus grosses surprises neigeuses, et pas seulement en Haute Belgique. Un petit tour dans les archives peut en attester. Flashback.

vendredi 2 novembre 2018

Géopotentiels, creux, crêtes et Jet-stream: le jargon de l'altitude

La météo vient très souvent d'en haut, et ce constat est loin d'être une lapalissade. Les phénomènes atmosphériques qui ont lieu dans la dizaine de kilomètres au-dessus de nos têtes contrôlent une très grande part de la météo que nous observons à notre niveau.

lundi 22 octobre 2018

Hiver 2018-2019 : analyses des paramètres, prévisions, et suivi

Préambule

Chaque année, alors que l'automne bat son plein, que les dernières douceurs s'estompent, que les feuilles jaunissent, et que les premières rafales de vent se lèvent sur l'Atlantique, fleurissent dans la météosphère européenne et mondiale les tendances saisonnières pour l'hiver. Il faut dire que la froide saison a ceci de particulier qu'elle peut enfanter les événements météorologiques les plus fascinants : des tempêtes classiques aux anticyclones de blocage à 1050Hpa, des traînes actives aux neiges répandues, du brouillard persistant pendant plusieurs jours aux pluies verglaçantes bloquant tout un pays, de vastes territoires et des millions de personnes peuvent être affectés par ces événements dont l'ampleur ne peut être égalée en été que par les orages.


lundi 15 octobre 2018

Tempêtes européennes: de quoi parle-t-on?

Elles rythment nos arrière-saisons aux côtés des offensives neigeuses et sont plus ou moins présentes selon les années. A la manière des disques hypnotiseurs, elles déploient leurs grandes spirales sur les images satellites et attirent les regards des météorologues. Elles, ce sont les grandes dépressions de tempête qui chaque saison traversent l'océan et finissent sur notre continent. En voici une présentation.

Une histoire de pressions

Tout d'abord, le vent existe par le fait des différences de pression atmosphérique à travers l'espace. Plus cette différence est forte, plus le vent sera puissant. Chez nous, c'est le creusement des dépressions qui est la plupart du temps responsable de cette augmentation du gradient de pression. En règle générale, plus une dépression se creuse, plus le vent sera fort. Cependant, la pression au centre de la dépression n'a pas besoin d'être très basse pour engendrer du vent violent. Il suffit qu'un anticyclone soit présent à quelque distance pour y parvenir. La carte ci-dessous en montre un exemple.
 
Analyse de surface du 6 mars 2017 à midi (source: KNMI).

Ce jour-là, une forte tempête balayait l'ouest de la France. Pourtant, la dépression (les deux L) n'était pas très creusée, à peine sous 1000 hPa. Cependant, un puissant anticyclone se trouvait près de la Péninsule ibérique, ce qui a accentué la différence de pression entre la dépression et l'Espagne. Les lignes bleues, les isobares, représentent les lignes d'égale pression. Plus elles sont resserrées, plus le différentiel de pression est important, et plus le vent est fort. Or, on voit bien qu'au sud-ouest de la dépression, ces isobares étaient très resserrés (cercle orange), d'où les vents violents du jour.
Il s'agit d'un schéma général, et d'autres phénomènes de l'atmosphère peuvent accentuer le vent au sein des tempêtes. Nous y reviendrons plus tard.

Comment se forment les dépressions?

Dans la région en-dehors des tropiques (et qui nous concerne donc), ce sont essentiellement des différences horizontales de températures qui sont à la base des dépressions. Au départ, une petite anomalie apparaît dans les basses couches de la troposphère sur un front séparant deux masses d'air à températures différentes. Pour expliquer cela très simplement, l'air chaud au sud tend à vouloir monter vers le nord tandis qu'un peu en arrière du front, l'air froid tend à vouloir descendre vers le sud. Ce processus créée une onde dépressionnaire, avec à son avant un front chaud et à son arrière un front froid.
Schéma de la naissance d'une dépression (marquée par "point d'inflexion") (source: wikipedia).

Pour autant, sans d'autres coups de pouce, cette petite dépression de surface ne se développerait pas davantage. Elle a besoin d'être phasée avec un creux d'altitude (on pourrait parler d'anomalie basse de tropopause, mais ça risque de devenir compliqué) qui doit se tenir à l'ouest de la dépression de surface pour faire effet. Il faut savoir qu'en altitude, les masses dépressionnaires froides sont au nord et les masses anticycloniques chaudes sont au sud, le tout globalement séparé par le Jet-stream qui doit pour bonne partie son existence à cette différence de températures en altitude. 

Pour autant, la limite - et le Jet-stream qui va avec - n'est pas rectiligne et a tendance à onduler. Un U, avec son fond vers le sud, forme un creux dépressionnaire d'altitude (appelé aussi talweg d'altitude). Pour la petite histoire, les deux (talweg d'altitude et dépression de surface) vont interagir et se renforcer mutuellement. C'est ce qu'on appelle l'instabilité barocline qui est le grand moteur de nos tempêtes européennes (et de manière générale, des dépressions en-dehors des tropiques).

A noter qu'on parle aussi souvent du rôle que peut avoir le Jet-stream dans le creusement des dépressions: un jet très rapide comporte des zones où les ascendances de l'air sont forcées, favorisant le creusement des dépressions.

Schéma simplifié de l'interaction entre la dépression de surface et celle d'altitude. Le tube symbolise le Jet-stream (source: Meteo France).

Lorsque les différents éléments sont bien phasés (configuration du Jet-stream, dépression d'altitude...), la dépression de surface se creuse rapidement, augmentant la force du vent. La dépression arrêtera de se creuser lorsque ce phasage ne sera plus parfait (affaiblissement et/ou éloignement du Jet, éloignement de l'air chaud et donc de la zone de différence de températures, passage de la dépression d'altitude devant celle de surface...). 

Une machine à flux

Les dépressions - et pas seulement les tempêtes - sont animées de différents flux plus ou moins sécants entre eux. A l'inverse des cyclones tropicaux où le vent tourne réellement en rond autour du centre, le champ des vents de nos tempêtes comporte des irrégularités liées aux fronts entre autres. De part et d'autre de tous ces fronts circulent trois grands courants principaux appelés conveyor belts en anglais (ou "bande transporteuse" en français): un chaud, un froid et un sec. Ils se disposent plus ou moins selon le schéma suivant.


Le courant chaud (warm conveyor belt) se trouve dans le secteur chaud de la dépression. Il longe le front froid (ligne bleue avec les triangles) devant celui-ci puis s'élève en altitude, formant ainsi le front chaud (ligne rouge avec les demi-cercles). Le vent peut y être fort, mais il est peu turbulent. Le flux a tendance à s'écouler assez régulièrement, et la vitesse des rafales y est souvent peu supérieure à celle du vent moyen. Classiquement, ce flux est prédominant lorsque la dépression en est à son premier stade de développement, et disparaît lorsque celle-ci s'affaiblit. 

Le courant froid (cold conveyor belt) se trouve quand à lui devant le front chaud, au nord de la dépression. Au niveau du vent, ce n'est pas le plus intense des trois.

Le courant sec (dry conveyor belt) est le plus turbulent, et régulièrement c'est dans son sillage qu'ont lieu les plus fortes rafales d'une tempête. Celles-ci viennent se superposer au vent fort lié au gradient de pression. Il apparaît lorsque la dépression est en phase d'intensification. Dans ses parages et lorsque la dépression s'intensifie rapidement peut se créer un courant jet d'occlusion (ou sting jet en anglais) qui se place juste au sud ou au sud-ouest du coeur de la dépression. C'est un phénomène très violent, capable de puissantes rafales de 160, voire 200 km/h en mer. Son origine est l'interaction entre le Jet-stream, de l'air très sec venant de la stratosphère et la pointe nuageuse de l'occlusion (ligne mauve) qui forme à ce moment une virgule derrière le centre de la dépression.

Des dépressions, mais pas que

Ajoutons que certaines tempêtes de nos latitudes peuvent être le siège de phénomènes de convection (fortes averses, orages...) qui peuvent être responsables de rafales bien plus fortes que celles engendrées par le seul gradient de pression. Nous en avions parlé dans cet article. Il arrive par ailleurs que certains épisodes "tempétueux" se limitent au passage de lignes de grains ou d'orages, accompagnées de brutales rafales mais qui ne durent que quelques minutes. 

Entre les deux, on trouve des phénomènes dont la taille fait quelques centaines de kilomètres et qui se développent dans l'air froid, derrière les dépressions classiques, sans présence initiale d'un front chaud et d'un front froid. Ces structures, appelées commas ou cold air development selon leur importance, comportent des averses et des orages qui peuvent développer leurs propres rafales, mais leur présence influence le champ de pression en accélérant le vent à leur sud, parfois jusqu'au seuil de la tempête (rafales de 100 km/h).

Ci-dessous, l'image satellite montre la tempête Zubin la nuit du 13 au 14 décembre 2017. La dépression principale se trouve alors entre Ecosse et Norvège, mais c'est un creux dépressionnaire secondaire qui donne à ce moment des pointes jusqu'à 90 km/h sur la Wallonie. Il est observable par le comma qu'il transporte. Ici, les rafales sont expliquées par une déformation du champ de vent de Zubin, où il est accéléré par le creux.

 La tempête Zubin la nuit du 13 au 14 décembre 2017 (source: Wokingham Weather).


Quelle différence avec les ouragans tropicaux?

Il existe une similitude entre nos tempêtes et les cyclones tropicaux: ce sont des dépressions. D'ailleurs, on signalera que dépression et cyclone sont au départ des synonymes. Ainsi, le nom scientifique de nos dépressions est cyclone extratropical pour les différencier des cyclones tropicaux (les ouragans donc). D'ailleurs, une dépression de nos latitudes qui donnerait des vents moyens de plus de 120 km/h pourrait être nommée comme ouragan, en cohérence avec l'échelle de Beaufort. Pour éviter les confusions, on parle parfois d'ouragan extratropical ou de dépression avec des vents d'ouragan, pour éviter les confusions.

Pour les points communs, on s'arrête là. Alors qu'une dépression de chez nous se forme grâce au Jet-stream et aux fronts pour faire simple, les cyclones tropicaux se servent de la chaleur de la mer pour organiser leurs nuages orageux et se creuser. Le schéma ci-dessous tente de synthétiser les différences.

Les différences les plus notables sont liées à la physionomie des cœurs des dépressions. Dans un cyclone tropical, le coeur dépressionnaire des basses couches est aligné avec un anticyclone en altitude, près de la troposphère. Il est de plus plus chaud que son environnement. Dans "nos" tempêtes, les coeurs dépressionnaires sont la plupart du temps froid, et celui de surface est décalé avec celui d'altitude comme on l'a vu. Certaines tempêtes de nos latitudes qui se renforcent rapidement peuvent cependant présenter un petit coeur de basse couche plus chaud, on les appelle "séclusions chaudes".


Une saison des tempêtes européennes?

L'Europe occidentale peut subir des coups de vent toute l'année, mais c'est en général entre novembre et mars qu'ils sont les plus nombreux. Lorsque l'on parle de saison des tempêtes, ce sont ces mois-là qui sont en général évoqués. 
 

dimanche 14 octobre 2018

Cyclone quasi-européen et automne estival: un début octobre remarquable

A l'image des mois qui se succèdent depuis avril, cette première quinzaine d'octobre n'a pas dérogé à la règle: chaude et ensoleillée, elle fut digne de l'été, notamment depuis le 5. Pour expliquer ce beau temps automnal, un coup d'oeil jeté aux analyses de surface permet de repérer la présence d'un solide anticyclone sur l'est de l'Europe. Celui-ci envoie les dépressions et leurs fronts associés loin vers l'Atlantique nord, en concernant uniquement les Iles britanniques. On note entre Islande et Ecosse la présence de la tempête Callum qui venait alors de concerner l'Irlande notamment. Cette dépression s'est creusée la veille jusqu'en-dessous de 940 hPa, ce qui est remarquablement bas pour la saison. Une autre particularité sur la carte ci-dessous est la présence de l'ouragan Leslie au sud-est des Açores et en route pour le Portugal.

Analyse de surface du 13 octobre à 2h00 heure belge (source: KNMI).

Leslie, un cyclone aux portes de l'Europe

Par un "heureux" hasard, l'approche européenne de Leslie s'est répétée pile un an après le spectaculaire coming out d'Ophelia juste à l'ouest de la France. Il existe d'ailleurs une forte ressemblance entre la vie de Leslie et celle de sa grande soeur de l'an passé. Toutes les deux ont une origine non-tropicale, leur renforcement s'étant fait à partir d'un creux dépressionnaire de nos latitudes. C'est à partir du 22 septembre que le National Hurricane Center américain pointe en effet une onde dépressionnaire sur un front froid dans l'Atlantique, les modèles s'accordant sur son futur tropical. Déjà le lendemain, la dépression est subtropicale, avec de nombreux orages s'organisant dans un large champ de vent. Contrariée par un environnement peu favorable, Leslie a erré les jours suivants, perdant ses caractéristiques subtropicales, mais atteignant un premier pic le 27 septembre avec des vents de force ouragan. Ce pic n'est pas l'oeuvre de processus tropicaux mais bien tempérés, moteurs des dépressions classiques que nous connaissons régulièrement.

S'affaiblissant les jours suivant, Leslie a cependant changé de carburant: la convection et les orages s'organisant, le système est redevenu subtropical puis enfin tropical loin au centre de l'Atlantique le 29 septembre. Alors tempête tropicale, elle est ensuite devenue ouragan avec un premier pic d'intensité le 3 octobre. Dans le même temps, l'approche d'un creux dépressionnaire d'altitude par le nord-ouest a fait tourner la trajectoire du cyclone qui se dirigeait vers le sud-ouest au nord-nord-ouest.

L'ouragan Leslie le 3 octobre (source: NOAA).

Le cyclone s'est alors approché du flux d'ouest dominant à cette latitude de l'Atlantique. En plus de l'affaiblir en tempête tropicale, il a orienté la trajectoire de Leslie vers le nord-est, puis le sud-est les jours suivants. S'éloignant quelque peu du flux d'ouest, le cyclone s'est reconstitué, et le 10, il était de nouveau un ouragan. A partir de ce moment, un nouveau creux d'altitude s'est approché du système, le poussant vers l'est-nord-est tout en accélérant sa course. Comme avec Ophelia, ce creux a sans doute permis au cyclone de mieux organiser son flux sortant en altitude, à la manière d'une cheminée à bon tirage: en-dessous, le feu tropical a été attisé. C'est ainsi que, malgré ce creux et le front froid l'accompagnant et commençant à se faire proche du cyclone, Leslie s'est intensifié jusqu'à présenter des vents de 150 km/h. Le cyclone était toujours pleinement tropical à cette heure, la nuit du 11 au 12 octobre.

Leslie au soir du 11 octobre, proche de son pic d'intensité au sud-ouest des Açores. Le front froid se devine aux bandes nuageuses orientées ouest-sud-ouest - est-nord-est dans la partie haute de l'image (source: NOAA).

Par la suite, le cyclone a rencontré des conditions de moins en moins favorables: température de l'eau de mer en diminution, cisaillement... Dans la journée du 13 octobre, la présentation satellite de Leslie s'est dégradée, le système étant alors clairement influencé par le creux d'altitude et le front froid. Il entamait ainsi sa transition extratropicale (transition au cours de laquelle les processus tropicaux maintenant la tempête sont remplacés par ceux des dépressions classiques de nos latitudes). La convection orageuse, élément indispensable des cyclones tropicaux, s'est progressivement effondrée.

Leslie dans l'après-midi du 13 octobre, juste au large du Portugal. La convection se maintient uniquement dans la partie nord du système (source: Infoclimat).

En soirée du 13, Leslie a achevé sa transition: la convection avait alors pratiquement disparu et le coeur chaud et symétrique caractéristique des systèmes tropicaux était en voie de dilution. La tempête était alors à moins de 200 km des côtes portugaises, et c'est sous la forme d'une tempête classique de nos latitudes qu'elle a atteint ce pays. De fortes pluies et des rafales supérieures à 100 km/h l'ont accompagné. Par la suite, les restes du système vont nourrir des pluies orageuses sur le sud de la France ce dimanche et demain lundi.

Ce n'est pas la première fois qu'un cyclone tropical s'approche des côtes européennes, on l'a vu avec Ophelia l'an passé. Si le lecteur a un peu de temps devant lui, je ne peux que conseiller la (re)lecture des articles suivants: Lorsque les cyclones interagissent avec la météo européenne ou L'Europe à portée de tir des cyclones tropicaux?. Toutefois, Ophelia et maintenant Leslie ont montré que ceux-ci pouvaient désormais être très proches du Vieux Continent.

La trajectoire erratique de Leslie, depuis ses méandres atlantiques jusqu'aux eaux portugaises. Triangle = dépression de nature classique, carré = subtropicale, rond = tropicale. Bleu foncé = vents de moins de 65 km/h, bleu clair = vents de force tempête tropicale, jaune = vents de force ouragan (source: Wikipedia).

En Belgique, la poursuite de l'été

Outre le renvoi des dépressions loin dans l'Atlantique nord, l'anticyclone européen a entraîné sur nos régions un flux de sud-ouest à sud, apportant de l'air d'origine tropicale. Le résultat a été une période de temps estival entre le 5 et le 14, à peine interrompue les 7 et 8 octobre.
 
Les 5 et 6 octobre, on a successivement relevé 22,2°C et 23,0°C à Uccle. Le 6, un front froid tangeantait la côte, tandis qu'une zone dépressionnaire remontait de France. Ceci a induit de l'instabilité, et en soirée, des orages faibles à modérés ont concerné une zone allant de Chimay à l'est de la province de Liège.

Activité électrique observée le 6 octobre (source: Lightningmaps).

Coup de foudre sous un orage au soir du 6 octobre en province de Namur (auteur: J. Lokuli).

A partir du 9, les températures sont repassées au-dessus des 20°C. Le 11, on a observé 24,1°C à Uccle, ce qui est très remarquable pour la saison. Ailleurs, les températures ont culminé jusqu'à 25,2°C à Gand. Toutefois, en soirée, un front froid s'approchait du pays par l'ouest, et à nouveau des orages assez brefs mais modérés ont été observés en soirée. Ils se sont accompagnés localement d'un peu de grêle et de quelques fortes rafales.

Activité électrique observée le 11 octobre (source: Lightningmaps).

Ce front froid était cependant peu marqué, et se disloquait progressivement. A l'arrière, c'est de nouveau de l'air chaud qui nous a atteint le 12. Mais c'est ce samedi 13 que les maximales ont été très élevées pour une mi-octobre: 25,6°C à Uccle et 27,2°C à Kleine-Brogel! Celles de ce 14 octobre seront à peine moins élevées, mais par la suite, le mercure reviendra vers des valeurs de saison.

Lorsque l'on remonte dans le temps, on trouve assez peu de périodes similaires. Toutefois, en 1921 déjà, début octobre avait connu également une période de temps très chaud. Le 10 octobre de cette année-là, les maximales avaient atteint 28-29°C en Basse Belgique. Plus près de nous, 2011 a aussi connu une période de temps fort chaud à cheval sur fin septembre et début octobre, avec à nouveau des maximales similaires au seuil des deux mois.

vendredi 28 septembre 2018

Un "medicane" entre Libye et Grèce

Hier soir, les journaux télévisés belges ont évoqué le mauvais temps à venir en Grèce, le pays se préparant sérieusement à l'arrivée d'une tempête. Le sud-est de l'Europe peut effectivement connaître de temps à autre des vents violents, lesquels ne proviennent donc pas seulement des dépressions atlantiques. La Mediterranée peut aussi être le siège de cyclogénèses violentes (cyclogénèse = formation d'une dépression), mais dont la nature peut quelque peu s'éloigner de nos dépressions classiques. C'est le cas pour la tempête à venir. L'image ci-dessous montre la dépression responsable en ce moment (8h00).

Source: Infoclimat.

Comparons maintenant avec l'analyse de surface, qui elle date de 2h00, mais est encore valable dans les grandes lignes pour ce début de matinée.
 
Analyse de surface à 2h00 le 28 septembre (source: KNMI).

A priori, rien de bien particulier: la dépression est tout ce qui a de plus classique à nos latitudes, issue de l'instabilité barocline (instabilité liée à des différences horizontales de températures). Elle est relativement creuse (autour de 997-998 hPa) et a ses fronts chauds, froids et occlus comme toute dépression des latitudes tempérées qui se respecte.
 
Toutefois, l'image satellite met déjà la puce à l'oreille des personnes "averties": outre un diamètre assez serré, on note une importante convection qui se traduit visuellement par des paquets de cumulonimbus orageux. L'activité électrique est de fait relativement importante dans les parages de cette dépression.

Activité électrique observée entre 8h00 et 8h30 le 28 septembre (source: Lightningmaps).

Disons-le de suite, avoir des orages dans nos dépressions classiques, ça arrive régulièrement. Toutefois, le fait est que ceux-ci sont particulièrement présents à proximité du coeur de la dépression. En temps normal, la plupart des orages aurait plutôt tendance à se placer plus loin au sud-est ou à l'est, dans le secteur chaud de la dépression (entre le front chaud et le front froid). 

L'explication vient de la chaleur de la mer Mediterranée. En effet, avec des températures qui tournent encore autour de 25°C dans les parages, il est normal de retrouver des valeurs élevées en basse couche. L'image ci-dessous montre les températures de l'air à 2 mètres d'altitude la nuit dernière, sur base du modèle Arpège.

Températures à 2 mètres à 3h00 le 28 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

En altitude, on note de l'air plus froid. Si avoir -11°C vers 5 km d'altitude n'est pas remarquable, cela donne quand même une belle instabilité.

Températures à 500 hPa, soit vers 5 km d'altitude à 3h00 le 28 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

CAPE (instabilité latente) à 3h00 le 28 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

On l'a dit, avoir des orages dans les dépressions classiques, ça arrive assez régulièrement. Cependant, lorsqu'ils sont présents en nombre, ils indiquent une convection importante. La condensation de l'air chaud et humide qui s'élève depuis la surface de la mer dégage de la chaleur, faisant en sorte que le coeur de la dépression devienne plus chaud que les environs. Ce processus, s'il est bien entretenu, fait baisser la pression au centre du système, et augmente ainsi la force du vent. S'il arrive que certaines de nos dépressions classiques aient un coeur chaud, la cause est toute différente. Dans ce cas, c'est l'isolement progressif d'une partie du secteur chaud de la dépression en son centre qui en est responsable; ces dépressions classiques sont appelées séclusions chaudes.

Dans notre cas, c'est la condensation en masse de la vapeur d'eau s'élevant dans la dépression qui explique le coeur chaud. Nous ne sommes plus ici dans des processus purement baroclines (donc liés à des différences horizontales de températures, les fronts en étant), mais une partie de l'énergie qui anime la tempête provient de phénomènes barotropes, en l'absence de fronts. Les processus barotropes ainsi décrits (condensation qui dégage de la chaleur et entretient le creusement de la dépression) débouchent sur la création des cyclones tropicaux, pour autant que les conditions soient propices. 

Cela ne fait pas de notre dépression entre Libye et Grèce un cyclone tropical, pour autant elle en a certaines caractéristiques. Une partie de son énergie provient de processus barotropes, donc des orages pour faire un raccourci rapide, tandis que l'autre partie est toujours générée par les processus classiques de nos latitudes (instabilité barocline, présence du jet-stream...). Nous avons ainsi une dépression hybride que l'on peut qualifier de subtropicale (pour  plus d'infos sur les cyclones subtropicaux, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyclone_subtropical). Ce type de dépressions se produit quelques fois par an en Méditerranée, et porte le nom générique de Medicane, contraction des mots Mediterranean  et hurricane.

Ce système hybride prendra ensuite la route de la Grèce où il devrait arriver samedi matin. Entretemps, il devrait s'être développé quelque peu. Les plus fortes rafales pourraient dépasser 120 km/h, mais l'élément le plus dangereux est la pluie issue des orages dans la partie nord du système. Leur lent déplacement pourrait donner des accumulations de plus de 150 mm localement, avec un risque d'inondations à la clé.

Vent moyen sur 10 minutes estimé par Arpège pour 3h00 le 29 septembre. Le maximum est 80 km/h, soit 9 beaufort (source: Meteo France via Meteociel).

 
Rafales maximales entre 3h00 le 28 et 0h00 le 30 septembre (source: Meteo France via Meteociel).
 
Cumul des précipitations entre 3h00 le 28 et 0h00 le 3 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

Les medicanes peuvent avoir une apparence impressionnante, avec un oeil se dessinant au centre de la spirale nuageuse. En termes de vent, ils peuvent atteindre la force d'un ouragan de catégorie 1, toutefois ce cas de figure reste relativement peu fréquent.

Le medicane Numa en novembre 2017 au sud de l'Italie (source: Wikipedia).

Lien vers un article Wikipedia très bien fait sur les medicanes (en anglais): https://en.wikipedia.org/wiki/Mediterranean_tropical-like_cyclone 

Le medicane a finalement bien atteint le sud-ouest de la Grèce, avec une convection intense entourant un semblant d'oeil. Ce sont surtout les précipitations qui ont été très abondantes, plus que les vents qui en rafales tournaient autour de 100 km/h.

 

mardi 11 septembre 2018

Une mi-septembre cyclonique

Il y a presqu'un mois, nous publiions un article relatant la saison des cyclones qui débutait alors et qui s'annonçait relativement faible de l'aveu même des organismes de prévision américains. Un mois plus tard, il semble nécessaire de faire une mise à jour tant ce milieu de septembre déjoue les pronostics. Un petit tour sur le site du National Hurricane Center est suffisant pour s'en convaincre.

mercredi 5 septembre 2018

Evénements 2018 - Septembre à décembre

La journée du 5 septembre est particulièrement lourde, avec des maximales de 23 à 27°C et des taux d'humidité allant de 60 à 80 % sur la plupart des régions. Quelques averses orageuses se développent dans l'après-midi sur le massif ardennais et la région liégeoise, puis un orage à faible déplacement provoque des inondations à Bruxelles, tandis que d'autres cellules faibles à modérées sont observées entre Ottignies, Namur et Charleroi. En soirée, c'est un fort orage à l'activité électrique intense qui se créée entre Sprimont et Theux avant de lentement progresser vers l'est du Limbourg via l'agglomération liégeoise. Au sud-est de Liège, on note un éclair toutes les quelques secondes. En parallèle, d'autres ondées orageuses éclatent à nouveau sur le Namurois, l'une d'entre elles à l'origine d'inondations dans la région de Yvoir.

Les précipitations récoltées sur vingt-quatre heures sont parfois remarquables: 74 mm à Louveigné, 59 mm à Diepenbeek, 43 mm à Awans, 36 mm à Slins, 35 mm à Bierset, 31 mm à Herve et 30 à Courrière.

Le village de Houx (région de Yvoir) inondé à la suite de la stagnation d'un orage modéré en soirée (auteur: V. Nicolay).

Activité électrique observée dans l'après-midi et en soirée du 5 septembre (source: Lightningmaps).

Le premier coup de vent de l'arrière saison se produit le 23 septembre. On relève des rafales jusqu'à 83 km/h à Saint-Hubert, 97 km/h à Torgny et 98 km/h à Beaussaint au passage du front froid de la dépression Fabienne qui laisse 41 mm de pluie en vingt-quatre heures à Elsenborn et 35 mm à Buzenol, provoquant quelques coulées de boue et inondations locales. Une probable tornade frappe Han-sur-Lesse en provoquant quelques dégâts sur des infrastructures sportives.



Si les après-midis de la fin septembre sont douces voire chaudes, les aubes sont par contre fort fraîches, avec les premières gelées en Ardenne, puis localement en plaine en toute fin du mois. 

Le mois de septembre est au final conforme aux normales de températures grâce à une dernière décade bien plus froide que les deux premières, anormalement peu pluvieux au sens du nombre de jours de pluie (les quantités étant normales) et surtout très anormalement ensoleillé.

Le soleil aura souvent brillé au cours de ce mois de septembre. Aurore brumeuse dans l'est de Namur le 25 (auteur: Le Chroniqueur météo).

Première quinzaine d'octobre: chaleur remarquable et orages 

 

Florence, un cyclone surprise

Cet article relate la progression du cyclone tropical Florence de septembre 2018, système ayant défié tout au long de sa vie les prévisions des différents organismes météorologiques. Les mises à jour se succèdent dans le sens anti-chronologique, la plus récente se trouvant en haut de page.


samedi 1 septembre 2018

Orages et déluges automnaux: le Midi à l'heure des "épisodes méditerranéens"

Lorsque l'on pense au sud de la France, à l'Espagne ou à l'Italie, nous avons cette impression de beau temps perpétuel. Or, cela tire plus d'une image d'Epinal. S'il est vrai que le climat y est plus chaud, il peut y faire aussi (franchement) mauvais. Le pourtour méditerranéen a même cette particularité de connaître régulièrement des pluies diluviennes et des inondations entre la fin août et le début du mois de décembre. Cette particularité est due à la Méditerranée, et ces périodes de temps parfois désastreuses portent ainsi le nom générique d'épisodes méditerranéens.

Historiquement, pour le sud de la France, on parlait souvent d'épisodes cévenols, du nom des Cévennes, ce massif de moyenne montagne bordant le sud du Massif Central. Si c'est tout l'arc méditerranéen qui est concerné par les orages diluviens d'automne, ceux-ci sont particulièrement exacerbés et réguliers sur cette portion du Midi français. Par extension, il y avait même une tendance à qualifier d'épisodes cévenols tout épisode de fortes pluies se produisant dans le sud de la France.

samedi 25 août 2018

Evénements 2002

Retrouvez sur cette page tous les événements météorologiques ayant concerné la Belgique durant l'année 2002. Ces chroniques sont tirées d'archives personnelles et d'informations provenant de l'IRM ou d'autres sites internet consacrés à la météo.

Entre la fin janvier et la fin février, d'importantes précipitations conduisent au débordement de plusieurs cours d'eau. Certaines rivières connaissent en tout trois crues sur cette période. L'Eau d'Heure inonde ainsi le bas d'Ham-sur-Heure et de Montigny-le-Tilleul, au sud de Charleroi.

Le vent est aussi régulièrement de la partie, avec une tempête le 28 janvier: les rafales atteignent 105 km/h à la côte et à Zaventem. Le 23 février dans l'après-midi, des averses orageuses très actives concernent nos régions. Les plus fortes rafales atteignent 108 km/h à Zaventem, 105 km/h à Chièvres et 115 km/h à Schaffen. De nombreux dégâts liés au vent sont signalés à travers le pays, tandis que de l'activité orageuse est notée en plusieurs stations officielles (Oostende, Uccle, Bierset, Elsenborn...). Le 26 février, une nouvelle tempête frappe le pays: on note 115 km/h au Pier d'Oostende et 112 km/h à Spa-La Sauvenière.

Sur tout le mois de février, il est tombé 168 mm de précipitations à Uccle, établissant un record, celui du mois de février le plus pluvieux depuis le début des mesures en 1833.

Le 18 mars, une dépression passe en mer du Nord. Son front froid est actif, avec de fortes précipitations. A l'arrière, un orage devient supercellulaire sur l'est de la province de Liège et donne une tornade (d'assez faible intensité) du côté de Kettenis et de La Calamine.

Le 29 avril, dans un contexte de traîne active, des orages très venteux sont observés, et provoquent quelques dégâts dans le Hainaut, au nord de Namur et en Flandre. La grêle provoque également des dommages dans le sud du Limbourg.
A l'instar de l'année précédente, la haute saison voit survenir plusieurs épisodes orageux d'envergure.

Le 4 juin, après une belle journée, de forts orages éclatent sur le sud et l'ouest du pays. Le système de détection SAFIR de l'IRM compte environ 30 000 éclairs. De la grêle est observée dans la région de Ath, de même qu'une tornade dans les environs de Herseaux.

Le 14 juin en soirée, de puissants orages organisés en un LEWP (une ligne d'orages ondulée, très active) balaient l'ouest du Hainaut et la Flandre. D'autres orages éclatent en Wallonie mais sont plus modérés. De nombreux dégâts liés au vent sont signalés dans le nord du pays et la grêle provoque des dommages en Wallonie picarde.

Un coup de chaleur se produit le 17 juin: il fait 32,2°C à Gosselies. Le lendemain, on y mesure 32,1°C, et 34,4°C à Genk. La nuit du 17 au 18, la température ne descend pas en-dessous de 22,6°C, ce qui est exceptionnel.

La nuit du 19 au 20 juin, alors que le temps n'était pas spécialement estival en journée, une onde dépressionnaire (ou pointe d'air chaud) atteint nos régions depuis la France. Un premier fort orage multicellulaire se déplace à travers l'Ardenne puis gagne l'Allemagne en soirée. Ensuite, à partir de 2h00, de multiples cellules orageuses se développent de manière explosive sur l'Entre-Sambre-et-Meuse et le département de l'Aisne, formant rapidement un vaste amas orageux qui gagne le centre puis le nord-est de la Belgique en seconde partie de nuit. Les orages sont forts, très électriques - le système SAFIR de l'IRM compte jusqu'à 280 décharges par minute vers 2h30 - et générateurs de nombreux dégâts liés à la foudre et aux fortes pluies. Il tombe par endroits 50 mm de pluie. Le système orageux évacue le pays vers les Pays-Bas en début de matinée. Voir notre article à ce sujet.

L'amas orageux vu par le radar de Wideumont à 3h45 le 20 juin (source: IRM).

Le 30 juillet 2002 est une journée caniculaire. Dès le milieu de l'après-midi, de puissants orages se créent sur le sud de la Belgique et remontent vers le nord-ouest en concernant de nombreuses régions. De multiples inondations sont observées. Localement les orages sont diluviens: il tombe 116 mm de pluie à Gomery, en Gaume. Ailleurs, on relève aussi 51 mm à Thuin, 57 mm à Presgaux (Couvin), 71 mm à Izier (Durbuy) et 86 mm à Meix-devant-Virton.

La nuit du 23 au 24 août, des orages peu électriques mais très pluvieux se créent à même le centre du pays et gagnent les Pays-Bas en début de matinée. On relève 60 mm de pluie à Braine-l'Alleud et parfois plus de 100 en Flandre.

En cours de nuit du 26 au 27 août, des orages peu mobiles se créent sur la Hesbaye namuroise, avant de s'étendre progressivement vers le nord et l'ouest tandis que d'autres orages arrivent de l'est sur l'Ardenne puis le Condroz. Le tout persiste localement jusqu'en milieu d'après-midi. La reformation continue de cellules orageuses sur le même secteur au nord de Namur mène à des crues violentes des cours d'eau de la région. Au bout de 48 heures, on relève 121 mm de pluie à Upigny, 101 mm à Beauvechain, 113 mm à Le Roeulx et 123 mm à Forville.

Le 25 octobre en fin d'après-midi et en soirée, un premier coup de vent frappe le pays. Les plus fortes rafales proviennent d'averses et d'orages (signalés à Uccle, Gosselies, Florennes, Bierset et Kleine-Brogel notamment). On relève 112 km/h au Pier d'Oostende, 94 km/h à Uccle et Beauvechain, 119 km/h à Schaffen et 123 km/h à Elsenborn.

Le 27 octobre, une profonde dépression (975 hPa) nommée Jeanett traverse les Iles britanniques et transite en mer du Nord. Elle donne un épisode de tempête sur une grande partie de l'Europe, avec des pointes jusqu'à 150 km/h. En Belgique, les rafales atteignent 123 km/h à Koksijde, 133 km/h au Pier d'Oostende, 105 km/h à Uccle, 108 km/h à Gosselies et Saint-Hubert, 119 km/h à Zaventem, 112 km/h à Bierset et 137 km/h à Spa. Les dégâts sont nombreux dans tout le pays.

 La tempête du 27 octobre est largement évoquée par la presse, comme ici par Le Soir dans son édition du lundi 28 octobre (source: Le Soir).

En fin de nuit et au matin du 12 décembre, un épisode de pluies verglaçantes précédé d'un peu de neige cause de nombreux embarras de circulation. Il met fin à une période froide entamée quelques jours auparavant, avec des minimales jusqu'à -10°C localement en Ardenne.

La fin décembre est à nouveau marquée par des précipitations importantes débouchant sur la crue de nombreux cours d'eau.

dimanche 19 août 2018

Nuit orageuse du 16 au 17 août en Wallonie

Août ne se rate jamais. Ce dicton du petit monde amateur de la météo belge a encore montré tout son sens la nuit de jeudi à vendredi. A la manière d'étudiants ayant rendu une copie bien pâle en juin, c'est en seconde session que les orages les plus intenses tendent à exprimer leur savoir-faire, "à temps" après deux premiers tiers de la saison en demi-teinte. Cela s'est produit en 2011 et en 2015, et c'est à nouveau le cas cette année-ci. 

mercredi 15 août 2018

Vers une faible saison des cyclones atlantiques

Il y a un an, à la mi-août 2017, l'ouragan Harvey venait de naître dans l'Atlantique, inaugurant une série destructrice de cyclones qui allaient faire parler d'eux en masse dans les médias, et pour cause: Harvey lui-même s'en allait noyer le Texas et la Louisiane sous des précipitations historiques, à sa suite, Irma dévastait les Antilles avant de s'écraser sur la Floride, Jose manquait de peu de prendre le même chemin quelques jours après, ce que faisait finalement Maria durant la dernière quinzaine de septembre, Nate causait un désastre sans précédent au Costa Rica et enfin à la mi-octobre, l'ouragan Ophelia terminait sa vie de cyclone tropical à quelques centaines de kilomètres de la Bretagne à peine. Une saison des cyclones hyperactive, coûteuse et remarquable, dont la somme des énergies mises en jeu était la plus forte depuis 2005, l'année de Katrina.

dimanche 12 août 2018

L'Europe à portée de tir des cyclones tropicaux?

La saison des cyclones, bien qu'assez faible cette année, bat actuellement son plein dans l'Atlantique, de manière assez classique en cette période qui va de août à octobre, et comme chez Info Meteo, on trouve le sujet passionnant, on aime bien écrire (et réécrire) dessus, surtout quand la chose tente une approche de notre continent. Il n'est en effet pas rare que nous récupérions les restes de ces systèmes tropicaux, qui peuvent alors nous donner des coups de vent, des orages, des pluies diluviennes... voire du beau temps quand ils passent à l'ouest de l'Europe. L'année passée, nous vous avions proposé un article sur l'influence des cyclones tropicaux sur notre météo européenne. Nous avions présenté plusieurs exemples de ces systèmes dégénérés mais qui ont encore assez de force pour provoquer du grabuge dans nos parages.

lundi 16 juillet 2018

Qu'il pleuve! Le point sur la sécheresse au 16 juillet

46. C'est le nombre de millimètres de pluie tombés à Uccle depuis le 1er mai, alors qu'en temps normal, nous devrions être à 170-180. Autrement dit, rien. A un mai exceptionnellement sec a succédé un juin également exceptionnel, et juillet en prend aussi la direction. Avec comme conséquence une sécheresse qui s'amplifie, notamment sur l'ouest et le centre du pays.


Et pas forcément besoin des cartes de l'IRM pour comprendre qu'il fait sec. Quand, comme cela est arrivé à votre serviteur, vous trouvez que les champs roussis du Condroz namurois commencent à vous rappeler le Tarn, c'est qu'il y a un problème.

Le parc météorologique de Dourbes (Viroinval) dont l'herbe séchée attend désespérément une bonne rincée. Ce ne sont pas les cirrus, nombreux en ce jour, qui vont la lui apporter... (source: IRM).

Même chez vous, quand vous avez beau vider chaque soir cinq ou six arrosoirs dans votre potager et qu'il vous fait cette tête, c'est qu'il commence à faire franchement sec. Vous ajoutez 30°C comme aujourd'hui et un vent modéré, ça n'arrange en rien les choses.

(auteur: Le Chroniqueur météo).

Et ces arroseurs automatiques qui se déployent dans les champs de Hesbaye? Ils ne sont pas là pour faire joli. En bon indicateur de l'état des sols, les cultures trinquent... Quand elles ne partent tout simplement pas en fumée comme ce fut encore le cas cet après-midi au nord-ouest de Namur.

 Colonne de fumée provenant d'un champ en feu au nord-ouest de Namur, vue depuis Belgrade (auteur: M. Baillie).

Bien sûr, il y a eu pire. Le légendaire été 1976 semble encore assez loin, mais à force de jouer les Midis de la France, on s'en approche doucement...


Pourquoi donc ces semaines sans pluie, aux rares orages près? La carte ci-dessous apporte un élément de réponse. Retenons que les couleurs orange-rouge marquent des anticyclones d'altitude, bloqueurs de perturbations par excellence. On en repère un sur la Scandinavie qui s'en va, et notre bien-aimé anticyclone des Açores... aux Açores. De celui-ci - ou des masses anticycloniques sur le Magreb - émergera une nouvelle bulle de hautes pressions qui prendra la route de nos régions. Entre les deux, à peine une baisse de pression qui n'a même pas le temps d'apporter un peu de pluie digne de ce nom, à peine quelques ondées orageuses locales. 

 
Le schéma dure depuis un moment, et tout porte à croire qu'il va encore le faire pendant quelques temps. Le déficit pluviométrique se creuse, et les gros problèmes pointent à l'horizon. Si le beau temps est très agréable en été, comme partout, l'excès nuit en tout. Alors, au diable le soleil pour quelques jours, s'il pouvait laisser venir quelques grosses dépressions, histoire d'interrompre cette tendance au sec de chez sec. Par la grâce du ciel, qu'il pleuve.
 

vendredi 22 juin 2018

L'apothéose du grand artiste céleste

Il y a deux ans, de violents orages éclataient sur le centre et l'est du pays, provoquant notamment de gros dégâts dans le nord-est du Hainaut et le Brabant wallon. Outre la furie engendrée, ces orages ont également été spectaculaires par les jeux de lumière qu'ils ont donné ce soir-là en associant les ténèbres nébuleuses et le soleil couchant.

En ayant été témoin privilégié, je me rends compte deux ans plus tard que je n'ai jamais rien écrit à propos de la grande mise en scène du ciel de ce soir de juin 2016. Le spectacle était pourtant sensationnel, fait d'une conjugaison de phénomènes et de scènes auxquelles même un amateur d'orages n'a droit qu'à de rares occasions, tout du moins chez nous...

vendredi 25 mai 2018

La chaleur sans orage : les dégradations "silencieuses"

Rappelez-vous, l'an passé, nous avions évoqué le cas de la survenue d'orages parfois intenses alors que les jours (voire les heures précédentes) n'avaient pas été chauds et lourds comme on s'y attend habituellement. Nous avions alors expliqué comment la chaleur nous était dissimulée (mais bien présente pour alimenter les orages) par le jeu savant de la mécanique atmosphérique. Pour ceux qui souhaitent (re)lire cet article, le voici: Des orages sans chaleur, même en été

Ici, nous allons envisager la situation inverse: celle de périodes de chaleur, voire de véritables canicules, qui se terminent calmement sans gros orages. Dans l'imaginaire des gens, un temps chaud, surtout s'il est lourd, se finit par des orages plus ou moins violents. Pourtant, il arrive très régulièrement que de telles journées insoutenables soient suivies le lendemain par un temps bien plus agréable, voire mauvais, le tout sans grabuge. Au mieux l'observateur attentif aura vu l'un ou l'autre éclair dans le lointain, accompagné de quelques gouttes, au pire le temps sera resté absolument sec et seuls quelques nuages décoratifs et quelques rafales auront signalé le passage du front froid, accompagné irrémédiablement d'une chute des températures.

dimanche 6 mai 2018

Evénements 2018 - Mai à août

16 mai - orages localement forts

Comme les jours précédents, la situation est particulière avec un flux de nord-est particulièrement doux et humide. A l'avant d'un front froid descendant de mer du Nord, une zone de convergence se met en place à travers la Wallonie, créant un axe orageux. Trois zones orageuses concernent ainsi nos régions:
  • Une première apparue sur Andenne et Huy en fin d'après-midi et qui se déplace jusque dans le département des Ardennes via Couvin. Elle donne de fortes précipitations sur la région d'Yvoir, responsables de quelques inondations locales.
  • Une seconde, beaucoup plus active et composée de plusieurs cellules orageuses, qui se renforce brutalement sur la région liégeoise en y perpétrant des débordements. Elle poursuit sa route à travers le Condroz jusqu'aux environs de Houyet où elle y disparait en début de soirée. Sur son trajet, on note de chutes de grêle significatives, notamment du côté de Seraing, Flémalle et Amay, mais aussi dans le Condroz namurois. L'activité électrique est par moments notoire, avec un éclair toutes les quelques secondes. A noter que cette zone a été précédée d'une averse orageuse qui a déjà bien arrosé les sols.
  • Une troisième, également bien active d'un point de vue électrique, arrivant d'Allemagne en début de soirée et glissant jusqu'aux environs de Libramont en évoluant progressivement vers un écho en arc (ligne d'orages courbée).
Les relevés ne font pas mention de valeurs remarquables, sauf une cote de 48 mm au Sart-Tilman (Liège). On mesure ailleurs 34 mm de précipitations à Dourbes, 24 mm à Oupeye et 21 mm à Havelange et Anthisnes. Localement, on peut estimer que les accumulations ont pu dépasser 50 mm.

Activité électrique observée le 16 mai, avec les trois zones orageuses s'individualisant nettement (source: Lightningmaps).

Arrivée de l'orage "liégeois" sur la région de Gesves, en province de Namur (auteur: Le Chroniqueur météo).
 
Lien vers l'article de Belgorage à propos de cette offensive: ICI

La carte ci-dessous montre les orages qui ont éclaté ce dimanche 20 mai. Ceux-ci sont restés généralement faibles à modérés, et ont été accompagnés par endroits de quelques chutes de grêle. Les provinces les plus touchées sont celles de Namur, du Brabant wallon et du Limbourg. La nuit suivante, d'autres orages ont éclaté en Lorraine belge. Tous ces foyers se sont produits dans un flux d'est assez chaud et humide, comme il y a quatre jours.

Activité électrique entre le 20 mai matin et le 21 mai matin (source: Lightningmaps).

A nouveau, des orages sont survenus un peu partout dans l'après-midi et la soirée du 21 mai, avec des intensités généralement faibles à modérées. Toutefois, un orage a présenté temporairement un caractère fort dans la région de Ath peu après 18h00. Le faible flux en altitude explique la lente progression des cellules orageuses dont les précipitations ont donné quelques inondations très locales. Quelques chutes de grêle ont également été observées.

Cumulonimbus sur les provinces de Liège et de Limbourg, vus depuis Wartet dans le Namurois (auteur: Le Chroniqueur météo).

Troisième jour consécutif d'orages ce 22 mai. A nouveau des foyers se sont développés en province de Liège en début d'après-midi, puis par après sur les autres régions. Leur intensité a généralement été modérée, mais le caractère peu mobile de ces orages a mené à des inondations locales, notamment dans le sud de la région liégeoise ainsi que dans le Borinage et le Haut Pays. Parmi les relevés de précipitations les plus importants (22 mai 8h00 - 23 mai 8h00), on note 37 mm à Vaux-sous-Chèvremont en province de Liège.

Activité électrique détectée le 22 mai avec les impacts les plus récents en jaune (source: Lightningmaps).

Sur le plan de la situation atmosphérique, rien ne bouge depuis quelques jours: un anticyclone scandinave bloque un marais barométrique sur nos régions, maintenant une masse d'air assez chaude et humide. A nouveau ce 23 mai, cette situation aboutit au développement d'orages peu mobiles, les provinces de Liège et de Limbourg étant épargnées. En début de soirée, un fort orage frappe la région bruxelloise, puis un amas orageux modéré se déplace depuis le nord du Luxembourg jusqu'au Brabant wallon.

Coup de foudre sous l'amas orageux du soir, au sud-ouest de Namur (auteur: Le Chroniqueur météo).

Le 24 mai, encore une fois des orages éclatent un peu partout. L'un d'entre eux, fort, provoque des inondations entre le nord de Charleroi et l'ouest du Brabant wallon. Le lendemain, par assèchement de l'air et disparition de la dynamique, ces orages sont pratiquement absents.

Après deux jours de "pause", les orages ont repris ce dimanche 27 mai, entre le début de l'après-midi et le milieu de la soirée. D'intensité généralement modérée à forte, ils se sont surtout faits remarquer sur la Hesbaye liégeoise, le Pays de Herve, le nord-est de l'Ardenne, le centre du Hainaut et à la côte. Des chutes de grêle ont été fréquemment signalées, ainsi que quelques inondations locales, notamment dans la région de Andenne.

Activité électrique observée le 27 mai (source: Lightningmaps).

La situation atmosphérique reste complètement bloquée, avec ce 28 mai toujours un marais barométrique sur nos régions, maintenant chaleur et humidité dans les basses couches. En altitude, on note la présence d'une petite branche de Jet provoquant un appel d'air, tandis qu'au sol une ligne de convergence des vents remonte de France. Plusieurs ensembles orageux ont été observés entre la fin de l'après-midi et la seconde partie de nuit suivante:
  • Un premier fort orage se déplace en fin d'après-midi depuis les environs de Bastogne jusqu'à Chimay. Sur l'est de l'Ardenne, il donne des grêlons de plusieurs centimètres de diamètre.
  • Une deuxième série d'orages s'est déplacée en soirée depuis la Lorraine jusqu'aux Hauts-de-France, en débordant quelque peu sur nos frontières. Ces orages se sont progressivement regroupés en un MCS (système orageux étendu) de forte intensité, principalement sur la France.
  • Enfin, un rail d'orages, caractérisé par un défilement de cellules, s'est mis en place sur la frontière belgo-française dans la nuit, et a donné des intempéries pendant plusieurs heures, jusqu'en fin de nuit. L'intensité était modérée à forte.
La répétition de ces orages a donné quelques belles accumulations de précipitations. On a ainsi relevé 36 mm de pluie à Rumillies, dans l'ouest du Hainaut.

Activité électrique observée entre le 28 mai 6h00 et le 29 mai 6h00 (source: Lightningmaps).

Grêlons récoltés à Bastogne (auteur: S. Picard).

Le 29 mai dans l'après-midi, un fort orage éclate sur l'est de la province de Liège, donnant 30 mm de pluie à Elsenborn et 40 mm à Botrange. Le 31 mai en soirée, un orage provoque quelques débordements à Liège et Herstal, tandis qu'un autre fait de même à Gosselies et Thiméon.

Le mois de mai qui s'achève a été très anormalement chaud. Sur le centre du pays, il a également été exceptionnellement sec.

Orages diluviens et inondations du 1er juin

Ce premier jour de l'été météorologique, une grande partie de l'est de la Belgique a été concerné par un système pluvio-orageux étendu (MCS en anglais) arrivé d'Allemagne en fin de nuit. Il s'est caractérisé par une masse de pluies durables (dites stratiformes) au sein de laquelle se sont individualisés quelques noyaux orageux très actifs. Ce système s'est décomposé sur la Belgique dans l'après-midi.

 Activité électrique relevée entre minuit et midi le 1er juin (source: Lightningmaps).

L'étendue et le très lent déplacement de ce système ont mené à des relevés pluviométriques impressionnants, voire exceptionnels pour certains d'entre eux:

Saint-Vith: 95 mm (dont 64 en une heure)
Butgenbach: 93 mm
Battice: 89 mm
Chaineux: 88 mm
Vielsalm: 71 mm
Robertville: 64 mm
Herve: 62 mm
Jalhay: 61 mm
Waremme: 59 mm
Vaux-sous-Chèvremont: 59 mm
Elsenborn: 58 mm
Slins: 55 mm
Ternell: 54 mm
Lanaye: 46 mm
Ouffet: 44 mm
Mont-Rigi: 44 mm
Louveigné: 43 mm
Oupeye: 42 mm

Le MCS sur l'Allemagne en fin de nuit (source: Kachelmann).

 Le MCS en décomposition vers un amas pluvio-orageux, avec quelques noyaux très actifs, notamment sur Liège (source: Belgocontrol).

Stagnation sur la Belgique de l'amas pluvio-orageux en milieu de matinée (source: IRM).

L'importance et la durée de ces pluies ont mené à de nombreux débordements et inondations rapides dans les régions de Liège, Verviers, Spa, Vielsalm et du Pays de Herve, où les pompiers ont du intervenir de nombreuses fois. Par endroits, le niveau de l'eau a dépassé 1,5 mètre dans les rues. Par la suite, les bassins hydrographiques de l'Our et de la Vesdre sont entrés en alerte crue, tandis que ceux de l'Amblève et de la Basse Meuse étaient placé en préalerte suite à la montée des eaux.

La région de Vielsalm a été fortement touchée par les inondations (auteur: R. Bodeux via 7fm).

La situation atmosphérique était propice à la formation d'orages pluvieux. Une petite dépression sur l'Allemagne entretenait sur l'ouest de ce pays et la Belgique un flux d'ouest moite* dans les basses couches, tandis qu'en altitude on notait un flux rapide de sud-est, avec une divergence génératrice d'une ascension de l'air humide plus bas. Les orages se sont formés dans l'instabilité et les convergences initiées par la dépression sur l'Allemagne, et ont ensuite lentement voyagé vers la Belgique avec le flux d'altitude. Même à l'écart des convergences de basse couche et de l'instabilité, le système pluvio-orageux a sans doute pu s'entretenir grâce à la divergence en altitude et le flux d'ouest bien humide à basse altitude.

*Il est utile de préciser ici ce qu'on entend par moite. De manière un peu simplifiée, il faut savoir qu'un air à 17°C et 90 % d'humidité, donc très humide comme ce 1er juin est potentiellement plus "énergétique" qu'un air à 30°C et 30 % d'humidité par exemple. En effet, la chaleur d'une masse d'air ne dépend pas seulement de la température, elle dépend aussi de sa charge en vapeur d'eau. Ce "chaud dissimulé", qui se révèle lorsque la vapeur se condense en nuages, est appelée chaleur latente, et son potentiel énergétique est converti en orages dès que l'air s'élève un peu, même si l'instabilité n'est pas très élevée.

Dans la nuit du 6 au 7 juin, des orages modérés, voire localement forts, sont observés dans les provinces de Namur et de Hainaut. Ils s'accompagnent de fortes précipitations et localement de grêle. L'activité électrique est par moments bien présente avec un éclair toutes les quelques secondes. L'après-midi du 7, des orages éclatent à nouveau le long de la frontière belgo-française, des inondations sont observées à Couvin.

En soirée du 9 juin, un orage provoque quelques inondations locales du côté de Arlon et Habay. 

Une grande partie du mois est calme: les journées grises alternent avec les plus lumineuses, le tout sans pluie ou presque, accentuant le déficit pluviométrique sur le centre du pays. La fin du mois est très ensoleillée et chaude.

Au 30 juin, l'absence de précipitations pose question, notamment sur le centre du pays où les deux derniers mois ont été très pauvres en pluie. Le mois de juin présente à Uccle, et comme en mai, un déficit pluviométrique exceptionnel. Globalement, la situation est moins remarquable sur une bonne partie est du pays en raison des orages de mai et de tout début juin. L'absence de pluie devrait se poursuivre encore un moment étant donné les prévisions anticycloniques pour début juillet, à l'un ou l'autre orage près.

Bilan du mois de juin (source: RTBF sur base des données de l'IRM pour Uccle).

Juillet commence sur le même schéma: (très) chaud, sec et ensoleillé. Les seuls nuages admis ne font que décorer ou flamboyer les crépuscules.

Superbe crépuscule sur le Namurois le 3 juillet, après une nième journée estivale (auteur: Le Chroniqueur météo).

4 juillet - orages intenses

Ce jour est marqué par des orages parfois très actifs. Quelques foyers locaux éclatent entre le début de la matinée et la fin de l'après-midi, avec une intensité généralement faible à modérée (Ardenne, Famenne, Namurois...). En toute fin d'après-midi, des orages intenses frappent la Lorraine belge, et notamment Arlon, avant de remonter vers la région de Bastogne. Par la suite, c'est un fort orage multicellulaire qui se développe sur le Condroz namurois, avec de fortes précipitations génératrices de quelques débordements, localement de la grêle, des rafales soutenues et une puissante activité électrique (un éclair toutes les quelques secondes).

L'orage multicellulaire du début de soirée sur l'est de la province de Namur (source: Kachelmann).

En milieu de soirée, un nouvel orage multicellulaire se développe sur l'est du Hainaut et gagne le nord-ouest de la province de Namur et le Brabant wallon, avec une activité similaire. Des inondations sont observées localement dans la moitié ouest du Brabant wallon. Quelques derniers orages, généralement faibles, sont observés dans le nord de la province de Liège en début de nuit.

 Avancée de l'orage multicellulaire du début de soirée sur la région de Gesves (auteur: Le Chroniqueur météo).

Eclair internuageux sous le second orage multicellulaire en soirée sur la région de La Bruyère (auteur: Le Chroniqueur météo).

Ces orages se sont développés dans un air moite (maximales supérieures à 25°C) et à la faveur d'une zone de convergence en travers de la Wallonie. Au final, les foyers ont concerné pas mal de régions, apportant une pluie bénéfique pour les sols après des semaines de sécheresse. Par endroits, ces précipitations ont été assez abondantes, avec par exemple 38 mm de pluie à Lasne (Meteo Belgique), 32 mm à Rochefort (SPW) et 42 mm à Ciney (SPW).

Activité électrique observée le 4 juillet, avec les impacts les plus récents en jaune (source: Lightningmaps).
 
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Les deux semaines qui suivent sont chaudes et ensoleillées. L'après-midi du 15 juillet, des orages locaux mais parfois soutenus éclatent en Ardenne et en Lorraine belge. De la grêle est signalée par endroits. Pendant ce temps ailleurs, la sécheresse s'accentue, et notamment dans le Hainaut.

24 - 27 juillet: canicule et orages épars

La dernière décade de juillet, en plus de la sécheresse, est marquée par une canicule remarquable mais non exceptionnelle (sauf exceptions locales). Elle rentre dans les critères de vague de chaleur telle que définie par l'IRM (cinq jours à plus de 25°C dont trois à plus de 30°C). Ce coup de chaud est lié à la persistance d'un puissant anticyclone d'altitude sur la Scandinavie (il s'y trouve depuis un moment) et à la plongée d'une dépression sur l'Atlantique, orientant un flux d'air très chaud d'origine tropicale sur nos régions (20°C à 850 hPa - 1550 mètres d'altitude).

Géopotentiel à 500 hPa et pression au niveau de la mer le 27 juillet à 2h00 (source: Meteociel).

Le 24 juillet est la première journée réellement chaude, et aussi la première de l'année au cours de laquelle Uccle atteint les 30°C, preuve s'il en est que le temps chaud que nous connaissons depuis deux mois est plus interminable qu'intense. On note 33,1°C à Kleine-Brogel, 33,0°C à Angleur, 32,2°C à Hastière, 31,4°C à Gosselies, 31,3°C à Ernage et 30,9°C à Uccle. La nuit suivante est chaude, en plusieurs stations le mercure ne descend pas en-dessous de 20°C.

Le 25 juillet, les températures sont plus élevées: 35,0°C à Angleur, 34,8°C à Kleine-Brogel, 32,8°C à Uccle, 32,6°C à Gosselies, 32,3°C à Ernage, 32,2°C à Dourbes. Malgré l'air sec des basses couches, quelques orages éclosent ça et là dans l'après-midi, avec des bases nuageuses très élevées (Hesbaye, Entre-Sambre-et-Meuse, Condroz et Ardenne dans une moindre mesure). Une petite zone de convergence assez mal définie semble en être à l'origine.

Le 26 juillet est encore plus chaud et voit quelques stations égaler ou établir un nouveau record absolu de température (c'est le cas notamment de Zaventem et de Beauvechain). On relève 36,2°C à Angleur, 34,3°C à Bierset, 31,7°C à Saint-Hubert, 35,4°C à Uccle, 35,7°C à Beauvechain, 35,9°C à Gosselies, 36,4°C à Hastière, 35,1°C à Florennes, 35,9°C à Dourbes, 35,4°C à Ernage et 33,9°C à Buzenol. Une nouvelle fois, malgré de l'air sec, des orages faibles à modérés éclatent ça et là, notamment du côté de Liège où de la grêle est signalée. En fin d'après-midi, Bruxelles et Charleroi connaissent chacune un orage assez fort, avec de la grêle. La foudre frappe deux maisons dans le nord de Charleroi, et une rafale de 91 km/h est relevée à l'aéroport de Zaventem. A nouveau, une convergence assez mal définie pourrait avoir contribué à l'organisation de ces orages. Il tombe 30 mm de pluie à Uccle, menant ça et là à quelques débordements.

L'orage de Charleroi, vu depuis le nord-est de Namur. L'air sec en basse couche permet à la base du cumulonimbus d'être très élevée et d'être ainsi visible de très loin (auteur: Le Chroniqueur météo).

Le 27 juillet est thermiquement similaire à la veille, mais aussi la dernière journée de la canicule. Un front froid approche par l'ouest, précédant des courants maritimes moins chauds. La nuit du 26 au 27 est remarquable; à Bierset la température ne descend pas en-dessous de 24,0°C. L'après-midi, on relève 35,4°C à Uccle, 35,9°C à Gosselies, 35,1°C à Dourbes et à Ernage, 35,8°C à Bierset, 33,5°C à Buzenol, 31,7°C à Saint-Hubert, 37,0°C à Kleine-Brogel et 38,2°C à Gand.

Dans l'après-midi, à l'instar des jours précédents, l'instabilité est suffisante pour générer des orages épars sur le sud et l'ouest du pays. Un orage assez fort se produit entre Charleroi et Waterloo, avec localement de la grêle. En soirée, l'approche du front froid précédé de lignes de convergence génère une série d'orages localement forts qui remontent du nord de la France sur l'extrême ouest du pays. Un autre orage local éclate sur la Hesbaye.

La nuit suivante et tôt le lendemain matin, le front avance sur le pays, donnant encore l'un ou l'autre faible orage ça et là.

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Sans surprise, le mois de juillet qui se termine a été très anormalement chaud et ensoleillé. Si côté précipitations, l'anomalie à Uccle n'est pas exceptionnelle grâce aux quelques orages, elle est spectaculaire dans certains coins du pays où pratiquement aucune précipitation n'aura été observée pendant le mois! 

2 - 7 août: seconde canicule

La première décade d'août est à nouveau marquée par une période de très fortes chaleurs. Un puissant anticyclone se constitue sur nos régions et rejette les dépressions et le flux maritime plus au nord. Une seule faiblesse de celui-ci permet à un petit front froid de basse couche de s'infiltrer en soirée du 4, apportant de l'air maritime un peu moins chaud qui maintient les températures sous 30°C le 5 (sauf en Lorraine). Ce petit front n'apporte que quelques nuages, pas mal de vent mais aucune précipitation. 


Le 6 août, les températures repartent à la hausse et dépassent les 30°C en de nombreux endroits. On mesure 32,8°C à Chièvres, 33,0°C à Uccle, 33,9°C à Gosselies, 33,7°C à Ernage, 33,6°C à Bierset et 32,0°C à Buzenol.

Le 7 août est la journée la plus chaude. Les maximales atteignent 35,6°C à Chièvres, 34,8°C à Uccle, 35,1°C à Gosselies, 35,0°C à Ernage, 35,5°C à Bierset et 34,6°C à Buzenol. 

Nuit du 7 au 8 août: orages parfois violents

La nuit du 7 au 8 est marquée par une forte dégradation orageuse, la plus étendue de cette année jusqu'à présent. Elle se produit de manière assez classique d'un point de vue atmosphérique avec l'approche d'un front froid précédé d'une ligne de convergence des vents, le tout venant buter sur une masse d'air très chaud sur notre pays et dont l'instabilité est croissante. En altitude, on note une petite divergence des flux, forçant l'ascension des masses d'air.

Analyse de surface du 8 août à 2h00 avec la convergence en rouge gras (source: KNMI).

Après quelques orages près de la Botte du Hainaut en début de soirée, plusieurs salves orageuses concernent la Belgique pendant toute la nuit suivante, certaines sont localement violentes.

Un premier MCS (système orageux de grande étendue) entre sur la Belgique par la région de Tournai vers 23h00 et se déplace jusqu'à la province d'Anvers. Il s'accompagne d'une forte activité électrique et de puissantes rafales (localement 90 - 100 km/h). 

En parallèle, plusieurs cellules orageuses se développent peu avant minuit sur le département des Ardennes et gagnent les provinces de Namur et de Luxembourg en se constituant en un amas orageux. L'activité électrique y est également forte (un éclair toutes les quelques secondes par cellules) et un des orages provoque des dégâts liés au vent dans la région de Florennes. Cet ensemble s'affaiblit en atteignant la province de Liège.

Eclair internuageux sous la deuxième salve orageuse, vu depuis les hauteurs de Dinant en direction du sud (auteur: Le Chroniqueur météo).

Vers 0h45, un troisième amas orageux entre sur le Hainaut au niveau du Borinage. Il subit une phase d'intensification en évoluant vers un bow echo (ligne orageuse en arc) générateur d'une forte activité électrique et de rafales (autour de 80-100 km/h). Il traverse ainsi le nord-est du Hainaut puis le centre du pays avant de gagner l'est de la province d'Anvers et le Limbourg en s'affaiblissant.

Peu après 2h00, de nouvelles cellules se développent de la Botte du Hainaut au département des Ardennes. En progressant sur la province de Namur et le Brabant wallon, elles forment un amas orageux assez peu organisé mais constitué de foyers parfois très actifs avec de fortes précipitations et un éclair toutes les quelques secondes, notamment sur l'est de la province de Namur et l'ouest de la province de Liège. Ce dernier ensemble évacue la Belgique vers l'Allemagne en fin de nuit.

L'orage générateur des dégâts dus au vent dans la région de Florennes en début de nuit, vu depuis Dinant. A noter les bases nuageuses très hautes (auteur: Le Chroniqueur météo).

Localement, des rafales significatives ont été mesurées, concrétisant le potentiel venteux des orages qui avait été prévu. Sur le réseau officiel, on a relevé 94 km/h à Chièvres, 90 km/h à Uccle, 97 km/h à Zaventem et 130 km/h à Retie. Sur le réseau de Météo Belgique, on peut noter 81 km/h à Neufvilles et 92 km/h à Neder-Over-Heembeek. En raison de la rapidité de progression des orages, les précipitations ont été passagères; la plupart des cotes relevées par les pluviomètres sont inférieures à 20 mm. Voir aussi l'article de Belgorage à ce sujet.

Animation radar montrant les quatre salves orageuses. L'heure est en temps universel, ajouter deux heures pour avoir l'heure d'été réelle (source des images: Belgocontrol).

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Le 9 août en matinée et en début d'après-midi, plusieurs orages sont observés sur l'est de la Wallonie. Le premier en début de matinée et les deux suivants, en milieu de journée, sur la province de Namur et l'est de la Flandre pour l'un, sur les provinces de Luxembourg et de Liège pour l'autre. L'activité électrique est par moments soutenue et des rafales significatives sont observées dans l'extrême sud du pays. Cette dégradation est cependant moins importante que ce qui avait été anticipé par les modèles, ceux-ci entrevoyant des orages plus généralisés et plus puissants.

Activité électrique observée entre minuit et 17h00 le 9 août (source: Lightningmaps).

Ces orages mettent fin à la très longue période de temps ensoleillé, sec et chaud que connaissait le pays depuis plusieurs semaines. La deuxième décade d'août est ainsi plus hésitante, avec quelques journées où les averses se montrent. Les températures oscillent entre 20 et 25°C l'après-midi.

Le 13 août voit un creux d'altitude apporter de nombreuses averses parfois orageuses. Ciel instable à Zeebrugge (source: IRM).

Les orages ont été particulièrement nombreux le 13 août, d'abord en début de matinée dans le sud au devant du front froid, puis dans l'après-midi dans la traîne très agitée. Certains foyers ont été particulièrement actifs et parfois accompagnés de fortes rafales, comme entre Gosselies et Les Bons Villers. Localement, les précipitations ont été assez abondantes, avec par exemple 37 mm de pluie à Ernage (entre 8h00 le 13 et 8h00 le 14).

Activité électrique observée le 13 août, les plus vieux impacts sont en rouge et les plus récents en jaune (source: Lightningmaps).

Nuit du 16 au 17 août: orages localement virulents

Août confirme le regain d'activité orageuse après un mois et demi relativement calme. Après une journée assez chaude (maximales de 25 à 27°C), un front froid s'est présenté aux portes du pays par l'ouest. Malgré l'instabilité relativement faible, la présence d'une entrée droite du courant Jet et d'une anomalie basse de tropopause arrivant par l'ouest a rendu le contexte particulièrement dynamique et propice aux ascendances.

Analyse de surface du 17 août à 2h00 (source: KNMI).
 
Après quelques orages de faible intensité sur l'ouest du pays en soirée, une cellule remontant sur le nord-ouest de l'Aisne s'intensifie rapidement en début de nuit et entre en Belgique par la Botte du Hainaut. L'écho en arc (ligne orageuse courbée) qui en résulte traverse rapidement les provinces de Namur et de Liège en milieu de nuit, s'accompagnant localement de violentes rafales responsables de nombreux dégâts dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ainsi que dans les régions de Ciney, Havelange, Hamoir et Aywaille. Des grêlons de plusieurs centimètres de diamètre sont signalés tout au long de la trajectoire du système. L'activité électrique est quasiment ininterrompue.

Activité électrique au passage de l'écho en arc dans la région de Mettet (auteur: Le Chroniqueur météo).

Dans le sillage de l'écho en arc, d'autres orages traversent le Condroz puis la Fagne-Famenne et le nord de l'Ardenne en seconde partie de nuit et tôt en matinée. L'un de ces orages allant de la Botte du Hainaut au Pays de Herve présente à nouveau un caractère fort (un éclair toutes les quelques secondes).

Arbre arraché par le vent dans la région de Ermeton-sur-Biert (auteur: Le Chroniqueur météo).

La progression rapide des orages a limité l'importance des cotes pluviométriques. On relève 33 mm à Courrière et à Uccle. Aucune station n'a relevé de rafale significative, confirmant leur caractère local. Pour plus d'informations, voir le récit des observations menées par Info Meteo en Entre-Sambre-et-Meuse.

Animation radar de 2h10 à 5h20 (source: Belgocontrol).

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A l'inverse du mois de juillet, le mois d'août a été normal (un peu plus chaud que la moyenne, normalement pluvieux et normalement ensoleillé). Par contre, il n'empêche pas l'été climatologique 2018 (juin-juillet-août) d'avoir été le plus chaud depuis le début des mesures à Uccle.