vendredi 22 juin 2018

L'apothéose du grand artiste céleste

Il y a deux ans, de violents orages éclataient sur le centre et l'est du pays, provoquant notamment de gros dégâts dans le nord-est du Hainaut et le Brabant wallon. Outre la furie engendrée, ces orages ont également été spectaculaires par les jeux de lumière qu'ils ont donné ce soir-là en associant les ténèbres nébuleuses et le soleil couchant.

En ayant été témoin privilégié, je me rends compte deux ans plus tard que je n'ai jamais rien écrit à propos de la grande mise en scène du ciel de ce soir de juin 2016. Le spectacle était pourtant sensationnel, fait d'une conjugaison de phénomènes et de scènes auxquelles même un amateur d'orages n'a droit qu'à de rares occasions, tout du moins chez nous...


Le 23 juin 2016 donc. Les orages sont annoncés depuis plusieurs jours, et sur les modèles du matin, le risque de connaître de solides intempéries s'affirme. Pendant ce temps, l'Euro français bat son plein. La veille, la Belgique a décroché son ticket pour les huitièmes de finale en battant la Suède. Et déjà, attendant avec tension le but libérateur venu du pied de Nainggolan, j'observais depuis mon domicile de l'époque (Ougrée) le lointain cumulonimbus scintillant sur l'horizon d'un orage supercellulaire sur la Flandre occidentale.

La journée qui précède les orages est très chaude, et l'humidité ambiante achève de rendre l'atmosphère bien lourde. Après une première salve assez modérée sur l'ouest en matinée, le ciel se dégage bien et le pays grille sous le soleil. C'est sous cette ambiance que je sors d'une réunion tardive au Sart-Tilman. Il est passé 18h00, il fait étouffant, et pas l'ombre d'un nuage à l'horizon. Pourtant, en rentrant chez moi, un coup d'oeil jeté aux radars m'apprend que de violents orages éclatent déjà dans le nord de la France. Comme Liège semble être à l'écart, il est rapidement décidé d'aller chercher la dégradation dans la région de Charleroi.

Radar de précipitations à 19h00. De violents orages éclatent déjà sur le nord de la France... (source: Infoclimat).

Sur l'E42, le ciel se couvre droit devant. Les enclumes des puissants cumulonimbus sur le nord de l'Hexagone ont déjà largement franchi la frontière. Et ce ne sont pas les seuls manifestations nuageuses. Dans cette ambiance qui se fait toujours plus lourde et grise, des cumulus commencent à s'élever de toute part, me signalant que la cocotte-minute atmosphérique est sur le point de sauter. D'ailleurs, lorsque j'arrive à la sortie Montigny-le-Tilleul, sur le ring de Charleroi, un brillant flash orangé illumine un ciel bien sombre sur l'horizon.

Un arrêt vite fait au domicile familial et un souper vite englouti, et me voilà à nouveau reparti vers la Thudinie. Les radars m'ont en effet appris que les violents orages se trouvent à présent dans l'Avesnois, et qu'il ne faut pas traîner pour aller trouver un bon point de vue. En traversant Gozée, déjà se dessine sur l'horizon un fuseau nuageux menaçant. Et c'est en me posant à l'ouest du village que je découvre qu'il n'est que l'extrémité de ceci passé 20h00:


C'est un énorme arcus qui sert de pare-buffle au puissant orage qui franchit alors la frontière. L'aspect de ce gigantesque rouleau qui engloutit les paysages de la Thudinie est réellement impressionnant, voire menaçant, et le grondement sourd et incessant du tonnerre annonce le grabuge à venir. Les imageries radar m'avaient bien montré que ce qui arrivait de France sortait de l'ordinaire, mais le sentiment de masse gigantesque que me laisse cette avant-garde a de quoi faire envisager la recherche d'un abri. On a beau aimer les orages, il faut savoir aussi rester raisonnable.

Ce que j'ignore sur le moment, c'est l'état de supercellule de cet orage, et ce ne sont que les analyses postérieures qui me l'apprendront. En attendant, l'arcus approche, le ciel derrière devient livide, voire verdâtre, couleur qui dans un orage est un peu le jaune-noir des guêpes et abeilles. Le danger s'annonce... J'imagine déjà bien une avalanche de grêle sous cet ovni ("orage véloce de nature intense") vrombissant et qui doit commencer à faire la même impression sur les oiseaux qui m'entourent dont le chant se tait progressivement. Le calme dans cette ambiance lourde est saisissant alors que l'orage n'est plus qu'à quelques kilomètres, et que les ténèbres verdâtres sous cet arcus révèlent le fréquent scintillement des éclairs...


Ca commence à devenir très proche pour le confort... Un lieu un peu plus abrité est vite trouvé près de Marbaix, et c'est là que j'assiste au passage de l'arcus accompagné d'un vent fort mais non violent. Vient ensuite le noyau dur avec son déluge, ses éclairs quasi incessants et même un passage de grêle dont le calibre reste heureusement mesuré (1 à 2 cm). En connaissance des conditions atmosphériques, je m'attendais à pire, mais ça secoue déjà bien comme ça.

Et pendant ce temps, les radars sont saisissants (source: Infoclimat).

Par contre, pour la photographie d'éclairs, on repassera... L'activité électrique a beau être intense, ce ne sont que successions de flashes accompagnés de coups de tonnerre plus ou moins bruyants, et de toute façon le torrent céleste du moment ne faciliterait pas la prise de vue. Je laisse donc passer l'orage, et ce n'est qu'à l'arrière que le spectacle reprend.


Malgré le fait que nous soyons proches du solstice, à passé 21h00, le soleil est déjà bien bas sur l'horizon, et le passage de ses rayons à travers les rideaux de pluie plus faible commence un festival de couleurs.


Au centre de l'image ci-dessus s'élève un panache de fumée. Peut-être s'agit-il d'un incendie consécutif à la foudre. En parlant d'elle, celle-ci daigne enfin se manifester à l'arrière de l'orage qui s'éloigne au nord-est de Charleroi.


Je me déplace jusqu'à l'est de Montigny où la vue est meilleure sur cet orage qui s'éloigne. Les sirènes des services de secours raisonnent dans le lointain, confirmant le fait que ça a tapé dur par endroits. De mon côté, pas grand chose à signaler, si ce n'est que quelques branches en travers des routes. Sur l'horizon, le soleil n'en finit pas d'éclairer les rideaux de pluie de petites cellules orageuses passant à l'ouest de ma position. Et enfin se réalise le long souhait d'avoir coucher de soleil et éclair sur la même photo. On en prend vraiment plein les yeux avec cette scène.


Depuis un autre point de vue entre Gozée et Beignée, le spectacle du coucher de soleil continue, tandis que quelques éclairs épars parachèvent ce superbe tableau. Au sud-ouest, de nouvelles cellules orageuses semblent s'annoncer.


Ces cellules orageuses (dont l'une d'entre elles présentera à nouveau des caractéristiques supercellulaires) passeront à l'ouest en fin de soirée et début de nuit, du côté de Binche et de La Louvière. Assez actives, elles ne seront cependant pas très photogéniques, mais je pourrai distinguer sans trop de peine le nuage mur de la supposée supercellule, le renflement nuageux sous la base de l'orage se distinguant sur fond d'éclairs.


Plus tard dans la nuit, d'autres cellules orageuses éclateront ça et là, mais la chasse ayant été déjà très fructueuse, l'aventure s'arrêtera là.

Ce fut assurément une superbe soirée. Malheureusement, ces orages ont été aussi très violents, notamment au nord de Charleroi et dans le Brabant wallon où ils auront provoqué de nombreux dégâts. Un dossier avait été écrit à l'époque sur cette offensive: voir ICI ou les chroniques de l'année 2016.

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