vendredi 28 septembre 2018

Un "medicane" entre Libye et Grèce

Hier soir, les journaux télévisés belges ont évoqué le mauvais temps à venir en Grèce, le pays se préparant sérieusement à l'arrivée d'une tempête. Le sud-est de l'Europe peut effectivement connaître de temps à autre des vents violents, lesquels ne proviennent donc pas seulement des dépressions atlantiques. La Mediterranée peut aussi être le siège de cyclogénèses violentes (cyclogénèse = formation d'une dépression), mais dont la nature peut quelque peu s'éloigner de nos dépressions classiques. C'est le cas pour la tempête à venir. L'image ci-dessous montre la dépression responsable en ce moment (8h00).

Source: Infoclimat.

Comparons maintenant avec l'analyse de surface, qui elle date de 2h00, mais est encore valable dans les grandes lignes pour ce début de matinée.
 
Analyse de surface à 2h00 le 28 septembre (source: KNMI).

A priori, rien de bien particulier: la dépression est tout ce qui a de plus classique à nos latitudes, issue de l'instabilité barocline (instabilité liée à des différences horizontales de températures). Elle est relativement creuse (autour de 997-998 hPa) et a ses fronts chauds, froids et occlus comme toute dépression des latitudes tempérées qui se respecte.
 
Toutefois, l'image satellite met déjà la puce à l'oreille des personnes "averties": outre un diamètre assez serré, on note une importante convection qui se traduit visuellement par des paquets de cumulonimbus orageux. L'activité électrique est de fait relativement importante dans les parages de cette dépression.

Activité électrique observée entre 8h00 et 8h30 le 28 septembre (source: Lightningmaps).

Disons-le de suite, avoir des orages dans nos dépressions classiques, ça arrive régulièrement. Toutefois, le fait est que ceux-ci sont particulièrement présents à proximité du coeur de la dépression. En temps normal, la plupart des orages aurait plutôt tendance à se placer plus loin au sud-est ou à l'est, dans le secteur chaud de la dépression (entre le front chaud et le front froid). 

L'explication vient de la chaleur de la mer Mediterranée. En effet, avec des températures qui tournent encore autour de 25°C dans les parages, il est normal de retrouver des valeurs élevées en basse couche. L'image ci-dessous montre les températures de l'air à 2 mètres d'altitude la nuit dernière, sur base du modèle Arpège.

Températures à 2 mètres à 3h00 le 28 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

En altitude, on note de l'air plus froid. Si avoir -11°C vers 5 km d'altitude n'est pas remarquable, cela donne quand même une belle instabilité.

Températures à 500 hPa, soit vers 5 km d'altitude à 3h00 le 28 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

CAPE (instabilité latente) à 3h00 le 28 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

On l'a dit, avoir des orages dans les dépressions classiques, ça arrive assez régulièrement. Cependant, lorsqu'ils sont présents en nombre, ils indiquent une convection importante. La condensation de l'air chaud et humide qui s'élève depuis la surface de la mer dégage de la chaleur, faisant en sorte que le coeur de la dépression devienne plus chaud que les environs. Ce processus, s'il est bien entretenu, fait baisser la pression au centre du système, et augmente ainsi la force du vent. S'il arrive que certaines de nos dépressions classiques aient un coeur chaud, la cause est toute différente. Dans ce cas, c'est l'isolement progressif d'une partie du secteur chaud de la dépression en son centre qui en est responsable; ces dépressions classiques sont appelées séclusions chaudes.

Dans notre cas, c'est la condensation en masse de la vapeur d'eau s'élevant dans la dépression qui explique le coeur chaud. Nous ne sommes plus ici dans des processus purement baroclines (donc liés à des différences horizontales de températures, les fronts en étant), mais une partie de l'énergie qui anime la tempête provient de phénomènes barotropes, en l'absence de fronts. Les processus barotropes ainsi décrits (condensation qui dégage de la chaleur et entretient le creusement de la dépression) débouchent sur la création des cyclones tropicaux, pour autant que les conditions soient propices. 

Cela ne fait pas de notre dépression entre Libye et Grèce un cyclone tropical, pour autant elle en a certaines caractéristiques. Une partie de son énergie provient de processus barotropes, donc des orages pour faire un raccourci rapide, tandis que l'autre partie est toujours générée par les processus classiques de nos latitudes (instabilité barocline, présence du jet-stream...). Nous avons ainsi une dépression hybride que l'on peut qualifier de subtropicale (pour  plus d'infos sur les cyclones subtropicaux, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyclone_subtropical). Ce type de dépressions se produit quelques fois par an en Méditerranée, et porte le nom générique de Medicane, contraction des mots Mediterranean  et hurricane.

Ce système hybride prendra ensuite la route de la Grèce où il devrait arriver samedi matin. Entretemps, il devrait s'être développé quelque peu. Les plus fortes rafales pourraient dépasser 120 km/h, mais l'élément le plus dangereux est la pluie issue des orages dans la partie nord du système. Leur lent déplacement pourrait donner des accumulations de plus de 150 mm localement, avec un risque d'inondations à la clé.

Vent moyen sur 10 minutes estimé par Arpège pour 3h00 le 29 septembre. Le maximum est 80 km/h, soit 9 beaufort (source: Meteo France via Meteociel).

 
Rafales maximales entre 3h00 le 28 et 0h00 le 30 septembre (source: Meteo France via Meteociel).
 
Cumul des précipitations entre 3h00 le 28 et 0h00 le 3 septembre (source: Meteo France via Meteociel).

Les medicanes peuvent avoir une apparence impressionnante, avec un oeil se dessinant au centre de la spirale nuageuse. En termes de vent, ils peuvent atteindre la force d'un ouragan de catégorie 1, toutefois ce cas de figure reste relativement peu fréquent.

Le medicane Numa en novembre 2017 au sud de l'Italie (source: Wikipedia).

Lien vers un article Wikipedia très bien fait sur les medicanes (en anglais): https://en.wikipedia.org/wiki/Mediterranean_tropical-like_cyclone 

Le medicane a finalement bien atteint le sud-ouest de la Grèce, avec une convection intense entourant un semblant d'oeil. Ce sont surtout les précipitations qui ont été très abondantes, plus que les vents qui en rafales tournaient autour de 100 km/h.

 

mardi 11 septembre 2018

Une mi-septembre cyclonique

Il y a presqu'un mois, nous publiions un article relatant la saison des cyclones qui débutait alors et qui s'annonçait relativement faible de l'aveu même des organismes de prévision américains. Un mois plus tard, il semble nécessaire de faire une mise à jour tant ce milieu de septembre déjoue les pronostics. Un petit tour sur le site du National Hurricane Center est suffisant pour s'en convaincre.

mercredi 5 septembre 2018

Evénements 2018 - Septembre à décembre

La journée du 5 septembre est particulièrement lourde, avec des maximales de 23 à 27°C et des taux d'humidité allant de 60 à 80 % sur la plupart des régions. Quelques averses orageuses se développent dans l'après-midi sur le massif ardennais et la région liégeoise, puis un orage à faible déplacement provoque des inondations à Bruxelles, tandis que d'autres cellules faibles à modérées sont observées entre Ottignies, Namur et Charleroi. En soirée, c'est un fort orage à l'activité électrique intense qui se créée entre Sprimont et Theux avant de lentement progresser vers l'est du Limbourg via l'agglomération liégeoise. Au sud-est de Liège, on note un éclair toutes les quelques secondes. En parallèle, d'autres ondées orageuses éclatent à nouveau sur le Namurois, l'une d'entre elles à l'origine d'inondations dans la région de Yvoir.

Les précipitations récoltées sur vingt-quatre heures sont parfois remarquables: 74 mm à Louveigné, 59 mm à Diepenbeek, 43 mm à Awans, 36 mm à Slins, 35 mm à Bierset, 31 mm à Herve et 30 à Courrière.

Le village de Houx (région de Yvoir) inondé à la suite de la stagnation d'un orage modéré en soirée (auteur: V. Nicolay).

Activité électrique observée dans l'après-midi et en soirée du 5 septembre (source: Lightningmaps).

Le premier coup de vent de l'arrière saison se produit le 23 septembre. On relève des rafales jusqu'à 83 km/h à Saint-Hubert, 97 km/h à Torgny et 98 km/h à Beaussaint au passage du front froid de la dépression Fabienne qui laisse 41 mm de pluie en vingt-quatre heures à Elsenborn et 35 mm à Buzenol, provoquant quelques coulées de boue et inondations locales. Une probable tornade frappe Han-sur-Lesse en provoquant quelques dégâts sur des infrastructures sportives.



Si les après-midis de la fin septembre sont douces voire chaudes, les aubes sont par contre fort fraîches, avec les premières gelées en Ardenne, puis localement en plaine en toute fin du mois. 

Le mois de septembre est au final conforme aux normales de températures grâce à une dernière décade bien plus froide que les deux premières, anormalement peu pluvieux au sens du nombre de jours de pluie (les quantités étant normales) et surtout très anormalement ensoleillé.

Le soleil aura souvent brillé au cours de ce mois de septembre. Aurore brumeuse dans l'est de Namur le 25 (auteur: Le Chroniqueur météo).

Première quinzaine d'octobre: chaleur remarquable et orages 

 

Florence, un cyclone surprise

Cet article relate la progression du cyclone tropical Florence de septembre 2018, système ayant défié tout au long de sa vie les prévisions des différents organismes météorologiques. Les mises à jour se succèdent dans le sens anti-chronologique, la plus récente se trouvant en haut de page.


samedi 1 septembre 2018

Orages et déluges automnaux: le Midi à l'heure des "épisodes méditerranéens"

Lorsque l'on pense au sud de la France, à l'Espagne ou à l'Italie, nous avons cette impression de beau temps perpétuel. Or, cela tire plus d'une image d'Epinal. S'il est vrai que le climat y est plus chaud, il peut y faire aussi (franchement) mauvais. Le pourtour méditerranéen a même cette particularité de connaître régulièrement des pluies diluviennes et des inondations entre la fin août et le début du mois de décembre. Cette particularité est due à la Méditerranée, et ces périodes de temps parfois désastreuses portent ainsi le nom générique d'épisodes méditerranéens.

Historiquement, pour le sud de la France, on parlait souvent d'épisodes cévenols, du nom des Cévennes, ce massif de moyenne montagne bordant le sud du Massif Central. Si c'est tout l'arc méditerranéen qui est concerné par les orages diluviens d'automne, ceux-ci sont particulièrement exacerbés et réguliers sur cette portion du Midi français. Par extension, il y avait même une tendance à qualifier d'épisodes cévenols tout épisode de fortes pluies se produisant dans le sud de la France.